En 1998, je m'étais interrogé dans
une publication locale, La Bouinotte, sur la réalité
de la bataille d'Avaricum. Cela faisait la suite à une
exposition réalisée par Jacques Troadec, distingué
archéologue de Bourges et unanimement reconnu pour le
sérieux de ses recherches. J'avais mis en cause ce fait,
c'est à dire cette bataille décrite par César
dans la Guerre des Gaules, me permettant même de mettre
en doute les paroles du "grand Jules".
Le courrier que je reçu m'impressionna, car plusieurs
personnes trouvèrent qu'il n'était pas possible
de "jouer ainsi avec les mots de César", et
qu'il s'agissait d'un texte d'une totale véracité.
Si rien n'avait été trouvé de cette bataille
sur l'oppidum d'Avaricum, c'est tout simplement parce que la
ville n'était pas là à cette époque
.
Et donc elle était ailleurs.
Alésia, Avaricum,
même combat
Dans un premier temps, je reçus des courriers divers,
jusqu'à celui de messieurs Berger et Berthier qui se proposèrent
d'étudier le dossier par la méthode du "portrait
robot" : moyen qui leur avait permis de trouver le lieu
exact et sans contestation de la ville d'Alésia. Alésia
n'est pas en Côte d'Or, à Alise Sainte Reine, mais
dans le Jura, à la Chaux de Crotenay : tout concorde,
Alésia enfin retrouvée, reste Avaricum à
remettre au bon endroit.
Munis de cartes, de photographies et surtout des écrits
de César, Jacques Berger vint à Bourges à
plusieurs reprises, et avec quelques amis dont François
Sallé de Choux, il étudia avec beaucoup de persévérance
le lieu où devait se situer cette ville gauloise, une
des plus belle de toute la Gaule.
Il réfuta l'oppidum traditionnel d'Avaricum, situé
à l'emplacement actuel de la cathédrale, et chercha
un autre lieu dans la région de Bourges. Les éléments
en "défaveur du site de la ville actuelle" portent
sur sa petitesse, 40 000 combattants dans un tel périmètre,
ce n'est pas possible. Mais la recherche s'effectua aussi pour
retrouver l'emplacement du camp de César qui aurait une
superficie de 48 hectares au sud-est de la ville, un camp lui
aussi trop petit pour accueillir les 8 légions romaines.
Enfin, César parle "d'une rivière et des marais"
or, il y a deux rivières, (l'Yèvre et l'Auron)
et des marais. Si César avait voulu évoquer deux
rivières, il aurait dit 2 et pas 1 !
Le portrait robot d'Avaricum
La méthode du portrait robot est intéressante,
elle reprend mot à mot, les propos de la Guerre des Gaules
et calque sur une carte actuelle la traduction. Si César
évoque une colline, il faut trouver la colline, s'il dit
traverser une rivière il faut situer la rivière,
s'il dit que 40 000 combattants étaient dans Avaricum,
il faut trouver une surface pouvant les accueillir.
C'est ainsi que les deux chercheurs firent plusieurs hypothèses.
Ils restèrent autour de Bourges, prenant pour point focal
les marais puisque Avaricum était entourée de marais.
Il était assez simple d'éliminer plusieurs autres
lieux. Les études se focalisèrent ensuite sur le
long de l'Yèvre, puis au lieu dit "le Palus",
mais à chaque fois, une phrase de César "ne
collait pas avec la réalité du terrain", même
si la typologie des lieux avait quelque peu bougée. En
particulier le niveaux des eaux des différents cours d'eau.
L'étude se poursuivit enfin, toujours sur les marais de
Bourges mais en direction de la commune de Saint Germain du Puy.
Il fallait trouver "un fleuve et un marais", ainsi
qu'un passage étroit, qui permit aux légions romaines
de prendre la ville.
Après plusieurs mois, et ayant affiné leur recherche,
la sentence des spécialistes tomba : Avaricum était
situé à Port Sec, une surface mal connue des berruyers,
car totalement investie par les industries d'armement depuis
un siècle, et entourée de grands murs.
De part et d'autre de la route de La Charité, qui rejoint
Bourges et Saint Germain du Puy au-delà d'une barrière
d'enseignes commerciales, deux zones d'entrepôts militaires
sont cachées à la vue par de murs et de quelques
miradors. Ces surfaces de plusieurs dizaines d'hectares ont été
appelées Port-Sec Nord et Port-Sec Sud, les constructions
datent des années de guerre, c'est à dire vers
1915.
Ainsi, Avaricum se trouverait sur ces surfaces, à deux
pas de l'Hypermarché Carrefour, à la fois sur les
communes de Bourges et de Saint-Germain du Puy.
Les premières informations sur ce nouvel Avaricum "qui
glisse à l'est" furent diffusées par des journaux
spécialisés et par la presse locale. Ce sera pendant
plusieurs mois, un des sujets de conversation des berruyers,
"ils nous ont changé Avaricum de place" !
C'est alors que cette recherche de la ville perdue d'Avaricum
prit un aspect de compétition. D'autres personnes dans
d'autres villes se mirent sur les rangs, et en particulier Vierzon,
seconde ville du Cher, située à 35 kilomètres
de Bourges qui avait aussi retrouvé Avaricum.
Et Vierzon ?
C'est Mme Sybille Merlin, qui ressorti une ancienne légende
faisant de Vierzon, l'Avaricum envahie et détruite par
César. Dans les années 1940, un archéologue
amateur, Joseph Sabourin avait effectué de nombreuses
fouilles au Vieux Domaine ainsi qu'au Bois d'Yèvre, mettant
à jour quelques troncs d'arbres à plus de trois
mètres de profondeur. Mais il fallait des preuves plus
scientifiques, et le dossier fut
enterré.
Sybille Merlin ressort ces mois derniers les documents de son
père, le docteur Tixidre qui avait trouvé, lui
aussi, il y a une cinquantaine d'années, des troncs d'arbres
coudés sur une longueur de 700 mètres correspondant
au "murus gallicus". Mme Merlin est formelle, "tout
s'accorde géographiquement. Avaricum était situé
entre l'Yèvre et des marécages qui ont existé
à Vierzon".
Mais cette thèse de l'oppidum gaulois à Vierzon
au Bois d'Yèvre est réfutée par les archéologues,
pour eux, les Gaulois n'auraient pas construit un oppidum sur
un terrain inondable ! Alors tout serait-il perdu ? Non car les
recherches à Vierzon pourraient se poursuivre après
le rachat par la SEM-Vie de la ferme du Vieux Domaine.
Les preuves de la localisation
d'Avaricum ?
Chaque fois que Jacques Berger évoque la position d'Avaricum
à Port Sec, il ajoute toujours avec sa formation de scientifique
: " ce n'est qu'une hypothèse, mais il nous faut
maintenant trouver des preuves". Car c'est tout le problème
actuel.
Une présentation de ces hypothèses se fit, devant
toutes les autorités de l'archéologie à
Bourges en janvier de l'an 2000 et si Vierzon fut totalement
réfutée par les spécialistes officiels,
on sentit que l'hypothèse d'Avaricum à Port Sec
était une éventualité qui ne pouvait pas
être à priori rejetée.
Afin de poursuivre dans l'étude, il fallait situer
le camp de César et celui de Vercingétorix. Pour
le premier, pas de problème, c'est au nord, à proximité
de la voix romaine, construite sur une voix déjà
existante. Il y avait de la place pour mettre autant de légions.
Pour le camp de Vercingétorix, il pourrait être
situé près de Saint Eloy de Gy, car il y a une
colline au lieu dit "la ferme du Crêton" qui
domine, non pas la ville de Bourges
. Mais la zone industrielle
de Saint Germain du Puy, c'est à dire Avaricum. En allant
sur place et en ramenant des photographies, Jacques Berger montra
que la vue de ce lieu-dit était parfaite pour qui voulait
observer Avaricum / Port Sec.
La boucle est bouclée, on a enfin retrouvé Avaricum
!
Un autre spécialiste, Jacques Houssain, intéressé
par ces pré-études viendra aussi à Bourges
et sera conquis par la théorie nouvelle. Dans un rapport
de juin 2000, il travaille sur les superficies, le centre historique
de Bourges avec ses 26 hectares ne peut absorber 40 000 combattants,
alors que le plateau entouré de marais de Port Sec comprend
250 hectares, ce qui est plus plausible. Il travaille aussi sur
les camps de César, situé au Nord et sur celui
de Vercingétorix situé à Saint Eloy de Gy.
Il est en plein accord avec Mrs Berger et Berthier.
Il faut maintenant apporter des preuves. Elles peuvent venir
des nombreuses fouilles qui sont régulièrement
faites à Bourges et dans sa région, et un jour,
ce peut être la révélation.
Mais la vraie preuve serait de trouver une partie du "murus
gallicus", ce mur gaulois si caractéristique, fait
de rondins et de pierre, que César lui même trouvait
esthétique et fonctionnel.
D'autres éléments prêchent pour ce nouveau
lieu avec la ligne de chemin de fer de Bourges à Saincaize,
qui suit une courbe alors quelle aurait pu être construite
en ligne droite, elle serait sur la muraille gauloise, mais les
archives de construction de cette voix ferrée ne sont
pas faciles à obtenir.
Dernier élément, il est dit que les gaulois étaient
de fameux "sapeurs", ils avaient creusé des
galeries pour harceler les romains, et dans lesquelles ils devaient
entreposer leurs victuailles, or, des riverains de la voie ferrée
affirment qu'il y a des souterrains dans cette zone, mais comme
il s'agit d'un terrain militaire, nul ne s'aventure
.
La ville de Bourges dans le cadre du développement
économique a racheté ces mois derniers une petite
partie de Port Sec, et des fouilles ont été réalisées
de manière très officielle sur 11 hectares, c'est
à la fois peu et beaucoup. Ce qui semble assez intéressant,
c'est la présence d'un habitat sur ces terrains en
des temps très reculés, c'est à dire vers
5 siècles avant J C, puis dans la période gallo-
romaine. Ce n'est donc pas une zone perdue et inhabitée,
au contraire. Par contre, ces premières fouilles si encourageantes
soient-elles ne donnent aucun élément sur un habitat
gaulois à l'époque d'Avaricum.
Conclusion provisoire
Lorsque l'on est au milieu de cette zone de Port Sec, on est
effectivement sur un éperon très large et les descriptions
de César s'appliquent parfaitement, le plateau est situé
à 139 mètres d'altitude, et les marais sont à
128 mètres, mais c'est encore très subjectif.
Ce dossier passionne beaucoup de Berrichons, avec parfois des
aspects irrationnels, "il n'est pas possible qu'Avaricum
ne soit pas sur la commune de Bourges", diront certains,
alors que pour d'autres, c'est à Vierzon que l'on a trouvé
un mur gaulois et pas à Bourges.
Enfin, les "tenants" de l'Avaricum à l'emplacement
du Bourges actuel sont encore les plus nombreux, et il faut se
souvenir que les archéologues régionaux, lors du
projet de construction d'un parking souterrain place Cujas, avaient
signalé que l'entrée prévue, sous la rue
Mirebeau, allait traverser le "murus gallicus" d'Avaricum,
et que l'on aurait enfin la preuve que Bourges et Avaricum sont
superposables.
La suite de l'aventure, c'est pour la semaine prochaine ou pour
l'année prochaine ou dans le courant du siècle
prochain
. C'est à dire lorsque des fouilles seront
effectuées sur l'un ou l'autre des lieux potentiels. Quoiqu'il
en soit, nul ne peut répondre à la question : "Mais
où est donc Avaricum ?".
Depuis cette époque, il n'a pas été possible
de poursuivre les fouilles, en particulier sur la zone dite de
Port-Sec Sud (Esprit2). C'est sans aucun doute un élément
majeur dans les futures recherches.