Une ville se caractérise
aujourd'hui par la quailté de ses structures culturelles,
et à Bourges, la notion de bibliothèque et aujourd'hui
de médiathèque est un élément important
pour l'ensemble de la ville. C'est l'histoire de la BIBLIOTHEQUE,
puis à partir de 1994 de la MEDIATEQUE qui est racontée
dans cet article.
BIBLIOTHEQUE DE BOURGES : L'HOTEL TEMOIN
:
Au début du XX e siècle, la bibliothèque
municipale de Bourges était située rue de la Monnaie,
dans une maison vétuste tout à côté
de l'Hôtel de Ville. Lorsque la municipalité prit
possession du Palais de l'Archevêque en 1913, on chercha
un lieu plus décent pour héberger cette bibliothèque.
En 1956 meurt le docteur Daniel Témoin
qui était un grand homme de notre Berry.
Au cours d'un voyage à Anvers, il avait visité
un musée aménagé dans un immeuble qui avait
été transformé. Cela l'avait frappé
et lui avait donné l'idée de faire don à
la ville de son hôtel pour y installer la bibliothèque.
Le docteur habitait un magnifique Hôtel particulier
place des Quatre Piliers, et il fit don de cet ensemble immobilier
en 1947, à condition express que l'on y installât
une bibliothèque. Ce legs fut accepté par la municipalité
et les études commencèrent.
Le transfert de la Bibliothèque Municipale dans ce
lieu fera l'objet de très vives critiques de la part de
plusieurs Conseillers, dont le Docteur Delamarre. En février
1957, il est demandé à la municipalité un
vote sur ce transfert. C'est qu'aujourd'hui, comme dit le contestataire,
"nous devons résoudre en 15 jours un problème
qui est posé depuis 44 ans !" car il faut donner
un accord au ministère avant le 20 février. C'est
en effet en 1913 que le problème commence à être
étudié, et il s'agit, en cette année 1957,
de clore le débat et de décider.
Ce 4 février 1957, les Conseillers municipaux sont
donc informés que M. Masson, Inspecteur général
des Bibliothèques de France, a visité les lieux
le 29 octobre, avec le maire, Louis Mallet, et Marcel Pinon,
l'architecte, afin de connaître les contraintes techniques
et financières. Le projet est accepté par M. Masson,
qui promet de faire participer l'Etat à hauteur de 35%
des dépenses. Le débat va s'envenimer à
la suite de l'intervention "musclée" de Monsieur
They qui déclare :
".... Cette affaire, sur le plan technique, est
une très mauvaise affaire. l'immeuble est d'un accès
difficile, il n'existe pas de parking à proximité,......
l'immeuble est adossé au cinéma, le danger d'incendie
existe. L'accès à la salle de lecture, par exemple,
se fait par un escalier placé au fond d'une galerie interminable,
il y a lieu de prévoir des escaliers de secours, cela
coûtera fort cher."
Et M. They de poursuivre mettant en avant que le conservateur
actuel étant célibataire, il serait facilement
logeable, mais on verrait mal une famille logée dans deux
petites pièces mansardées.
Lorsque le coût prévisionnel, de 40 millions de
francs, est annoncé, c'est à nouveau la fronde,
et M. Delamarre déclare "que nous n'avons qu'à
refuser purement et simplement le legs qui nous a été
fait". Et plusieurs conseillers proposent d'autres lieux,
car il est impératif de dégager le lieu d'alors
de la bibliothèque, pour l'extension des P.T.T. dans la
partie téléphone, rue de la Monnaie.
Monsieur Bobo va tenter de faire revenir ses collègues
sur ce refus, alors que d'autres cherchent des solutions de replis,
comme la construction d'une bibliothèque neuve, tout en
conservant dans l'Hôtel Témoin, des ouvrages sur
le Berry.
Ces controverses vont bien entendu apparaître dans la presse,
et M. Cothenet signalera que les héritiers "ont
été peinés de voir que l'on semblait avoir
minimisé l'importance d'un sacrifice consenti sur leur
patrimoine".
Le débat se poursuivra et, le 25 février 1957,
la discussion sera encore fort longue, à la fois technique
et sentimentale, mais chacun s'aperçoit qu'il n'y a pas
d'autre solution possible à court terme. Le conseiller
Legrand signale que Bourges manque de trottoirs, n'a pas de Lycée,
ni de Collège Moderne... mais que l'installation de
la bibliothèque dans l'hôtel Témoin est la
seule solution raisonnable possible.
Ce jour-là, le maire demande
à chacun de voter, et c'est par 31 voix contre 2 que la
Bibliothèque Municipale sera installée dans l'hôtel
du docteur Témoin, ce dernier n'ayant sans doute pas prévu
que ce legs donnerait lieu à tant de discussions.
C'est en 1960 que les travaux d'aménagement commencèrent,
ainsi que les constructions pour les réserves des livres.
La municipalité d'alors acheta le cinéma "Rex"
et quelques terrains adjacents. Le cinéma représentait,
pour beaucoup, un danger, car il était très proche
des milliers d'ouvrages qui devaient y être stockés,
et une telle présence dans une ville propice aux incendies
recommandait la prudence. Les travaux durèrent 4 ans.
Parmi les entreprises qui vont y participer, on trouve essentiellement
de petites P.M.E. locales comme Durand, d'Avord, pour la maçonnerie,
Hemery pour la couverture ou encore Doré qui aura en charge
l'électricité.
Le 8 septembre 1964, à 11 heures
30, M. Julien Cain, directeur général des bibliothèques,
venait à Bourges afin d'inaugurer la nouvelle bibliothèque.
Il y avait là, Monsieur Jean Escande, Préfet du
Cher, Raymond Boisdé, Député-Maire, ainsi
que Marcel Pinon, l'architecte responsable de la transformation
de l'hôtel en bibliothèque. Parmi les personnalités,
la presse locale signalera la présence "des filles
du docteur Témoin", c'est-à-dire Mmes Brugère,
de Gallard et de Rousiers.
Dans son allocution, et devant 200 invités, M. Boisdé
s'exprimera ainsi :
" Nous sommes fiers de cette oeuvre qui a conservé
la noblesse, la délicatesse, la grandeur de cette demeure
du siècle de Louis XV et qui, d'autre part, offre toutes
les possibilités, tant pour les Berruyers qui fréquentent
la bibliothèque, que pour ceux qui auront à la
gérer".
Il ajoutera, après avoir noté la présence
dans la cour d'une belle sculpture intitulée "Lecture",
représentant un groupe en cuivre repoussé, oeuvre
de Robert Barriot :
"... Grâce au mécénat, un bel
hôtel berruyer du XVIIIe siècle abrite désormais
les riches collections de la bibliothèque...... Les 6
kilomètres de rayonnage sont suffisants pour le demi-siècle
à venir".
De son côté, Monsieur Julien Cain, fera un discours,
en rendant hommage à un certain nombre de personnalités
présentes, dont Monsieur Jenny, bibliothécaire
et maître de ces nouveaux lieux. Il poursuivra par ces
mots très chaleureux en faveur de la ville :
"Bourges veut lier
le respect des valeurs du passé et la volonté de
répondre aux exigences du monde moderne"
Il souligne le rôle très actif de Maître
Cothenet, "numismate et ami des arts", qui a beaucoup
fait pour cet édifice, il a des mots aimables pour Raymond
Boisdé et l'architecte Pinon.
Les explications techniques sont alors fournies, il y a 4000
ouvrages dans la salle et 6 à 7000, plus anciens, qui
sont entreposés dans les réserves. Au fond de la
cour seront placés les livres pour la jeunesse, c'est
une question de mois.....
La salle de lecture est richement ornée, c'est un ancien
salon de musique, avec une belle cheminée sculptée.
Elle comprend 33 places assises, auxquelles s'ajoutent 9 places
dans la galerie "et 4 dans la salle dite des érudits".
Bulletin des bibliothèques de France
par Jean Jenny , nov. 1964 BY 6033
Bulletin Municipal Officiel de Bourges de 1960 à 1964
Le temps passa......
La bibliothèque municipale restait donc pendant une
trentaine d'années dans l'hôtel du docteur Témoin,
place des 4 Piliers, et si la section "jeunesse" était
un lieu familier des petits berruyers, pour les adultes, il fallait
qu'ils se contentent de quelques livres entassés dans
une salle exiguë. Une bibliothèque un peu élitiste
dans la salle du haut, avec des milliers d'ouvrages sur Bourges
et le Berry,.. au Moyen Age. Telle était la perception
de la population.
La bibliothèque ne correspondait plus aux attentes
des lecteurs d'aujourd'hui, telle était le constat de
l'équipe municipale et de Philippe Goldman, l'adjoint
chargé de la Culture. Se développent alors l'ouverture
du Val d'Auron, puis l'annexe des Gibjoncs, le portage de livre
à domicile, l'informatisation
etc.
Et vint la médiathèque
LA MEDIATHEQUE DU PARC SAINT PAUL
Le lieu choisi pour implanter une bibliothèque d'un genre
nouveau appelée médiathèque est le Parc
Saint Paul, une continuité des idées d'Henri Laudier
dans les années 30 ! C'est un pôle culturel fort
de Bourges. Le projet de construction est confié le
28 juin 1990 au Cabinet d'Architecture Carré d'Arche,
le montant estimatif est de 27 millions de francs, auquel
il faudra ajouter la construction d'un restaurant.
A la place d'un hall et de baraquements obsolètes, commencent
en 1991 les travaux.
Les Berruyers sont surpris en mai 1992 lorsque le chantier
s'arrête, le gros uvre est bien avancé, mais
plus aucun travail. L'explication de Philippe Goldman est un
peu embarrassée, "l'entreprise a été
plus vite que prévue dans son chantier
."
Suivait une histoire de grue que l'entreprise n'a pas voulu démonter
et elle a terminé sa part de l'année 1992 dès
le mois de mai. A la fin de l'année 1992, la presse indique
que la médiathèque ouvrira en avril 1994.
Comme souvent, le coût de l'édifice flambera, il
passera de 31 MF à 40 MF .
Les Berruyers découvrent ce lieu avec beaucoup de bonheur.
Ils vont voir ce qu'est une médiathèque, c'est
à dire selon Elizabeth Dousset, conservateur des
bibliothèques de Bourges,
"un lieu où se trouvent
rassemblés différents moyens de loger des informations
: livres, disques, vidéocassettes, et plus tard CD-ROM
.
En bref, c'est une bibliothèque qui offre au public les
supports de la connaissance".
Le public qui entre pour la première fois dans ce lieu
est surpris par la qualité de l'espace, la lumière
et surtout par des quantités d'ouvrages et de revues,
disponibles pour chacun et que l'on peut feuilleter. Plus de
50000 livres pour adultes sont en libre accès sur les
rayonnages, 13000 pour la jeunesse, auxquels s'ajoutent 10 000
disques, 3000 vidéocassettes et 150 périodiques.
C'est une structure qui a immédiatement les faveur
du public, et le succès est considérable.
Pour un habitant de Bourges, le tarif est à l'époque
de 150 F par an pour des emprunts de tous documents.
Parmi les "parrains de la médiathèque,
inaugurée par Jean Claude Sandrier, maire de Bourges,
le 26 novembre 1994 figurent des personnalités comme Maurice
André, Jean Ferrat ou Albert Jacquard. Sur trois niveaux
et 4000 mètres carrés, la médiathèque
représente depuis cette date une des structures les plus
appréciée des Berruyers.
Depuis cette date de 1994, la technique a évolué,
avec de nouvelles technologies comme les CD et autres DVD qui
remplacent progressivement les cassettes et autres vidéos.
Et puis le développement d'Internet a nécessité
une stratégie nouvelle. Une douzaine de postes INTERNET
ont été ouverts à la médiathèque,
avec une consultation gratuite de 3 heures par semaine.
Mais l'arrivée d'Internet dans les foyers des berruyers
a provoque aussi une certaine désafection des gens qui
fréquentent moins cette structure qui propose en 2005
:
100 000 documents en tout genre.
- 53 000 livres pour adultes
- 17 000 livres pour enfants
- 12 000 vidéos (dont 1000 sur DVD)
- 14 000 disques
- 200 titres de revues