Les elections de Bourges par Roland Narboux - encyclopedie de Bourges

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LES ELECTIONS A BOURGES AU XX e SIECLE
Par Roland NARBOUX
Un siècle d'élections à Bourges.... de 1900 à juin 2007. Il s'agit de toutes les élections municipales, présidentielles législatives et autres cantonnales touchant la ville de Bourges. c'est un vrai document.

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Cet article commence en 1900, avec les premières élections municipales du XX e siècle pour se terminer en 2005 avec des élections sénatoriales partielles :

PREMIERES MUNICIPALES DU XX e SIECLE EN 1900 :

Les premières élections municipales du XXe siècle vont beaucoup rappeler aux "Anciens", celles de 1888. A cette époque, pour succéder au maire radical Eugène Brisson, en place depuis huit ans, une coalition comprenant le Docteur Mirpied et Théophile Lamy fut constituée. Cette liste dite de concentration républicaine avait, aux yeux des Berruyers, une sensibilité très socialiste.

Cette liste Mirpied-Lamy, soutenue par le grand Pierre Brisson, cousin du maire sortant, fit une campagne acharnée, accusant Eugène Brisson de "malversations fantastiques", et c'est ainsi qu'en 1888, Bourges se donnait une municipalité socialiste. Mais les accords stipulaient que si la liste l'emportait, ce serait Mirpied qui serait élu maire. Le vote pour le poste de premier magistrat donna lieu à une séance rocambolesque. Au premier tour de scrutin, Lamy avait le plus de voix, mais, les bulletins blancs ayant été comptés pour déterminer la majorité absolue, il y eut un second tour qui vit l'élection de .... Mirpied. Une réclamation fut déposée auprès de la Préfecture, et, grâce à l'aide d'Henri Brisson qui connaissait parfaitement les rouages électoraux, la situation fut renversée : le premier tour de scrutin comptait et Lamy se retrouva un mois plus tard maire de Bourges.

C'est avec un scénario à peu près identique que vont se dérouler les élections de Mai 1900. Il y a quatre listes en présence.

  • La première est nationaliste, elle n'a pas beaucoup de chance.
  • La seconde est dite de "concentration", elle comprend Achille Chédin, Grémillot, Forest, Larchevêque, on pourrait la qualifier de "centre droit".
  • La troisième est dite "Mirpied", elle comprend des républicains comme Paul Commenge, ou encore Florentin Labbé.
  • Enfin la dernière est "socialiste", elle est formée par Lamy, mais la tête de liste est Gaston Cougny. On trouve parmi les candidats socialistes, Lebrun, Hervier et Vaillandet.
  • Gaston Cougny était un des grands personnages du début du siècle. Il était né à Bourges le 5 décembre 1857. Au cours d'une longue et riche carrière, il devint avocat, tout en ayant plusieurs cordes à son arc. Ainsi, en 1878, Cougny devint le secrétaire de Louis Blanc, et comme socialiste, il collabore à plusieurs journaux dont "Le réveil Social".
    Son amitié pour le vierzonnais Félix Pyat le pousse vers le Parti Socialiste Révolutionnaire, dans laquelle il passe pour un réformiste. Son action militante dans le domaine de la presse lui fait participer à la création de plusieurs journaux comme "la Commune" ou collaborer à la "vérité", un journal très à gauche.
    En dehors de son activité politique, Cougny publie un "Dictionnaire des Parlementaires Français" et devient professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Bourges. C'est en travaillant sur ce thème de l'art que Cougny écrit et fait publier chez Firmin-Didot une "Histoire de l'Art" en 5 volumes.

    Il n'aura pas une carrière à la hauteur de ses ambitions. Aux élections législatives de 1898, il frôle la victoire au second tour, mais il est battu par d'Arenbert, cette même année, il devient Conseiller Général socialiste, mais il vise à la fois une place de député ou une de maire de Bourges : il n'aura ni l'une, ni l'autre. Gaston Cougny mourra à Bourges le 5 juillet 1908.

    Au premier tour du 6 mai 1900, il n'y a qu'un candidat élu; c'est le socialiste Cougny. Pour tous les autres, c'est le ballotage. Pourtant les résultats sont surprenants. La liste socialiste obtient environ 3500 voix de moyenne, alors que celle de Mirpied n'a que 1600 voix et celle de concentration 1200. C'est une victoire socialiste, mais le second tour est indécis. La somme des listes de droite ou du centre font jeu égal avec la liste Lamy.
    Comme souvent, la désunion "des partis de l'ordre, sans cohésion et sans chef véritable" provoque la perte de la mairie pour la droite. La liste socialiste l'emporte avec une moyenne de plus de 1000 voix d'avance sur celle de Mirpied.

    La victoire des socialistes est connue vers une heure du matin à l'issue du scrutin du 13 mai 1900. Aussitôt, alors que le temps est très mauvais et que la pluie fait rage, c'est une explosion populaire dans les rues de Bourges. Les cris de "Vive la sociale" sont poussés par les vainqueurs. A leur tête, Monsieur Vaillandet, "presque porté en triomphe", c'est un beau succès pour ce professeur de lycée, qui est, en fait, un nouveau venu à Bourges.

    Il devra démissionener et sera remplacé par un de ses colistier : Joseph Lebrun.

    LES ELECTIONS MUNICIPALES DE 1904 :

    Lebrun est battu comme maire aux Municipales du 8 mai 1904, bien qu'il soit élu Conseiller Municipal. Le 15 mai, c'est Henri Ducrot qui hérite du poste.

    La campagne est très dure. La liste des candidats de la majorité municipale sortante, s'intitule "Liste Socialo-Révolutionnaire" elle a Lebrun comme tête de liste. Avec lui, Vaillandet, toujours lui, Hervier, Rougeron et Laudier.
    Face à Lebrun, se présente Henri Ducrot, un ancien avoué, avocat à la cour d'appel. Il est entouré d'hommes comme Paul Commenge, Labbé, Margueritat ou Groussot qui font une liste dite "d'Union Républicaine". Ce sont essentiellement des avocats, commerçants et industriels de Bourges. Elle est composée d'hommes nouveaux, et leur profession de foi est essentiellement anti-socialiste :
    Nous estimons qu'il y a un danger pour notre ville à laisser plus longtemps son administration confiée aux socialo-révolutionnaires, représentants sans attache ni intérêt dans le pays, trop enclins, pour satisfaire des utopies, à compromettre le patrimoine commun.
    .... Il est d'usage que les candidats fassent beaucoup de promesses, sauf à n'en tenir aucune une fois élus"

    .
    A côté de ces deux listes principales, il y avait la liste radicale emmenée par M. Larchevêque, alors que M. Mitterrand était à la tête de la liste radicale-socialiste.

    Au premier tour, ce 1er Mai 1904, il faisait si beau et si chaud qu'à 8 heures du matin, il fut difficile de mettre en place les bureaux de vote, "personne ne s'offrait" pour les tenir. Finalement tout va rentrer dans l'ordre, avec l'ouverture avec retard des sections de vote comme l'on disait à l'époque.
    Les résultats sont sans trop de surprise. La liste socialiste-révolutionnaire obtient en moyenne 2800 voix, Lebrun tête de liste ayant pour sa part 3485 voix, un exploit. A l'opposé, la liste d'Union Républicaine" obtient 2600 voix en moyenne et seul Paul Commenge avec 3077 voix dépasse les 3000. Pour sa part, Ducrot a 2789 voix.
    Les deux autres listes sont balayées.
    La campagne du second tour est une lutte assez classique Droite-Gauche. Le "Journal du Cher" soutient la liste de Commenge-Ducrot-Labbé. Le vote demandé est essentiellement "contre les socialo-révolutionnaires" et le programme est assez léger et décousu.

    Le 8 mai, les résultats tombent : la liste de l'Union Républicaine l'emporte très largement avec une moyenne de 4200 voix face aux 3900 de la liste opposée. Sur la première liste, 27 candidats sont élus, et ils sont seulement trois dans la seconde : Lebrun, Hervier et Migeon pour ce qui va être désormais l'opposition municipale. Vaillandet, avec 3578 voix est totalement désavoué par les électeurs.

    Après la victoire de la liste de l'Union Républicaine, le 15 mai 1904, le nouveau conseil municipal se réunit. L'accueil fait par l'ancien maire, Lebrun est glacial, et l'on procède à l'élection du maire. Les résultats sont sans surprise. Henri Ducrot obtient 26 voix contre 3 à Lebrun qui cède sa place. Le discours de Ducrot est plein de bon sens et de simplicité. Après les remerciements d'usage, il dira :
    "Nouveau venu dans la politique, hier inconnu dans notre parti, je n'aurais pas osé accepter la situation sans l'aide de deux vieux Républicains, élus avec moi, Labbé et Brochard.
    ... Je souhaite la bienvenue parmi nous, aux trois élus socialistes; j'estime que leur présence aura, au moins, ce résultat de les forcer à constater que nous ne sommes pas ce qu'ils croient.
    ... Nous ne sommes pas des hommes de parti pris. Nous sommes avant tout des administrateurs".

     

    LES ELECTIONS MUNICIPALES DE MAI 1912

    Ducrot demeure à son poste jusqu'en novembre 1912, il meurt en fonction.

    Au lendemain de sa seconde réélection du mois de mai 1912, Henri Ducrot est atteint d'une grave affection intestinale et il doit subir une opération chirurgicale.
    Il venait tout juste d'être réélu avec l'ensemble de sa liste contre les socialistes emmenés par Lebrun Hervier et Laudier. Au niveau des voix, au second tour, Ducrot en obtiendra plus de 5 000, alors que Laudier, un des meilleurs de sa liste, plafonnera à 4 300 voix. Dans la séance qui suivit, c'était le 20 mai 1912, Henri Ducrot est réélu maire avec 29 voix, contre 1 seule à celui qui deviendra son premier adjoint : Commenge.
    Dans son discours, il remerciera ses collègues et terminera ainsi :
    " ... Comme par le passé, la municipalité assurera par tous les moyens en son pouvoir, la tranquillité de la rue : elle estime, en effet que s'il convient d'accorder à chacun le maximum de libertés, le devoir primordial de toute administration sérieuse est de n'autoriser des manifestations quelconques que si l'on a la certitude absolue que l'ordre public ne sera pas compromis".

     

    LES ELECTION DE NOVEMBRE 1912

    Pour succéder à ce maire, Henri Ducrot, et nous sommes à la veille de la Grande Guerre, c'est Paul Commenge qui est élu ; il restera pour l'Histoire le maire de Bourges de la Guerre, dans une ville qui comprendra plus de 100 000 habitants.
    Paul Commenge est élu le 26 janvier 1913, il bat le socialiste antimilitariste Henri Laudier. En fait, la mort d'Henri Ducrot à la fin de l'année 1912 provoque une élection partielle le 19 janvier pour élire un conseiller municipal, puis le maire de Bourges. Deux candidats restent en présence, c'est Georges Forest le Président du Syndicat des commerçants, "l'inventeur des forestines", il est soutenu par le "Journal du Cher". Il est opposé à Henri Laudier qui est aidé par "L'Emancipateur", son journal.
    La presse locale se déchaîne, et le "Journal du Cher" écrit sur Laudier et Forest :
    "L'élection oppose d'une part un homme aux idées larges, rompu aux affaires, .... et d'autre part un politicien, un représentant de ce parti collectiviste et révolutionnaire, qui a été heureusement chassé de l'Hôtel de Ville il y a huit ans, où son passage a été des plus funestes".
    C'est sans surprise que Monsieur Forest est élu et installé au conseil municipal, le 26 janvier pour l'élection du successeur d'Henri Ducrot.
    Le scrutin pour l'élection du maire se déroule sans surprise, le premier adjoint, Paul Commenge est élu maire de Bourges par 28 voix sur 30 votants, il y a deux bulletins nuls.
    Paul Commenge est un républicain, il se retrouve presque par hasard au fauteuil de premier magistrat de la cité, il ne se doute pas, lorsqu'il prononce son allocution après sa mise en place, qu'il va gérer pendant 7 ans une ville en guerre qui va doubler sa population en quelques mois.
    Son discours de maire est émouvant, car il a toujours refusé cette charge, laquelle lui avait été proposée plusieurs fois :


    "... Nous avons trois ans et demi pour réaliser notre programme, nous allons tenter de mener à bonne fin les grands travaux esquissés et donner à notre vieille cité berruyère le lustre et la renommée auxquels elle est en droit de prétendre.
    Depuis plus de 30 ans, je me suis consacré à l'étude des grandes questions d'édilité.... Je suis inébranlablement attaché au gouvernement de la République".


    Ainsi se termine cette première allocution de Paul Commenge alors que se calment en 1913, les oppositions entre les Républicains et les Réactionnaires, parmi ces derniers se trouvent les milieux Catholiques, même si Bourges, avec son Archevêque fidèle à la République est en France une exception.

    LES ELECTIONS DE L'APRES GUERRE

    La guerre est terminée, c'est "la der des der", et la politique reprend le dessus. En 15 jours de temps vont se dérouler dans tout le pays, les élections Législatives, puis les Municipales.

    C'est l'effervescence à Bourges où les listes s'établissent. Du côté des socialistes, la tendance des modérés emporte les suffrages des militants lors du congrès départemental d'octobre. Laudier, secrétaire de la Fédération devient pour les deux cas, tête de liste, il est suivi d'Emile Dumas député sortant, puis Charles Migraine, Pierre Hervier, secrétaire de la Bourse du Travail et enfin Augustin Durand, marqué "négociant à Bourges", et qui "représentait la Loge de Bourges". Deux autres listes lui sont opposées, l'une conduite par Breton, avec Plaisant Valude et Foucrier, ils sont appelés "Concentration Républicaine" et bénéficient de l'appui du grand journal local "La Dépêche du Berry". Enfin, une troisième liste dite "d'Union Nationale", avec Dubois de la Sablonnière est inscrite.

    Pierre Hervier est né le 13 septembre 1868 à Bourges. Jusqu'à la guerre, c'est lui qui va organiser l'action syndicale dans tout le département du Cher. Antimilitariste notoire, Hervier n'était pourtant pas un des plus extrémistes. Aussi, lorsqu'il fut arrêté en juillet 1913 pour avoir organisé "le sou du soldat", les protestations du monde syndical tout entier furent retentissantes. Il était parmi les socialistes de la première heure, mais pendant tout le conflit, lui, l'anti-militariste entra dans "l'Union Sacrée". Il resta à Bourges pendant la guerre et fut le principal rédacteur du journal "La Défense", organe des socialistes, remplaçant à la fois "L'Emancipateur" et "Le Syndiqué du Cher". Il eut en cette occasion à concilier les positions les plus extrêmes. Il s'opposa au pacifisme qui se développait aux Etablissements Militaires, tout en soutenant la grève du 1er mai 1918, pour ne pas être débordé par les minoritaires.

    Au moment où il se présentait aux Législatives, il faisait une demande pour entrer dans la Loge maçonnique de Bourges. Les rapports d'enquête furent très favorables, même si quelques F.°. demandèrent au récipiendaire de s'expliquer sur certaines attaques contre les Francs-Maçons qu'il avait faites avant-guerre. Hervier s'en tira bien et fut initié en juillet 1920.
    Les relations entre les adeptes de la Franc-Maçonnerie et les partisans de la IIIe Internationale passeront par des phases difficiles. Ainsi, en novembre 1922, au Congrès de Moscou, les Francs-Maçons durent choisir entre leur appartenance à l'Ordre Maçonnique ou au Parti Communiste. Ils étaient en quelque sorte "excommuniés".


    Au cours d'une réunion publique contradictoire, comme cela était courant alors, il y avait à la tribune, Breton, Plaisant, Foucrier, Dubois, Laudier et Migraine. C'était à Vierzon devant 2000 personnes, essentiellement des ouvriers.

    Laudier va s'exprimer à la suite de Breton, "dans un calme absolu" signale le journaliste, et il évoque les suites de ce qui est la victoire :
    "La victoire militaire n'est rien par rapport à la défaite financière... Si les Unifiés arrivent au pouvoir, les fortunes seront abattues par le sommet et par le monopole bien organisé, on établira l'ordre."

    En 1919, cela fait deux ans que Lénine est au pouvoir en Russie, chacun se demande ce qui se passe là-bas, Laudier parle de ce qu'il sait :
    "Les Soviets en Russie fonctionnent bien, "

    Mais il ajoute, prudent comme un vrai Berrichon :
    "On ne peut pas se baser ni en bien, ni en mal, vu qu'on ne sait rien de positif. Je suis reconnaissant qu'on ait aboli le gouvernement Tsariste."

    Et il termine ainsi son propos à la tribune:
    "On veut le pouvoir pour remplacer la Société actuelle par une Société meilleure".

    La campagne électorale n'est pas très animée, il faut relever le pays, on parle des 1 million 700 000 morts, des 500 000 mutilés et de la ruine économique, le pays a 240 milliards de dettes.
    Laudier sur ses affiches électorales insiste sur l'enseignement, "un enseignement intellectuel et physique, classique, technique et agricole en un service unique d'Education Nationale gratuit et obligatoire". Son programme contient un mot sur le désarmement général de tous les peuples, et sur la lutte contre la tuberculose.
    Et il signe avec cette formule très courageuse :
    " Républicains, libre-penseurs, ouvriers, paysans, votez rouge le 16 novembre pour la République Sociale".
    Le scrutin en France voit les Socialistes traités d'internationalistes et les radicaux tenus responsables de l'impréparation de 1914 en difficulté. Inversement, la droite et le centre, rassemblés dans un "Bloc National" sont en bonne position. C'est aussi la défaite des anciens parlementaires.
    A Bourges c'est l'inverse, seul Laudier est élu pour les Socialistes. La liste Dubois obtient un élu alors que Breton entre à la chambre avec deux autres de ses colistiers. Il faut dire que cette liste formée de Radicaux avait de quoi plaire à la population. Ainsi Valude est revenu du front amputé de la jambe droite, Breton est le promoteur en France du Tank, Plaisant a été captif pendant plus de trois ans, enfin Foucrier a perdu à la guerre, son fils unique. Les radicaux battent les socialistes largement, Breton obtient environ 32 000 voix et Laudier 21 000.
    Jules Louis Breton est né dans le Nord un 1er avril 1872, son père était maire d'une petite ville et exerçait la profession de brasseur. Le jeune garçon fit de solides études et devint ingénieur-chimiste, il mènera avec une égale réussite ses travaux scientifiques et son action sociale. Car il s'engage très vite aux côtés des socialistes, et sera un disciple de Vaillant. En 1894, il publie un article dans "Le Parti Socialiste" et se retrouve inculpé selon les lois de l'époque sur la presse. Il est condamné à deux ans de prison, malgré la défense exercée par son avocat : Viviani.
    Breton sera élu dès 1898 au parlement dans la seconde circonscription de Bourges incluant Vierzon, une brillante carrière politique commençait.
    Sur le plan scientifique, il utilise ses résultats de laboratoire pour faire avancer son action sociale. En 1908, à la suite de travaux sur le plomb, Breton obtient la prohibition de la peinture au blanc de céruse, quelques années plus tard, il fait publier la loi sur les maladies professionnelles qui prendra le nom de "loi Breton". Breton deviendra membre de l'Institut, Ministre et Directeur des Inventions.

    Autre personnage élu au cours des élections de 1919 : Henri Laudier se retrouve député du Cher, il entre dans la Chambre dite "bleu horizon".
    Sur sa lancée il va prendre la mairie de Bourges au cours de ce même mois de novembre 1919, il a 41 ans.

    LES MUNICIPALES DE BOURGES DE 1919

    La campagne électorale à Bourges sera très curieuse. Les élections doivent se dérouler le 30 novembre 1919, et trois jours auparavant, un journal local écrit :


    "Nous sommes à 4 jours des élections municipales et les électeurs s'étonnent de n'avoir vu aucune affiche ni aucune annonce de candidature. C'est qu'ils ignorent encore les manoeuvres de toute sorte et les tractations pénibles des partis de droite pour jeter la confusion dans le corps électoral."

    Ce quotidien n'a pas tort, car des manoeuvres, il y en a !

    Alors qu'au Grand Palais, à 20 H 30 se joue une grande représentation théatrale : "Médor ou je ne trompe pas ma femme", un vaudeville en 3 actes, sur la scène politique tout se joue en quelques heures. Le 28 novembre, la liste dite "d'Union Républicaine et Socialiste" est publiée ; c'est la surprise. Elle comprend en effet, côte à côte, les anciens ennemis politiques, qui se sont durement affrontés quelques jours auparavant aux législatives : Foucrier et Laudier. Le Journal du Cher, qui patronait la liste de "Concentration à Droite" est furieux, il parle de cette liste contre nature Laudier / Foucrier comme d'une liste de bolcheviks. Avec les deux leaders, dont on ne sait pas trop qui prendra le dessus, il y a Boyron, Bonnard, Augustin Durand, Georges Lamy et Galopin ; ils sont soutenus par la puissante "Dépêche du Berry" qui appartient toujours à Jean Foucrier.
    La campagne électorale, en fait, n'aura duré que quelques heures. On retiendra un discours de Laudier, le 29 novembre :
    " Citoyens,
    " Acceptez-vous que l'Hôtel de Ville soit à nouveau livré aux partis de la réaction, alors que le résultat des législatives commande impérativement un coup de barre à gauche ?",

    Et il termine par:
    " L'heure est particulièrement grave, Vive la République laïque, démocratique et sociale".

    L'affrontement entre les deux listes est brutal, il y a des airs de tragédie et de trahison, et quelques heures avant le vote, dernier coup de théâtre : le maire Paul Commenge invite à voter pour la liste Foucrier / Laudier. "L'affiche Commenge" ne suscitera aucune contre-partie de la part de Pierre Dubois.
    "Le Journal du Cher" ne sait plus que penser. Après le triomphe de la droite aux Législatives, l'élection municipale ne pouvait être qu'une réplique fidèle de la quinzaine précédente. Mais l'éclatement de la coalition Breton / Foucrier, et de l'alliance de ce dernier avec le parti extrémiste, va brouiller les cartes. Comme le rédacteur l'écrira : "Sans prévoir une défaite aussi complète et aussi écrasante à Bourges, nous la redoutions...".

    Les résultats sont en effet surprenants ; la liste Foucrier / Laudier obtient la victoire avec une majorité de 1700 voix de plus en moyenne, et tous les inscrits de la liste sont élus. Laudier est en 22e position avec 4675 voix, Foucrier arrive en tête avec 4992 voix.

    Le "Bloc de droite" qui comprenait Achille Chédin, de Grossouvre, Cassier, Magdelena, Potier, De Saint Venant, est écrasé, elle était pourtant formée d'hommes de valeur qui possédaient et géraient des entreprises parfois importantes, la déception est grande dans la droite classique. Lorsque Chassin, "ex-conseiller" proclame les résultats, il est une heure du matin. C'est une immense acclamation et "un triple ban" qui accueille la proclamation. Un millier de berruyers crient leur joie, et ce sont les chants comme "l'Internationale" ou les slogans du type : "Vive le Bolchevisme !" qui sont entendu devant la salle des fêtes du lycée.où se déroulait le dépouillement.

    Il n'est pas certain que les électeurs de cette liste "Républicaine" aient voté pour Laudier le Socialiste, mais qu'ils se soient davantage prononcés pour Foucrier comme maire. Les rayures sur Laudier montrent qu'il avait quelques problèmes avec certains électeurs.... En fait, tout s'est joué en coulisse et Laudier sera élu Maire.
    Son discours de victoire sera dans la ligne de l'époque :

    " Citoyens,
    " La victoire a couronné nos efforts, je demande de l'accueillir dans le calme et la dignité. Je remercie ce vieux Républicain Paul Commenge.... Je demande à tous de ne pas oublier la leçon de cette victoire. Confiance et discipline. Demain, de nouvelles batailles nous appelleront. J'espère qu'elles nous amèneront de nouvelles victoires.
    "Vive la République laïque démocratique et sociale".

    Alors que Vierzon s'est aussi donnée un Maire de gauche, Emile Perraudin, et que la France soigne ses plaies et se délecte dans l'affaire Landru, Laudier se met au travail dans son Hôtel de Ville, il y restera près de 24 ans !

    LES LEGISLATIVES DE MAI 1924 : LAUDIER PERD SON SIEGE DE DEPUTE

    Alors que l'on prépare les Jeux Olympiques pour le mois de juillet 1924 - ils doivent se tenir à Paris - c'est à une autre confrontation que les hommes politiques français se préparent : les élections législatives du 11 mai 1924. Il s'agit de choisir les députés qui remplaceront la "Chambre bleu horizon" de 1919.
    Ces élections se déroulent à la proportionnelle par arrondissement. Dans le Cher, pour l'arrondissement de Bourges, 4 listes sont en contact :
    - la liste de Concentration Républicaine, emmenée par Foucrier et Massé.
    - la liste du Bloc Ouvrier Paysan, d'obédience communiste avec le cordonnier Emile Lerat et un ajusteur : Gaston Cornavin.
    - la liste d'Union Républicaine et Socialiste, avec deux des députés sortants : Henri Laudier et Marcel Plaisant. Cette liste comprend aussi Emile Perraudin, Pierre Valude et Gustave Vinatel.
    Enfin dernière liste, celle d'Union Nationale Républicaine ; elle est conduite par Pierre Dubois.

    La campagne électorale est terrible, c'est un affrontement entre les communistes et les socialistes de la S.F.I.O. Les communistes sont les hommes à battre, ils sont perçus par les gens du gouvernement comme des esprits malfaisants. On retrouve dans les notes de la Préfecture du Cher, en face du nom de Gaston Cornavin, trésorier de la Fédération communiste du Cher, ces phrases : "Exalté, ayant un mauvais esprit, est un propagandiste acharné du PC... un des principaux orateurs des tournées de propagande du PC." quant à Emile Lerat, son sort est encore plus vite règlé : "aucune valeur personnelle, peu intelligent". Ces derniers mots étaient signés du sous-préfet de Sancerre.

    Le journal du Parti Communiste l'Emancipateur ne fait pas, lui non plus dans la dentelle, il écrit le 6 avril 1924 sur le député-maire de Bourges :
    " Monsieur Laudier, dont le discrédit est déjà grand, vient de sombrer pour toujours dans la fange. Qu'attend le parti S.F.I.O. pour prononcer son exclusion ?".
    Les arguments contre Laudier "le beau parleur" sont connus, il devient modéré, lui le révolutionnaire. Pour le PC, il y a eu manoeuvre, "à la grande satisfaction de certains fonctionnaires bien en cour à la Loge de Bourges, qui ont eu à certaines heures une attitude moins équivoque."
    Ainsi, Laudier sur la même liste que les radicaux et autres modérés, c'est à dire les Valude et autres Plaisant, "cela ne se faisait pas", il est traité de "grand renégat". A la fin du mois d'avril, c'est le point final de la campagne du P.C. avec ces mots :
    "Mais Laudier, pour lequel nous avons lutté, et que nous avons sorti de la misère en l'élisant député ?"

    Dans le journal, l'Avenir du Cher, le 20 avril 1924, Laudier , avec son équipe dévoile son programme. En fait, la liste comprend de fortes personnalités mais les articles qui se multiplient sont plus souvent signés de Plaisant qui évoque "le chemin vers la Paix définitive" que de Laudier qui semble beaucoup plus discret. Le Maire de Bourges préconise un allègement des charges militaires, la laïcité de l'école et de l'Etat, et la liberté de conscience. Il exige un enseignement accessible à tous les enfants du peuple sans aucune distinction que celles fondées sur l'intelligence et le travail. Il insiste aussi sur la liberté syndicale, la réforme fiscale, et enfin le développement des institutions de Crédit Agricole. On trouve aussi, dans le vocabulaire de Laudier et de ses amis, la référence à un "Programme Commun".....
    Il y a 95 955 électeurs inscrits, et 80 680 votants. La liste Foucrier obtient 17000 voix, la droite classique de Dubois est en baisse à 12000, et les listes communistes d'un côté et socialo-radicales de l'autre arrivent dans un mouchoir de poche : 23 884 pour la première, 24724 pour la seconde. A la "moyenne de liste" sont élus, Massé, Perraudin et Cornavin, alors que Valude et Plaisant sont élus à "la plus forte moyenne".
    Laudier a perdu son siège de député.

    Ce système qu'il qualifiera de "représentation proportionnelle mensongère" ne lui a pas été favorable. Sur sa liste, il arrive derrière Plaisant, Perraudin et Valude, il a 201 voix de moins que son colistier, cela signifie qu'il a souffert de ratures. A Bourges, il n'a pas que des amis, même dans son propre camp.

    Laudier sortira très dépité de ces élections. Il va dès lors se consacrer à sa ville. Il poursuit son action sur le plan politique et social, et il propose, au nom de la Commission des Finances de la Municipalité de voter une somme de 1000 francs pour une participation "à l'oeuvre humanitaire de secours aux populations affamées de Russie". Les informations sur la situation économique de ce premier pays dirigé par des communistes sont donc, dès le début des années 1920, largement connues en Berry. Laudier le socialiste n'oublie pas le chômage en France. Il fait aussi voter la même somme "en faveur des grévistes du Nord qui sont en lutte pour empêcher la réduction de leurs salaires.."
    Sur le plan national, la gauche gagnera les élections, avec une coalition que l'on appellera "le cartel des gauches", un regroupement des radicaux, des socialistes S.F.I.O. et des républicains socialistes.


    1929 : LAUDIER SENATEUR-MAIRE :

  • - élections sénatoriales partielles
  • - élections municipales
  • - élections sénatoriales
  • Les élections sénatoriales sont prévues pour le mois d'octobre 1929, avec le renouvellement de trois sièges, ceux de Pajot, Breton et Mauger. Mais le 5 février 1929, le doyen Radical du Sénat Christophe Pajot, âgé de 85 ans meurt.

    Il y aura donc des élections sénatoriales partielles, elles se dérouleront le 7 avril 1929.

    Laudier se présente, il n'est pas seul en liste, d'autres, comme Plaisant, Soubirant et Durand le communiste sont aussi sur les rangs. Dans sa profession de foi, Laudier dramatise la situation locale :
    "Notre département a été ces temps-ci très touché et il est grand temps que des hommes énergiques se dressent pour lui faire reprendre un rang qu'il n'aurait jamais dû perdre.
    Sans fausse modestie, je pense être un de ces hommes là..."

    Dans cette campagne, le Maire de Bourges met l'accent sur son action municipale, en particulier il insite sur la Première Ecole Nationale Professionnelle pour Jeunes Filles, qui doit ouvrir en octobre. Son programme électoral comprend :
    - une nouvelle législation en matière d'accidents du travail
    - des lois laïques selon l'esprit de la Révolution Française
    - la mise en grande section du canal du Berry
    - l'extension de l'Aéroport de Bourges
    Et Laudier termine ses propos par un vibrant :
    "Je suis un enfant du peuple".

    A l'issue du premier tour de ces Sénatoriales, Plaisant arrive en tête avec 314 suffrages, loin devant Soubirant, Laudier avec 142 voix n'a aucune chance de gagner. Pour le second tour, il se désiste pour Marcel Plaisant et La Dépêche du Berry écrira à ce propos :
    "Plaisant est élu à une majorité considérable, le citoyen Laudier n'a pas obtenu le chiffre qu'il escomptait, il est vrai qu'il n'avait pour ainsi dire pas fait de campagne électorale".

    Une défaite de plus pour Laudier, mais il pense qu'il lui faut un mandat national. Ce sera une constance pour les "Grands" Maires de Bourges, il est inconcevable, dans un pays jacobin et centralisé comme la France de bien gérer une municipalité importante sans un mandat national... et donc parisien, c'est un triste constat.

    En attendant, quelques jours après cette élection sénatoriale, Laudier se représente pour un mandat de Maire. C'est en quelque sorte l'épreuve de vérité. Il va être jugé sur ses réalisations concrètes, et le vote de ses berruyers est de la première importance.
    La liste du Maire sortant est Socialiste S.F.I.O., elle est opposée à deux listes de droite emmenée par Autrand et Foucrier, alors que le Parti Communiste présente la sienne.
    L'électeur a d'ailleurs de quoi se perdre dans les appelations. Laudier se présente comme "Républicain et Socialiste", avec Vatan, Lamy, Rougeron et Monard ses fidèles au Conseil Municipal sortant, on note la présence d'un "petit nouveau" : Charles Cocher, alors que Jean Foucrier, le patron de la Dépêche emmène une liste appelée officiellement "Union des Gauches", il y a Dumarçay, Magdalena Augustin Durant et Griffet, c'est en fait une liste de "centre-gauche" à tendance radicale et elle s'oppose à la liste de Jean Autrand dite "de Concorde Républicaine et Sociale". Foucrier évoquant cet adversaire écrira qu'il s'agit d'une liste de "l'Union des Droites". Il y a de quoi se perdre. Le Parti Communiste est emmené par Gaston Cornavin, avec Alexandre Guillot, Pierre Hervier, Louis Buvat et Marcel Cherrier. Pour sa part, Maurice Boin se présente en candidat isolé. Trois listes de "gauche" et une "sociale", en fait, l'électeur ne retiendra que le premier de liste.

    Au soir du 5 mai 1929, la liste Laudier est largement en tête. avec une moyenne d'environ 3500 voix contre 2700 à celle de Jean Autrand, l'Union des Gauches de Foucrier arrive loin derrière avec 1200 voix. Quant aux Communistes ils sont eux aussi les grands perdants, ils ne font que 1800 voix. Maurice Boin, à lui tout seul obtient 3196 voix, une belle revanche. Il sera élu au second tour, alors que la liste Laudier est élue en entier moins 1 siège, celui d'Etienne Desmoulières.


    Au nombre des suffrages obtenus, Laudier arrive à la 29e place sur 32, il a eut 500 voix de moins que ses deux adjoints, sa forte personnalité ou son autoritarisme ne plaisent pas à tous les berruyer. Les électeurs de Foucrier se sont portés massivement sur la liste du Maire sortant, ils ont fait la décision.

    Laudier peut poursuivre son action de constructeur. Dans "Terre de Lutte", l'analyse du Parti Communiste est bien analysée. Le P.C. perd 50% de ses voix, et l'exclusion du Parti de Boin, ancien Rédacteur en Chef du journal communiste L'Emancipateur, le 3 janvier 1929, a eu une fâcheuse influence sur les militants assez désorientés.

    A l'élection du Maire, Laudier obtient 30 voix, et il y a deux bulletins blancs. Dans son discours d'installation, Laudier revient indirectement sur son faible score personnel :


    "Je vous sais gré de cette nouvelle désignation qui, sauf accident imprévu, me portera à quinze années consécutives de Mairat, car à la vindicte aveugle et implacable dont m'ont poursuivi nos adversaires au cours de la campagne électorale, vous devez mesurer l'étendue de vos responsabilité.... Il est vraiment fâcheux que la passion politique puisse égarer des citoyens jusqu'à les faire s'abaisser à l'emploi de moyens aussi vils et aussi méprisables"

    Les sénatoriales d'octobre 1929

    Vainqueur des Municipales, mais défait en avril 1929 pour aller siéger au Palais du Luxembourg, Laudier se représente aux Sénatoriales normales du 20 octobre de cette même année.

    Au premier tour, ils sont 11 candidats, les plus crédibles sont Plaisant, Mauger, Laudier, Gestat, Peraudin et Breton ; il y a trois sièges à pourvoir. Les "Grands Electeurs" sont au nombre de 700, et des trains spéciaux ont été mis en place par la Compagnie d'Orléans, afin de venir voter à Bourges, en provenance de tous les villages du département du Cher.
    La campagne électorale généralement calme est assez violente. Dans une réunion du 21 septembre, Breton peut difficilement s'exprimer, il est interrompu par des militants communistes venus en nombre à ce meeting du parti Républicain Socialiste. Breton est traité de "mal élu" et d'arriviste", et lorsque Gaillard du P.C. s'exprime, ses paroles sont assez conformes aux discours de l'époque :
    "le pouvoir sera renversé à coups de fusils, quant aux partis politiques, sauf, bien entendu, le parti révolutionnaire, ils ne sont que pourriture parlementaire et donnent leur appui à Tardieu, l'homme crapule et voleur".

    Au premier tour, seul Plaisant est élu. Pour le second tour, alors que beaucoup attendent l'élection de Gestat, c'est Laudier qui l'emporte. Il a récolté 409 voix, et arrive juste derrière le sénateur sortant Mauger. A la surprise presque générale, le candidat Henri Laudier, encore sous l'étiquette Socialiste S.F.I.O. se retrouve sénateur. Il reprend un mandat national.

    1932 : LES LEGISLATIVES

    Avec l'année 1932, commencent les années noires, c'est la fin de "la Belle Epoque", désormais, les préoccupations politiques prendront le pas sur les frivolités, bien que ....
    Dès 1930, la prospérité américaine s'était effondrée, les palliatifs habituels auxquels recourut le président Hoover n'avaient pu enrayer le mouvement de récession. En 1932, puis 1933, c'est le point culminant de la crise, les salaires diminuent de 25 à 60%, le nombre de chômeurs augmente, ils sont 4 millions en 1930, 7 l'année suivante et 17 millions en 1933. Le pays semble vivre un cauchemar.
    Du côté de l'Allemagne, la crise économique se double d'une grave crise politique. Les Allemands, en détresse, seront rejettés vers le communisme, et surtout le nationalisme. Les intrigues de la bourgeoisie allemande et des conservateurs monarchistes espèrent utiliser Hitler à leur profit. Ils facilitent son accession à la Chancellerie le 30 janvier 1933. Mais, en quelques mois, Hitler impose sa dictature. Le parti Nazi, le Fürhrer, le Troisième Reich : l'Allemagne sombre dans l'ignominie, ce sera la honte de l'espèce humaine.

    En France, le malaise économique arrive plus tardivement. Dans un premier temps, le pays fait figure d'un "ilôt de prospérité", le franc se porte bien, et lorsque les premiers symptômes de récession se manifestent, l'Etat réagit aisément pour soutenir les secteurs en difficulté.
    Les responsables politiques, ne sont pas inquiets, pourtant, le chômage augmente, le malaise des campagnes s'accroît, les élections de 1932 approchent. Le corps électoral, lui, est plus conscient de la situation et les résultats montrent un premier glissement du corps électoral des modérés vers les radicaux et socialistes.

    Le département du Cher va réagir comme le reste du pays. Bourges, pour sa première circonscription s'était dotée en 1928, d'un député modéré, le Pasteur Autrand. Il se représente, mais c'est un autre socialiste qui prend la place de Laudier : Charles Cochet. Car de son côté, Henri Laudier est sénateur depuis 3 ans, et la question se posera de savoir s'il briguera ou non un mandat pour le Palais Bourbon. En fait, Laudier est très satisfait de sa situation, et il ne prend pas beaucoup part à la lutte.
    Charles Cochet est un nivernais, né à Saint-Léger-des-Vignes le 20 juillet 1867. Après des études à l'Ecole Normale de Nevers, il exerce pour la première fois sa profession à Bourges en 1885. Il restera dans le Berry près de Saint-Florent-sur-Cher jusqu'à la fin de sa carrière en 1907. Il va beaucoup militer dans le domaine des oeuvres sociales, étant même vice-président de l'Université Populaire de Bourges. Claude Pennetier écrit de lui : " il n'était pas un dirigeant brillant, il parlait peu dans les congrès et les réunions, mais ses qualités d'administrateur le firent élirent maire-adjoint de Bourges en 1929".
    En fait, c'est après avoir subit des épreuves familiales très douloureuses qu'il remontera la pente en se jetant dans l'action politique à un âge où les berrichons, en temps ordinaires s'adonnent à la lecture ou à la pêche à la ligne.

    Charles Cochet

    Se présentent aux suffrages des berruyers :
    - Cocher pour la S.F.I.O.
    - Le Pasteur Autrand, Député sortant comme Républicain U.D.R
    - Lacroix pour les radicaux socialistes
    - Lamy comme Républicain Socialiste.
    - Gatignon pour les communistes

    Louis Gatignon est un berrichon de l'Indre, né en janvier 1902. Il commença sa vie professionnelle dès l'âge de 13 ans, comme apprenti à la Compagnie des Chemins de Fer P.O. (Paris-Orléans). C'est en 1919 qu'il vint à Bourges travailler aux Ets. Merlin dont il fut licencié en 1920 pour faits de grève. Devenu Communiste, il créa à Vierzon les Jeunesses du même nom, avant de faire plusieurs aller-retour avec la capitale. Dans son livre à peine romancé, "Les Cellulards" Maurice Boin le décrit ainsi :
    "le type d'ouvrier jeune, bien bâti et qui le sait. Des cheveux drus,.... au total, une physionomie qui aurait pu être sympathique, n'eut été le regard oblique, pesant, soupçonneux, éclairé par moment de lueurs méchantes". On ne peut être plus caustique.


    Le mercredi 27 avril, quelques jours avant le premier tour de scrutin, une grande réunion publique et contradictoire est organisée à la Halle au Blé. Il y a là une foule énorme, plus de 8000 personnes qui sont venues écouter les différents candidats. La Dépêche du Berry commente cette soirée en signalant "que parmi les spectateurs, il y avait des dames.... nos suffragettes font leur éducation politique pour le jour où elles seront nanties de ce bulletin de vote qu'elles réclament depuis si longtemps".
    C'est le sénateur-maire de la Ville de Bourges, Henri Laudier qui ouvre la séance, il en assure la Présidence. Il donne la parole au citoyen Jean Autrand député sortant. Ce dernier, très minoritaire dans cette assemblée "de gauche", va développer son programme, et si son discours commence dans le calme, il est souvent interrompu lorsqu'il critique le programme socialiste. Il cite les paroles de Blum, ce dernier étant favorable à un désarmement unilatéral de la France. Autrand s'écriera à la fin de son propos : "Le désarmement seul de la France, ce serait demain l'invasion, ce serait la guerre et vous seriez les premiers à demander des comptes douloureux aux hommes politiques qui auraient marché dans cette voie". Une belle lucidité dans un discours haché d'interruptions.
    C'est Charles Cochet qui sera le second orateur. Il attaque durement le gouvernement Tardieu, et se fait applaudir lorsqu'il affirme que des subventions ont été refusées pour le sanatorium de Sancerre, "parce que le budget de la guerre englobe tout". Dans la fin de son propos, le tumulte est général lorsque Cochet fait allusion à certains "arrosages". Des gratifications de 100 000 francs auraient été données à un colonel, d'autres sommes à un capitaine....Les spectateurs réagissent :
    - Des noms ! Des noms ! crie-t-on dans la salle.
    - Monsieur Tardieu voit grand... avec l'argent des contribuables réplique Cochet.
    - Comme Laudier ! hurle un groupe compact d'interrupteurs.
    - Voter Autrand, c'est le chômage, la guerre peut-être conclu Cochet.
    Le troisième candidat sera le citoyen Gatignon, présenté par le Parti Communiste. La Dépêche du Berry, dans son compte rendu est assez peu objective, le journaliste "relève les lieux communs habituels contre la bourgeoisie, le capitalisme, la lutte des classes, les beautés du paradis soviétique.. etc. "Il fait aussi la joie du public par de fréquents "Camarades ! Voyez-vous !" que l'assistance n'apprécie pas toujours. Dans sa profession de foi, Louis Gatignon s'élève contre le Pari Socialiste, principal soutien social de la bourgeoisie, pour lui "il n'a plus de socialisme que le nom". Et il termine par un appel au Bloc des Ouvriers et Paysans par ces mots : "Au bloc des exploiteurs, au bloc des hobereaux, au bloc des riches, opposez le bloc des exploités, classe contre classe".

    D'autres candidats montent à la tribune. C'est Lacroix, Plaisant, Lamy, Pichon, Cornavin.. etc. La démocratie fonctionnait relativement bien en 1932, et ces réunions contradictoires locales étaient sans aucun doute d'une efficacité supérieure aux campagnes électorales des années 1980. Programmes et idées se sont ainsi confrontés jusqu'à une heure du matin, Laudier tirant la conclusion par ces mots : "à l'exception d'un seul, tous les candidats et tous les orateurs ont fait le procès de la Chambre et du gouvernement actuel... à l'exception du seul Parti Communiste, tous les partis de gauche sont d'accord pour faire l'Union.... "
    Ainsi, comme Secrétaire Fédéral S.F.I.O., Henri Laudier lance un appel à voter pour les candidats socialistes dans le Réveil Socialiste du Cher, dont le Rédacteur en Chef est le candidat Lazurick qui se présente à Saint-Amand. Dans cet appel, Laudier écrit :
    "Citoyens, les pouvoirs de la Chambre de Réaction élue en 1928 sont révolus, le peuple souverain va, une fois de plus avoir la parole....
    votez pour Cochet, dans la 1°ercirconscription de Bourges, René Boin pour la seconde, Jean Castagnez pour Sancerre et Lazurick pour Saint Amand.
    Votez Socialiste pour assurer le Salut de la Civilisation."

    Laudier n'avait pas peur des mots, cela allait jusqu'à la caricature.

    Il n'était pas le seul à manier l'outrance verbale, son ancien journal, L'Emancipateur écrivait de son côté :
    " L'Humanité, le seul quotidien libre de la classe ouvrière a eu l'excellente idée d'éditer à l'occasion des élections, une magnifique brochure-album se rapportant à la construction du socialisme victorieux en URSS. En vente au 8 Place Malus."

    Au soir du 1er mai, c'est Autrand qui arrive en tête avec 6567 voix, il devance Cochet qui en obtient 5 144, les autres candidats sont loins. Les résultats du second tour tombent à 21 H 30, une semaine plus tard, c'est Charles Cochet qui est élu avec 10 502 voix, il bat Autrand de 2 500 voix. Gatignon qui s'est maintenu est désavoué, il ne recueille que 706 suffages.
    Ainsi, Cochet remporte la victoire, il peut être un concurrent pour la Ville de Bourges, et Laudier a sans doute regretté sa non-participation. Il va pourtant se consacrer avec davantage de coeur à la vie de la cité.


    1935 : LAUDIER REELU MAIRE DE BOURGES

    C'est au mois de mai 1935 que vont se dérouler les élections municipales. Alors que les berruyers s'intéresse à l'équipe qui va à nouveau gérer leur ville, une information dramatique arrive dans les rédactions des journaux locaux. Un terrible accident vient de se produire dans le polygone d'artillerie.Malgré les précautions prises, un obus de 320, au lieu-dit "le point 700" a explosé à 14 H 30. Il y a quatre morts. Les circonstances de l'accident sont encore mystérieuses, il apparaît que des ouvriers travaillaient à la réfection d'un obus de 320, et ils se disposaient à le sortir de l'abri souterrain leur servant d'atelier quand une formidable explosion retentit. Quand les collègues de travail accoururent sur les lieux, le spectacle était désolant : les restes déchiquetés des quatre victimes gisaient sur le sol, "Ici un membre, là une partie du tronc, plus loin une tête mutilée.... " telle fut le compte rendu de La Dépêche du Berry.
    Le général Maurin, Ministre de la guerre ordonna une enquète, mais cet accident démontrait une fois encore que la pyrotechnie dans un Etablissement Militaire peut tuer à tout moment.

    C'est dans cette atmosphère triste que se déroula la campagne électorale. Cinq listes se présentèrent aux suffrages des 12 520 électeurs inscrits :
    - L'Union Républicaine et Socialiste avec Laudier et son équipe
    - La liste de Concentration Républicaine avec Charles Sainmont
    - La liste Socialiste et de Défense Républicaine emmenée par Charles Cochet et représentant les Socialistes de type S.F.I.O.
    - La liste Communiste avec Louis Gatignon, Albert Keyser et Marcel Cherrier.
    - La liste radicale socialiste avec Louis Alfroi.

    Malgré le fait que Laudier ne soit plus socialiste, qu'il ait en face de lui ses anciens amis de la S.F.I.O., il arrive en tête au premier tour, le 5 mai 1935. Il devance la droite de 1500 voix, , les socialistes de 1600 et les communistes de 2000 voix.
    Au second tour, le scénario est le même qu'en 1925 et 1929, la liste Laudier est élué en entier saul un siège qui va au socialiste Cochet, lequel deviendra "l'ennemi intime" de Laudier jusqu'à la guerre de 39/40
    . Les passes d'arme entre Laudier et Cocher au Conseil Municipal feront la joie des gazettes. Les résultats pour la première fois à Bourges sont connus par "une émission diffusée par haut-parleur" en direct de La Dépêche du Berry", rue des Arènes à partir de 20 heures, l'installation étant faite par la maison Billaudeau. Les radios locales n'étaient pas présentes à Bourges.

    Laudier a donc parfaitement en main les destinées de la Ville de Bourges, son parcours politique, pour le moins sinueux ne joue pas sur les électeurs qui reconnaissent la valeur de l'administrateur.


    1936 : LES LEGISLATIVES DU FRONT POPULAIRE

    Et en 1936, ce sont les élections qui amèneront le Front Populaire au pouvoir. A Bourges, dans la première circonscription, se présentent :
    - Charles Cochet pour la S.F.I.O. il est député sortant élu en 1932, puis

    - Jean Autrand, toujours Pasteur et homme politique de premier plan.
    - Maurice Boin qui est un néo-socialiste, exclu du Parti Communiste, et soutenu par Henri Laudier,
    - Massé est présent dans cette course importante
    - Gatignon le communiste a une véritable chance de l'emporter.

    Autant la campagne de 1932 du Parti Communiste avait été terne, autant celle-ci, en 36 est dynamique. Le 25 mars, à 20 H 30, 700 personnes sont rassemblées pour écouter les orateurs du P.C. dont Gosnat, un adjoint au Maire d'Ivry, ancien ouvrier révoqué des Etablissements Militaires de Bourges. Le rapport de Police, écrit à la suite de ce meeting, notera : " Le Parti veut une France libre, heureuse et forte, pouvant seul, éviter une guerre avec l'Allemagne..... Au cours de cette réunion, il n'y eut aucun contradicteur, et aucun incident".
    Au soir du premier tour, les résultats font l'effet d'une bombe. Le député sortant Charles Cochet est "sorti", il se retrouve avec 4 193 voix, 95 de moins que le Communiste Louis Gatignon, de son côté, Massé obtient 3 838 voix. Et Cochet doit se désister pour le communiste, il écrira :

    " Tous s'inspireront de l'appel lancé par les trois partis: radicaux et radicaux socialistes, communistes et socialistes afin que la victoire du rassemblement populaire soit plus complète.
    Vive le rassemblement populaire".


    Le second tour oppose Massé à Gatignon, ce dernier, malgré la vague de gauche est battu de 300 voix. Le P.C. prendra sa revanche dans la seconde circonscription de Bourges avec Cornavin qui sera élu très largement.
    Gaston Cornavin est un berruyer né en 1894. Ce fut, d'après Pennetier, "le militant communiste le plus important du Cher pendant l'entre-deux-guerres". Issu d'une famille de militants, il quitte l'école après avoir obtenu le brevet élémentaire. En 1910, il entre comme apprenti aux Etablissements Militaires, "à la Pyro", pour reprendre le langage d'alors. Il fait du syndicalisme avant et pendant la Grande Guerre, puis en 1920, devient membre de la majorité socialiste et deveient communiste. Cornavin se révèle un très grand orateur et aux législatives de mai 1924, Cornavin est propulsé, à la surprise générale à la Chambre des Députés.
    Cornavin deviendra après l'exclusion de Boin, et la dérive de Laudier, le grand homme de la gauche dans le département du Cher.
    A Saint Amand et Sancerre, ce sont deux socialistes S.F.I.O. qui s'en vont siéger au Palais Bourbon : Lazurick et Castagnez.


    L'APRES SECONDE GUERRE MONDIALE

    LES PREMIERES ELECTIONS MUNICIPALES DE L'APRES-GUERRE

    Les premières élections municipales se déroulent le 29 avril 1945. Elle intéresse les Berruyers, car il s'agit de s'adresser au peuple pour la première fois depuis très longtemps. Les experts en élections, parlent de "l'inconnue des municipales" car les résultats ne se compareront qu'à celles de 1935 ! La campagne n'est pas très active, les français ont des préoccupations plus matérielles, et certains craignent des abstentions massives.
    "Il faut voter" dira Jean Mauger, alors que la presse locale reprend les paroles de de Gaulle qui qualifie ces élections d'un choix "librement, dignement, tranquillement" consenti. La veille du scrutin, Marcel Plaisant termine un discours par ces mots : "la parole est au peuple français". Mais les français sont encore inquiets, car la guerre n'est pas terminée, et le programme du front national de Fernand Sochet fait des mots "il faut gagner la guerre", le slogan des élections.

    Trois listes sont en présence, celle de l'Union Républicaine, Démocratique et antifasciste, emmenée par Charles Cochet, Marcel Cherrier, et Mme Affouart,
    La seconde est une liste du M.R.P., Mouvement des Républicains Populaires, avec Marcelle Appert et René Bobo.
    Enfin une troisième liste dire "Démocratie et Sociale" qui comprend des membres de l'ancienne équipe de Laudier. A noter que cette liste comprend aux 7 premières places, des femmes dont madame d'Ambert et Jeanne Chaussade. C'est en effet un des premiers votes des femmes en France. C'est ce qui explique le nombre important de votants par rapport à l'avant-guerre.

    Le dépouillement fut des plus laborieux, outre les nombre d'électeurs, le panachage ne facilita pas la comptabilisation des voix et ce n'est qu'à 5 heures du matin que Charles Cochet annonça les résultats :
    - la liste de Cochet, Cherrier, et autres gens de gauche ou de la résistance obtint une moyenne de 12900 voix sur les 22 600 suffrages exprimés, et tous les membres furent élus. Elle devançait largement le M.R.P. qui n'obtenait que 5000 voix en moyenne, la troisième liste ne faisant que de la figuration.

    Il y avait donc confirmation par les électeurs, des rapports de force en présence, et du soutien populaire aux personnes qui venaient de prendre le pouvoir quelques mois auparavant alors que la guerre durait encore.

    Les élections du maire et de ses adjoints se déroulèrent sans surprise quelques jours plus tard. Au premier tour, Charles Cochet obtint 30 voix sur 31 votants, un bulletin étant blanc. Les adjoints, Romain Bardin, René Ménard et Charles Mayault seront élus avec la même unanimité.
    Charles Cochet remerciera les Berruyers pour avoir soutenu la liste "républicaine, démocratique et antifasciste".

     

    Elections à l'Assemblée constituante de 1945

    Les élections à l'Assemblée Constituante se déroulèrent le dimanche 21 octobre 1945. Il y eut 2500 condidats pour 522 représentants. Dans le Cher, 5 listes sont en présence et il y a eu 188 000 votants.
    Les résultats sont édifiants. Sur les 4 représentants du département, il y a 2 communistes, Henri Lozeray et Marcel Cherrier, un élu pour le M.R.P., il s'agit de Daniel Boisdon et un élu pour les socialistes de la S.F.I.O., Lucien Coffin.

    Les socialistes sont déçus, ils sont très loin des communistes, 54 887 pour ces derniers contre seulement 31897 pour la S.F.I.O. En fait le grand vainqueur se trouve être le mouvement du M.R.P. qui fait 39890 voix.
    Ainsi, les communistes se présentent comme le premier parti du département du Cher, loin devant les socialistes et radicaux. Ces deniers reçoivent les résultats comme un camouflet : Marcel Plaisanr se sentant désavoué démissionne de la Présidence du C.D.L.

    Ce même jour d'élection des représentants à la Constituante, un référendum avec deux questions est proposé aux français : le Cher vote OUI pour les deux questions.

    CHANGEMENT DE CAP AUX MUNICIPALES DE 1947

    De mai 1945 à octobre 1947, c'est à dire pendant deux ans et demi, la Ville de Bourges sera gérée dans l'esprit de la Résistance et de la Libération. Toutes les sensibilités, des communistes aux gaullistes et passant par les radicaux, les socialistes et les chrétiens du M.R.P., étaient représentés et travaillaient en bonne intelligence. Les accrochages étaient peu nombreux, et la résolution des problèmes passait avant les tactiques politiques.

    Charles Cochet, par son prestige était un maire incontesté. Lui, l'opposant à Laudier dans l'entre-deux-guerres, le conseiller municipal récus par Pétain avait tenu les reines de la Mairie dans une situation difficile.
    En homme sage, et compte tenu de son âge, il ne sollicitera pas de nouveau mandat. C'est un cas rarissime à Bourges, il se retire de la vie politique, sa mission étant accompli, il va "rentrer dans la vie calme d'un administré qui comprend que pour lui l'heure a sonné de passer la barre à d'autres mains".
    Cochet rappelle qu'il a été dans l'enseignement pendant 42 ans, et 18 ans comme Adjoint au maire avant de devenir député et maire de Bourges.
    Il dira à ses collègues avant de quitter ce fauteuil si convoité :

    "Nous terminons notre mandat, et cela ma fait énormément plaisir, dans un accord complet, dans une atmosphère d'amitié sincère, et c'est pour moi une réelle satisfaction que j'apprécie, ensemble, nous pouvons dire que nous avons bien servi les intérêts de la Cité".

    L'union qui était perçue, de manière sincère, comme une véritable camaraderie pour reprendre les termes d'un conseiller communiste, va s'interrompre, les problèmes internationaux prenant le pas sur les aspects locaux.

    Le 14 avril 1947, à Strasbourg, une ville symbole comme il les aime, le Général de Gaulle fonde officiellement le R.P.F., Rassemblement du Peuple Français. Aussitôt, les communistes du Conseil Municipal de Bourges, par la voix d'Henri Perrier "condamne le discours de de Gaulle" et parle d'un "groupement de factieux pour diviser la nation". Il poursuit par un survol de l'histoire,de "la France, depuis les Bonaparte, Mac-Mahon, Boulanger et Pétain, elle sait trop ce que lui ont coûté les expériences de pouvoir personnel".

    Le 2 mai 1947, c'est la fin d'une idyle, le gouvernement Ramadier se sépare de ses Ministres communistes. C'est une longue histoire qui prend fin, par la double injonction de l'américain Truman qui demande aux gouvernements européens d'exclure les communistes de leur gouvernement, et par le comportement des députés communistes qui s'abstiennent dans le vote des crédits pour l'Indochine, ou s'opposent à la politique des prix de Ramadier.

    La guerre froide commence et les élections municipales de Bourges vont montrer de manière précise cette rupture.

    Aux Municipales, prévues le 19 octobre 1947, 5 listes sont en présence, comme dans les années 30. S'opposent :
    - la liste d'Union Républicaine et Résistante pour le Parti Communiste, elle est emmenée par Henri Perrier, Marcel Cherrier et Romain Bardin.
    - La liste Socialiste de la S.F.I.O., avec Albert Buisson, Charles Mayault et le docteur louis Delamarre
    - la liste des radicaux-socialistes emmenée par René Ménard, Gustave Sarrien et Marcel Soubret.

    Ces trois listes sont représentatives de la gauche traditionnelle, celle du Front Populaire. Elles sont opposées à deux listes dites de droite :

    - la liste de défense des intérêts municipaux présentée par le M.R.P., avec Henri Chaulier, Jeanne Lebrun et René Bobo.
    - la liste du Rassemblement du Peuple Français, le parti de de Gaulle avec Louis Roy, Henri Sallé et André Cothenet.

    Les résultats donneront, après le dépouillement, et les calculs sur le nombre de siège au quotient, puis à la plus forte moyenne, les résultats suivants : 13 sièges au R.P.F., 11 sièges au P.C., puis 4 à la SFIO, 3 au M.R.P. et enfin 2 aux radicaux.

    Il y avait donc sensiblement une égalité entre gaullistes et communistes, mais dans le clivage gauche - droite, les amis de Marcel Cherrier, avec l'aide de la SFIO et des radicaux devait l'emporter, avec une voix d'avance.
    C'était sans compter avec les arrières pensées des uns et des autres.
    Au premier tour de scrutin, le communiste Perrier arrive en tête avec 15 voix, il a visiblement fait "le plein" des voix du P.C. et de la S.F.I.O., alors que le gaulliste Galande a les 13 voix de son groupe, le radical Sarrien obtenant les suffrages des radicaux et du MRP.
    Il y a dejà, à ce niveau une alliance que certains qualifient "contre nature".
    Après une suspension de séance pour permettre aux différents groupes de se concerter, le second tour de scrutin est organisé. C'est une dispersion des voix, au lieu du rassemblement attendu. Galande a ses 13 voix et Perrier ses 11, les autres vont sur trois autres candidats.

    Nouvelle suspension de séance et c'est l'affrontement. Marcel Cherrier, pour la liste communiste parle des "factieux du R.P.F., et de la volonté des Berruyers de faire barrage aux tentatives qui visent à faire de la mairie une base d'opérations contre le peuple, et qui conduirait le pays au pouvoir personnel, c'est à dire au désordre, à l'aventure et à la guerre".

    Le député du Cher rappelle que des accords entre communistes et socialistes avaient été conclus le lundi précédent, le parti radical avait été saisi des propositions communes le lendemain matin.
    Mais en parallèle, des tractations entre socialistes et gaullistes se poursuivaient, et les radicaux agissaient de même. Alors, dans un dernier sursaut, Cherrier adjurait les socialistes et radicaux de se ressaisir, et de bloquer leurs voix sur Henri Perrier. Il débordait sur la politique nationale : "Après avoir évincé les communistes du gouvernement, on veut maintenant battre les communistes désignés par le suffrage universel et, au besoin, partager avec les factieux du R.P.F. les directions municipales".

    L'utilisation du terme de factieux sera reprise sous forme d'une ferme protestation de M. They, qui fut un ancien combattant des Forces Française Libres. Le troisième tour de scrutin allait commencer, et à la surprise générale, c'est Henri Sallé, second de la liste R.P.F. qui est élu maire de Bourges avec 16 voix contre 15 au communiste Henri Perrier, il y aura 2 bulletins blancs.
    On peut penser que les radicaux se sont abstenus, et à partir de ce moment, le vieux clivage droite-gauche est réapparu, et l'alliance R.P.F. plus M.R.P. l'a emportée. Les communistes, dépités, quitteront la salle des séances.


    Les élections législatives du 17 juin 1951

    Vinrent alors les élections législatives du 17 juin 1951. Elles avaient un mode de scrutin relativement complexe que le troisième cabinet Queuille avait fait voter : la loi électorale des "apparentements". La proportionnelle restait la règle, mais les listes qui "s'apparentaient" à l'avance se comportaient alors comme pour un scrutin majoritaire. En cas de majorité absolue, par exemple, ces listes auraient tous les sièges qu'elles se répartiraient ensuite de manière proportionnelle aux suffrages de chacune d'elle. Cette loi fut très controversée et relativement complexe dans sa compréhension.
    La campagne fut âpre, dans le Cher, il n'y avait pas moins de 8 listes. Parmi ces listes, il restait les traditionnelles, comme le P.C.F., le M.R.P. ou la S.F.I.O., mais il apparaissait aussi une liste gaulliste appelée R.P.F. A côté, l'électeur avait le choix entre l'U.D.S.R., le R.G.R., les Indépendants et Paysans et même un parti des contribuables.

    P.C.F. = Parti Communiste Français - M.R.P. = Mouvement Républicain Populaire - S.F.I.O. = Section Française de l'Internationale Ouvrière - R.P.F = Rassemblement du Peuple Français - U.D.S.R. = Union Démocratique et Sociale de la Résistance- R.G.R = Rassemblement des Gauches Républicaines

    Deux faits sont à noter dans une campagne électorale qui ne faisait pas souvent la "une" des journaux locaux. Le premier, fut la présence le 13 juin 1951 d'André Malraux, venu soutenir l'homme qui avait pris la tête des gaullistes locaux : Raymond Boisdé.

    A 21 heures, dans la grande salle Séraucourt, Malraux a attiré la grande foule. Il est présenté comme le Secrétaire Général à la Propagande et ancien ministre. Boisdé commence le meeting, présidé par le général Challe, assisté de madame Weil, conseillère municipale.
    M. Boisdé commence en se situant, lui et son "parti", dans la vie politique. Il assure que le R.P.F. n'est pas un parti, qu'il n'est pas apparenté et qu'il a un programme original. En guise d'originalité, il déclare vouloir "assainir les finances, faire des économies, restaurer la santé de l'Etat" et enfin "il souhaite un apaisement social". Il développe l'ensemble de ces points, avant de conclure :

    "Pour être respecté, notre pays doit être respectable, craint et fort".

    Il passe alors la parole à André Malraux qui, dans le style inimitable qu'il conservera toujours, déclare :

    "Il faut juger de Gaulle, non sur le plan des politiciens, mais sur celui de l'histoire. Le gaullisme n'est pas une garantie mais peut être une chance pour la France".

    Le second événement de la campagne électorale fut une réunion publique qui opposait 6 responsables des listes du Cher. C'était à la Halle et André Cothenet présidait cette réunion qui avait attirée la foule des grands jours.
    Il y avait Coffin pour la S.F.I.O. qui reviendra dans ses interventions plusieurs fois sur la politique du R.P.F. et sur son chef de Gaulle qui veut faire revivre une sorte de néo-bonapartisme : "Son système de gouvernement est basé sur un seul homme".
    Autre orateur, second dans l'ordre de prise de parole, c'est justement le représentant du R.P.F., un nouveau en Berry : Raymond Boisdé. Il sera, semble-t-il, assez court dans son propos :

    "Les électeurs devront choisir entre une politique d'assainissement et un amalgame de politiques contraires".
    D'autres responsables s'exprimeront, dont Jacques Genton pour le R.G.R. qui déclare : "Nous ne représentons personne, si ce n'est nous-mêmes et nos idées".

    C'est à la fois plein de bon sens, et typiquement berrichon.
    D'autres orateurs montent à la tribune, c'est Lanote pour les Paysans et Indépendants, puis Monsieur de Hautecloque, un cousin du Général Leclerc, pour l'U.D.S.R. et enfin Boisdon du M.R.P. Chacun défendra une partie de leur programme, car il ne fallait pas lasser les auditeurs. Les autres listes, dont celle du Parti Communiste emmenée par Marcel Cherrier et Mme Chevrin, n'ont pas assisté à ce meeting.

    Les résultats vont surprendre la classe politique. C'est, sur le plan national, la victoire des extrêmes. Le R.P.F. d'un côté avec 4 millions de suffrages soit 22% est opposé au P.C. qui conserve ses positions avec près de 5 millions de votants.
    Par contre, c'est la "dégringolade" pour le M.R.P. et le lent déclin pour la S.F.I.O. Ils sont tous les deux victimes de la percée gaulliste.
    Mais le système des "apparentements", à la grande fureur des gaullistes et des communistes, va envoyer à la Chambre un nombre de députés très différent d'un vrai système proportionnel. Ainsi, P.C et R.P.F. avec 48% des voix ont 224 sièges, les 4 autres formations, dites de la troisième force, avec 52% des suffrages ont 383 sièges et.... la majorité.
    Dans le Cher, Marcel Cherrier est élu, mais il est le seul pour le P.C. qui perd un siège, alors que son nombre de voix est sensiblement identique à celui obtenu aux élections précédentes de 1946. Ainsi, M. Lozeray, député sortant, ne se représentait pas et Mme Chevrin ne sera pas élue.

    Les socialistes de la S.F.I.O., bien que perdant beaucoup de voix, puisqu'ils passent de 22 862 à 16 741, conservent un siège, celui de Coffin.
    Le M.R.P. n'a plus de député, c'est la déconfiture, il avait obtenu 26 667 voix, il lui en reste 7598. Alors les deux sièges vont à deux "nouveaux" : le premier, Jacques Genton, il commence une carrière politique à haut niveau et est élu sur une liste R.G.R.. Le second, élu sur une liste R.P.F. est un "parachuté", il s'agit de Raymond Boisdé qui monte en flèche et se retrouve à l'Assemblée. Le R.P.F. qui avait en 1946, avec l'embryonnaire Union Gaulliste, obtenu 18 877 voix, en a cette fois 34 402. Il a presque doublé ses voix, et devient en France et dans le Cher, le second parti de France, après le Parti Communiste.


    LES ELECTIONS MUNICIPALES DE 1953

    Les élections municipales se déroulent le 26 avril 1953, on compte 30 620 inscrits pour la ville de Bourges et 6 listes sont en présence, avec des appellations locales qu'il n'est pas simple de déchiffrer. Les résultats au soir de ce dimanche de printemps ne permettent pas de connaître l'équipe qui dirigera la municipalité à venir. Il n'y a pas de majorité nette et les alliances vont être nécessaires.

    Les résultats de chacune des listes sont les suivants :
    - la liste S.F.I.O.(Union Socialiste et Républicaine pour la rénovation de la Cité) obtient 3 élus, dont Albert Buisson et le docteur Delamarre.
    - la liste de l'Union Progressiste (Union Républicaine, Laïque, Sociale) est formée de gens de gauche, certains diront très à gauche. Elle envoie deux élus à la mairie, dont Jacques Mitterrand, une des personnalités les plus fortes et les plus discrètes de la IVe République, au plan national.
    - la liste du P.C.F. (Union Ouvrière et Démocratique pour la Défense des Intérêts Communaux dans la Paix et l'Indépendance Nationale), a le plus de conseillers élus, puisqu'ils sont 10 avec en tête Marcel Cherrier, Henri Perrier et Robert Chaton.
    - la liste d'Union Berruyère n'est patronnée par aucun grand parti, mais André Cothenet, maire sortant et gaulliste, figure en tête de liste. Elle obtient 9 élus, dont Germaine Lebrun et René Bobo. Sera aussi élu Henri Thoulouze, un ancien qui figurait sur les listes de Laudier en 1935.

    En fait, comme me le rappelait Jean Cothenet son fils, il ne semble pas qu'André Cothenet ait eu des ambitions nationales, il aurait pu devenir député, mais, homme de convictions, il préférait un mandat très local au niveau de la ville.

    - la liste d'Entente Professionnelle, Industrielle et Commerciale, formée, comme son nom l'indique, d'un certain nombre de responsables professionnels berruyers. Elle n'aura que 2 élus, Marcel They et Maurice Girard. Il est assez rare que ces listes qui s'apparentent souvent à du Poujadisme fassent un score important.
    - enfin, la liste d'Action Municipale pour la Défense de Bourges, emmenée par Jacques Genton, obtiendra 7 élus dont René Ménard et Louis Mallet arrivé en quatrième position.

    Les professions de foi des divers postulants concernent, pour les communistes, "l'abrogation des lois anti-laïques" ou la "fin de la guerre d'Indochine", alors que sur un plan plus local, les tracts demandent "l'achèvement de l'Hôtel-Dieu et de la Salle des fêtes", ou encore "l'assainissement de l'Yèvrette".
    De son côté, Jacques Genton veut "activer la construction de logements", mais aussi "aider à la formation intellectuelle, morale et physique de la jeunesse", tout en "atténuant certaines misères".
    A la comptabilisation des résultats, il est difficile de se retrouver, car si la "gauche" peut totaliser 15 voix sur 33, il n'est pas aisé de savoir comment vont se situer les voix des listes "d'intérêt communal".

    C'est Louis Mallet, en tant que doyen d'âge, qui préside la séance de mise en place du maire et de ses adjoints. Sont en lice pour le poste de premier magistrat, Mrs Cherrier, Delamarre, Cothenet, They et Genton. Dès le départ, l'Union Progressiste de Jacques Mitterrand indique qu'elle votera pour le communiste Cherrier. Effectivement, Cherrier a 12 voix, Cothenet les 9 de sa liste tout comme Genton They et Delamarre qui sont soutenus par leurs amis respectifs.
    Le second tour n'apportera rien de significatif. Mais après ce vote, il y aura un intermède de plus de trois heures ! La foule est impatiente, c'est une atmosphère de kermesse, et les gardiens de la paix doivent être appelés pour calmer un public en effervescence.
    Soudain, monsieur Cothenet entre. Le bruit court que l'entente des modérés s'est enfin faite sur le nom du maire sortant.....ce sera une fausse rumeur. Il est alors 1 heure trente du matin.
    Pour ce troisième tour, les tractations iront croissantes. Les socialistes de la S.F.I.O. ne veulent pas donner leur voix à un communiste, et les radicaux et autres modérés ne veulent plus de Cothenet comme maire. M. Jacques Mitterrand déplore, de sa voix forte de tribun, qu'il y ait encore deux candidats de gauche en lice.
    Le coup de théâtre survient alors avec cette déclaration du maire sortant :

    "le résultat des élections du 26 avril qui m'a placé en tête des 198 candidats conseillers municipaux m'autorisait à présenter ma candidature. L'exclusive dont j'ai été frappé par le parti radical et d'autres personnalités m'oblige à la retirer, bien que je n'ai aucunement conscience d'avoir démérité dans l'accomplissement de ma tâche de Maire de Bourges pendant les 5 années passées. J'invite donc mes colistiers à voter pour M. Louis Mallet."


    Le vote qui suivra sera sans surprise, monsieur Mallet aura 17 voix, c'est-à-dire celles de sa liste emmenée par Genton, plus les voix des 2 autres listes de droite, à une exception près, on peut penser que le bulletin blanc est celui de Cothenet..... Et Louis Mallet devient Maire de Bourges. Il fait aussitôt la déclaration suivante :

    "Je suis le premier surpris de cette élection que rien ne m'avait fait prévoir. Je vous remercie de m'avoir accordé ce témoignage de confiance. C'est une charge très lourde qui m'échoit; j'essaierai, avec votre concours à tous, sans distinction, de m'en montrer digne".

    Il devient plus politique en revenant sur ces élections et cette folle nuit :

    "Je regrette que les socialistes aient décliné l'offre de M. Genton. Devant l'impossibilité de rallier la majorité sur le maire sortant, les deux groupes m'ont désigné. Mon premier souci sera l'urbanisme et le logement".

    Louis Mallet était né 7 avril 1885, il était négociant en matériaux à Dun-sur-Auron, et c'est en 1919 qu'il vint à Bourges où il s'établit quai du bassin, puis route de Marmagne. Associé à François, son père, et à sa soeur, Mme Bourneau, il montre dans sa gérance "de grandes qualités". Il fera la guerre de 14/18.

    Quant à André Cothenet, il restera conseiller municipal de Bourges et surtout conseiller général du département du Cher, dans lequel il aura une grande influence. L'ancien maire, père de 5 enfants, dont l'un devint l'abbé Edouard Cothenet, collaborait chaque semaine à la "Vie Catholique du Berry".


    Les élections législatives de 1956


    La France vote dans les tous premiers jours de 1956. Ce fut à la fois une surprise et une déception. Les communistes retrouvent leurs électeurs avec 26% des suffrages, le M.R.P. continue à baisser, alors que les gaullistes s'effondrent de manière spectaculaire, ils ont moins de 5% des suffrages. Mais le phénomène curieux, c'est l'arrivée de Pierre Poujade qui envoie 51 députés à la Chambre. Les radicaux et les socialistes résistent bien ce qui leur permet de constituer le Front Républicain, avec la neutralité du M.R.P.

    Dans le Cher, pas moins de 10 listes sont en présence, et le lundi 2 janvier, comme tous les Français, les Berruyers s'en vont massivement voter pour élire leurs 4 députés.

    Le choix se fait entre :
    - les communistes : Marcel Cherrier, René Mariat, Mme Léa Peronnet, Léo Mérigot
    - les socialistes S.F.I.O. emmenés par René Henry, avec Robert Cocu, Edmond Ratillon et Georges de Vandègre.
    - l'U.D.S.R. de Georges Lelarge, avec André Boulay, André Gaté et Edmond Gonnet.
    - les radicaux-socialistes qui font une liste avec le R.G.R. de Jacques Genton député sortant. Dans cette liste figurent Charles Lefèvre, Gaston Portugale et Roland Degré.
    - le M.R.P. comprend Claude Thoral, René Bobo et René Minault.
    - les Républicains Sociaux avec Maurice They et Maurice Cherrier
    - les Indépendants comprenant Raymond Boisdé, député sortant, il est entouré de Georges Mauguin, René Malleret et André Cothenet.
    - enfin trois listes apparentées, comprenant l'U.D.C.A pour le milieu agricole, commerçants et consommateurs. Il y a en particulier M. Lainé, il représente le mouvement poujadiste.

    Les résultats vont tarder à venir, entre les calculs arithmétiques et la nouvelle loi des apparentements, rien n'est simple. Si les communistes ont rapidement le nom de leur premier député, Marcel Cherrier, les Indépendants emmenés par Raymond Boisdé obtiennent très vite un élu.
    Pour les deux autres sièges, la lutte est rude, les socialistes, avec René Henry perdent de justesse le siège de Lucien Coffin, par la faiblesse de l'U.D.S.R. à laquelle la S.F.I.O. était apparentée, et pour la même raison, Jacques Genton perd son siège. Ce dernier n'ayant pas fait "le plein" des voix dans les campagnes.

    Les deux autres députés sont donc un communiste, René Mariat, et un poujadiste, M. Lainé. Le P.C.F. gagne 5 000 voix et emporte deux sièges, c'est le parti vainqueur des élections dans le Cher. Le poujadisme, comme partout en France tire son épingle du jeu. Les vaincus sont du côté des socialistes, René Henry aurait dû passer.
    René Mariat se retrouve député, il est né à Lunery en 1911. Avant guerre, en octobre 1939, il fut révoqué par Daladier. Mobilisé, il est bientôt fait prisonnier en Allemagne, il n'en revient qu'en mai 1945. Pendant cette triste période, sa famille prend une part active à la Résistance, en particulier son frère et sa mère.
    Depuis 1948, monsieur Mariat a une activité publique intense à Lunery, village dont il devient maire.


    BOISDE ELU MAIRE DE BOURGES DE MARS 1959

    C'est dans une ambiance morose que se préparent les élections municipales prévues pour le mois de mars. Le maire sortant est Louis Mallet, il est âgé, et avait été élu, contre toute attente six ans plus tôt. La logique politique voulait qu'il se représente au suffrage, comme tous ses prédécesseurs depuis un siècle, à l'exception de Charles Cochet.


    Le 24 février, le Maire informe ses concitoyens qu'il renonce à former sa liste, et il diffuse un communiqué dans lequel se retrouve une certaine amertume :

    "Je constate avec regrets que certains collègues et personnalités ont, à la suite de décisions contraires, délibérément compromis le principe même de mon entreprise et empêché la poursuite de l'élaboration de cette liste".


    Il poursuit sur le même ton qu'il ne lui est plus possible de se représenter à la magistrature municipale, mais il laisse une porte de sortie en écrivant :

    "Je reste néanmoins convaincu que la solution d'une large union dépolitisée était la seule à oeuvrer pour la cité".

    Jacques Chouard, qui était encore le collaborateur du député du Cher Raymond Boisdé dans les Fédérations textiles et de l'habillement, lui suggéra de devenir Maire de Bourges. Il semble que cette fonction ne le tentait pas et madame Boisdé pas plus, trouvant que son mari était déjà suffisamment occupé.
    Alfred Depège confirme ces propos, la carrière de monsieur Boisdé se tissait dans les mailles de l'industrie de l'habillement. Jacques Chouard était d'ailleurs le secrétaire administratif de la Fédération de l'Habillement, et les mauvaises langues, lors des campagnes électorales, ne se privaient pas d'affirmer "que M. Boisdé était l'homme de Boussac", ce dernier représentant le capitalisme pur et dur de l'après-guerre. Pour Boisdé, devenir maire était une opportunité politique, il s'en aller la saisir.

    M. Chouard m'affirmera :

    " Je suis celui qui l'a convaincu, compte tenu que je lui répétais sans cesse que la population de Bourges le réélirait Député s'il était son Maire, et alors que le RPF présentait quelqu'un contre lui. J'ai gagné mon pari et ma suggestion se réalisa".

    Une quinzaine de jours avant le scrutin, la presse annonce que Monsieur Boisdé s'est retiré à Paris avec une liste de 68 noms qui se sont déclarés disponibles, il va choisir les 35 candidats qu'il emmènera "au combat", sous le nom de "liste d'Union Municipale d'Action sociale pour Bourges Grande Ville". Avec M. Boisdé, se retrouvent des anciens, comme René Ménard ou André Cothenet.

    Au premier tour de scrutin qui se déroule le 9 mars, outre la liste de Raymond Boisdé, il y a 4 autres listes en présence :
    - celle de Marcel Cherrier pour le Parti Communiste.
    - la liste du docteur Roy, dite d'Union pour l'expansion et le renouveau de Bourges, elle comprend aussi Mrs Chanoine et Maréchal.
    - la S.F.I.O. emmenée par un autre docteur, Louis Delamarre, avec Buisson en second.
    - enfin la liste de M. Gillet, appelée "liste d'Union des forces démocratiques", avec Mrs Albrard, Rémy et Buvril.

    Les résultats du premier tour donnent les listes Boisdé et Cherrier au coude à coude, loin devant les autres postulants elles se retrouveront une semaine plus tard pour une bataille à deux.
    Le docteur Delamarre a retiré sa liste sans donner de mot d'ordre.

    Au second tour, la liste Boisdé avec 12 831 voix sur les 33 597 inscrits devance la liste "d'Union des Gauches" de 1500 voix en moyenne. Le système électoral majoritaire à deux tours permet à Raymond Boisdé d'obtenir pour sa liste, les 35 sièges du Conseil Municipal.

    Tête de liste, le député du Cher est toutefois contesté dans son propre camp, son nom arrive dernier au nombre de suffrages, puisqu'il a 12 204 voix, contre 13 062 pour Alfred Depège qui décroche la première position
    . Comme pour Laudier dans l'entre-deux-guerres, les fortes personnalités sont assez souvent rayées..... par leurs électeurs.
    Les lendemains d'élection sont difficiles. Pour la première fois depuis les années 30, il n'y a aucune dose de proportionnelle, selon les grands principes de la Ve République. Contrairement aux élections précédentes, c'est une liste homogène qui entre au Conseil Municipal. neuf Conseillers sortants de gauche ne sont pas réélus.

    L'élection au poste de maire ne pose pas de problème majeur, sur les 35 votants, il y a 34 voix pour Raymond Boisdé et 1 bulletin blanc. Les 6 adjoints sont élus de la même façon, les quatre premiers adjoints exigés par la loi réglementaire sont Mrs Ménard, Lantier, Depège et Clémençon. Mais le nouveau maire propose deux nouveaux postes d'adjoints, et M. Rouzé est appelé "adjoint supplémentaire", alors que M. Pasdeloup se retrouve adjoint spécial d'Asnières.


    Les élections municipales de 1965

    La politique en 1965 se porte bien en France et dans le Cher. L'année sera fertile en consultations populaires et autres visites de ministres de la Ve République.

    Le premier événement se déroule en mars 1965 avec les élections municipales. A Bourges, il n'y a que deux listes en présence, et le décret du 9 décembre 1964 a modifié la loi électorale. Désormais, chaque électeur ne peut voter que pour l'ensemble de la liste, sans panachage ni rayure, sous peine de nullité du bulletin.

    Au cours du conseil municipal du 18 février 1965, le maire évoque sa prochaine liste pour les municipales, et si, en homme politique de grande expérience, il précise qu'il choisira ses équipiers pour le seul intérêt de la gestion municipale, il ajoute qu'à Paris, il a rencontré d'autres collègues maires qui sont "depuis 8 jours assaillis de sollicitations, et également d'offres de combinaisons", il termine par un "c'est incroyable !". Il est en effet certain que dans le contexte national et local, en 1965, Boisdé est indéracinable.

    Le 9 mars, comme maire sortant, Raymond Boisdé annonce que sa liste, dont les noms ont été dévoilés le vendredi 26 février, se caractérise par deux éléments. Le premier, c'est "qu'il ne reste pas beaucoup de place" car, parmi l'équipe sortante, peu d'éléments sont disposés à laisser leur place d'autant plus qu'ils ont toutes les chances d'être élus. Le second événement sur cette liste est la présence de socialistes, et de jeunes. Cette volonté d'ouverture correspond à l'idée de la "troisième force" en France, avec des hommes du centre droit au centre gauche en repoussant les extrêmes.

    Comme me le rappelle Bernard Gourdon, alors secrétaire fédéral des Jeunesses Socialistes, et fondateur du club local "Léo Lagrange", il n'y avait "rien pour les jeunes sur Bourges, et Raymond Boisdé voulait des gens venant d'horizons différents, alors je représentais la jeunesse et j'y suis allé".

    Bernard Gourdon représentait, à travers le SNI (Syndicat National des Instituteurs), et ses liens au socialisme, une ouverture intéressante pour Raymond Boisdé. En outre, cet instituteur était à l'origine de la première Maison des Jeunes de Bourges, celle de la place Malus, qui regroupait alors plus de 350 adhérents, avec des activités très diversifiées comme le théâtre, la photo, le ciné-club ou les rallyes.

    Opposée à cette liste "Boisdé", appelée aussi : Union Municipale et Action Sociale, une seule autre liste emmenée par le Parti Communiste est présente. Elle a pour nom : l'Union Démocratique et comprend Henri Perrier, Marcel Cherrier, Robert Chaton, Lucien Petit, Louis Baraton, Jacques Bastard, Gilbert Camuzat, Marguerite Renaudat et quelques autres comme Rose Desserin et Louise Belleray.

    Les résultats sont sans surprise, si ce n'est l'ampleur de la victoire. Sur 28 078 votants, la liste Boisdé obtient 16 504 suffrages et celle d'Henri Perrier, moitié moins, soit 8612 voix.

    La liste qui l'emporte est élue en entier, et il n'y aura aucune opposition. Elle est donc composée de Raymond Boisdé, député-maire sortant, avec Roger Clémençon, Alfred Depège, André Cothenet et.... René Henry.

    La municipalité se met en place, elle a une curieuse connotation puisque des socialistes de la S.F.I.O., emmenée par René Henry, un technicien de Nord-Aviation, gèrent la ville avec les hommes du centre ou de droite, comme Alfred Depège, pharmacien, Roger Clémençon, ingénieur et André Cothenet, l'ancien maire.
    Les socialistes de René Henry comprennent des hommes comme François Baboulène, René Robert ou Bernard Gourdon, le benjamin de la liste. Sur les 35 conseillers municipaux, 28 appartenaient à l'équipe sortante de Raymond Boisdé. C'est une équipe de notables. Hormis les "jeunes loups " socialistes, la moyenne d'âge de la liste est assez élevée.


    Les élections législatives de 1967

    Les législatives de 1967 s'avèrent délicates pour la majorité gaulliste au pouvoir. A Bourges et dans le Cher, il n'y a pas de réelle surprise, c'est un scrutin majoritaire à deux tours. Dans la première circonscription du Cher, Raymond Boisdé conserve son siège au premier tour dès le 5 mars, avec une étiquette "UD. Ve", son suppléant est Alfred Depège, pharmacien à Bourges.
    Le député-maire sortant obtient 52,88% des suffrages, alors que le candidat communiste ne "fait" que 27% et A. Duchereux, pour "l'extrême gauche", réalise 14,5%.

    De son côté, Jean Boinvilliers l'emporte dans une circonscription découpée d'une drôle de façon, avec Vierzon, Sancerre et la Chapelle d'Angillon.
    Jean Boinvilliers est né à Paris le 16 juillet 1921, il est diplômé de l'Université de Pittsburgh et maire de Brinon-sur-Cher. Il a épousé Béatrix de Sieyes de Veynes qui lui a donné 4 enfants. Gaulliste de toujours, il avait été décoré de la médaille de la France libre. Sa profession, sur l'annuaire de l'Assemblée Nationale, est "journaliste". Boinvilliers a en effet été Chef de Service au groupe de presse "Réalités" dès 1947, puis secrétaire général du groupe avant d'entrer dans la vie publique sous les couleurs de l'U.N.R. Il est alors chargé de mission au cabinet de Jacques Soustelle, puis élu député du Cher le 30 novembre 1958, dans la vague gaulliste de l'après 13-mai.
    Le troisième élu, pour la circonscription comprenant Dun, Saint-Amand et Sancoins, est le communiste Laurent Bilbeau qui l'emporte de justesse avec 50,21% des suffrages. Il est alors conseiller municipal de Bruère-Allichamps, il est né le 23 mai 1911 à Chalivoy-Millon. M. Bilbeau exerçe la profession d'instituteur et est membre du S.N.I. Ce 12 mars 1967, il se retrouve sur les bancs de l'Assemblée Nationale.

    Sur le plan national, si la majorité a recueilli au premier tour 38% des suffrages, les communistes ont 22% et la gauche socialiste 19%, les jeux ne sont pas faits, la gauche peut devenir majoritaire.
    Ces élections montrent une France plus divisée que jamais, avec une lassitude de la population, mai 68, que nul n'avait prévu, n'est pas loin.

    C'est à la suite de ces élections législatives que des dissensions se font jour au conseil municipal de Bourges.
    Les "jeunes turcs socialistes" supportent de moins en moins bien les méthodes de travail du maire de Bourges ou des membres de son cabinet. Pour Bernard Gourdon, le refus de Raymond Boisdé pour un développement industriel devenait un point de rupture. Il y avait en effet, semble-t-il une volonté des édiles berruyères de promouvoir Bourges "comme une ville de qualité, de loisirs..... un petit Vichy en quelque sorte".

    Michelin et Bourges-Nord avec une population dont le bulletin de vote "virait progressivement au rouge" affolait Boisdé qui "ne voulait pas faire de sa ville "une cité industrielle". Bernard Gourdon et ses amis François Baboulène et René Robert en désaccord sur les objectifs du maire vis à vis de la ville, en opposition sur les méthodes de travail quitteront le conseil municipal en donnant leur démission le 23 juin 1967. Les autres socialistes, comme Henry, Arquinet et Touraine resteront..... quelques mois supplémentaires.

    La goutte d'eau qui fera déborder le vase sera d'ordre nationale avec le vote sur les pleins pouvoirs après les législatives de 1967. Le 26 avril, le gouvernement de Georges Pompidou demande au Parlement l'autorisation d'agir par ordonnances en matière économique et sociale. Edgard Pisani, ministre de l'équipement, démissionne. En mai, une grève générale est organisée contre les "pouvoirs spéciaux".
    Pendant deux ans, des tentatives d'alternatives municipales se feront jour avec la constitution de GAM (Groupes d'Action Municipale) sur le modèle d'Hubert Dubedout à Grenoble. Robert, Couveigne et Gourdon créeront un GAM qui ne donnera pas de résultat significatif. La France et plus tard Bourges s'apprêtent à jouer sur d'autres terrains et dans d'autres coins de rue..... Mai 68 est proche.


    LES ELECTIONS MUNICIPALES DE 1977

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    La fin de la campagne est très dure à Bourges, à l'approche du 13 mars, date du premier tour. Au Parc Saint-Paul, ils sont 1500 à écouter les leaders de la gauche locale. Jacques Rimbault, observant les divisions de la droite, sent la victoire possible. Il s'exprime ainsi : "l'espoir et l'union sont à notre côté", alors que Charles Parnet donne une idée très critique de ce que furent les réalisations de Boisdé. Boiché parle de son cas, lui, le gaulliste de gauche, qui n'est "l'otage de personne".
    Le premier tour est une surprise à Bourges. Si Papon est réélu à Saint-Amand et Léo Mérigot à Vierzon, le résultat de Bourges ne permet pas de se prononcer.

    La liste de gauche de Rimbault arrive largement en tête avec 14 246 voix, suivie des deux listes "de droite", celle de Boisdé avec 7792 suffrages bat de 300 voix celle de Bourges-Espoir qui obtient un très bon score avec 7497 suffrages. La liste de Lutte Ouvrière fait un bon résultat avec 1478 voix. Les abstentions ont été importantes, avec un taux de 27%.


    Les premiers commentaires et analyses portent sur la chute de Boisdé. Lui, qui fut élu au premier tour en 1965, avec 65% des suffrages et près de 60% en 1971, se retrouve avec un score de 25%. C'est un rejet de l'homme et de sa liste. Au soir de ce premier tour, René Henry affirme vouloir se maintenir, car seule sa liste peut battre celle de M. Rimbault. De son côté, Raymond Boisdé dit la même chose, il se trouve "désigné naturellement" car il est arrivé en tête des deux listes de droite... Il n'a pas compris le vœu des électeurs : le désire d'un réel changement.

    Les résultats du second tour des élections à Bourges font l'effet d'une bombe pour tous les Berruyers qui n'étaient pas familiers avec la politique locale. La liste emmenée par Jacques Rimbault l'emporte très largement avec près de 56% des suffrages, très exactement 55,91%, et Raymond Boisdé a perdu, il est loin derrière, à 4000 voix de son vainqueur de gauche.
    On note peu d'abstentions, puisque le taux n'a été que de 20%. Comme Boisdé a obtenu 55 voix de moins que la somme des listes de Bourges-Union et de Bourges-Espoir, cela signifie qu'il n'a pas fait le plein des voix de droite, et de nombreux abstentionnistes du premier tour n'ont pas voté pour lui.


    C'est une défaite sévère, mais ce qui est encore plus difficile, ce n'est pas d'avoir été battu par ses adversaires, mais par ses amis. Il ne fait aucun doute que la perspective de remettre à la première place de la ville une équipe ancienne et usée, a amené beaucoup de rancœur dans les rangs de la droite locale.

    Beaucoup de femmes et d'hommes n'ont pas compris que Raymond Boisdé n'ait pas laissé la place à l'équipe de Bourges-Espoir, qui pouvait être une alternative intéressante. Alors, de nombreux Berruyers, pas plus communistes que socialistes, ont avant tout voté contre l'équipe du maire sortant, en voulant lui faire comprendre qu'il devait laisser la place. Ils ne supportaient plus que leur maire soit continuellement entre Paris et la Côte d'Azur, où il séjournait longuement pour des raisons de santé, et que la gestion municipale soit assurée par "l'entourage" du maire.

    Raymond Boisdé part, sans doute avec beaucoup d'amertume et d'incompréhension. Il laisse flotter sur la mairie "le drapeau rouge", pour reprendre l'expression de plusieurs de ses amis au soir de la défaite, ils sont "sonnés" et se laissent aller à beaucoup de fantasmes, ne comprenant pas ce qui leur arrive.


    Les élections municipales de 1983

    Au mois de janvier 1983, Jean François Deniau annonce qu'il ne sera pas candidat pour conduire la liste municipale de l'opposition à Jacques Rimbault. Il évoque une incompatibilité entre le fait d'être Président du Conseil Général du Cher et la fonction de maire d'une grande ville comme Bourges. Il signale en outre qu'il soutient Camille Michel, pour l'UDF, qui devient chef de file de l'Opposition de droite.
    Camille Michel est bien connu à Bourges, il fut préfet du Cher de 1978 à 1981 et sa démission alimenta de bien nombreuses conversations.
    Il aimait à répéter ce que disait Napoléon 1er qui avait écrit "que les préfets étaient chargés d'assurer le bonheur des Français. C'est ce que j'ai essayé de faire, dans toutes mes fonctions". Il connaît bien Bourges, un physique tout en rondeur, le visage souriant, il est jovial, c'est un débatteur de première. Et les différentes listes électorales apparaissent.
    A droite, Camille Michel emmène la liste, il a à ses côté des gaullistes du RPR comme Jean Claude Péan et François Deschamps, à gauche, pas de surprise, les vainqueurs de 77 sont présents, autour de Jacques Rimbault, Gilbert Camuzat, Jean Pierre Saulnier, Marguerite Renaudat et Edmond Boiché mais aussi un nouveau, Jean Claude Sandrier.
    Le 23 février 1983, le Conseil Municipal se réunit en pleine campagne électorale à 10 jours du premier tour, Jacques Rimbault en profite pour évoquer les aspects financiers de la ville entre la situation actuelle et ce qu'il a trouvé 6 ans auparavant :
    "Je veux rappeler simplement deux éléments de l'héritage trouvé à cette époque. Nous avons trouvé un milliard 737 millions d'AF de travaux ou d'acquisitions ….sans financement. Par ailleurs la situation des opérations confiées par la Ville à la SOBEREM faisait apparaître une déficit de un milliard 517 millions d'AF.
    Nous sommes loin de cette mauvaise passe. La situation financière de la Ville est saine et nous maîtrisons une politique budgétaire de croissance et de rigueur….".

    La campagne électorale est un duel entre deux hommes. Dans un article du Berry Républicain, du 1er mars 1983, le journal local interroge chacun des candidats.
    Jacques Rimbault est confiant, car pour lui, "Bourges n'a jamais répudié un maire qui, avec son Conseil, a fait son travail". Et lorsqu'on lui demande ce qu'il regrette le plus depuis 1977, il répond :"c'est d'avoir subit au cours des 4 premières années de mon mandat, un préfet autoritaire qui nous a fait perdre un temps considérable", il prend pour exemple la mise en cause de la subvention municipale au Comité des Œuvres Sociales de la Ville……et ce préfet avait pour nom Camille Michel.

    Dans ce premier mandat, il n'y a pas eu de "grands travaux spectaculaires", aussi le maire de Bourges insiste sur les actions en matière piétonnière, avec le Haut de la rue d'Auron et Gordaine qui seront bientôt traités.
    Pour les logements, Jacques Rimbault veut " agir au sein de l'Office HLM pour une accélération des travaux d'entretien et de rénovation des logements".
    Enfin, devant la grogne et l'inquiétude des commerçants de la rue d'Auron, il réplique de manière assez optimiste, et défend son projet. En conclusion, lorsque qu'est évoqué son adversaire de droite, il utilise cette formule " Tout ce qui est excessif est insignifiant ".

    Lorsque le journal se tourne vers le candidat de droite, pour le même type d'interview, c'est un Camille Michel particulièrement offensif et plus anti communiste que jamais qui répond : "Une municipalité communiste n'attire pas les entreprises, si elle ne les fait pas fuir", et il ajoute sur un autre terrain, "et il y a des " ardoises " cachées". Il développe ce thème évoquant une gestion réalisée dans l'intérêt du Parti Communiste, sur le personnel, le choix des entreprises, la subvention aux associations. Et Camille Michel critique "la propagande autour de la plus petite réalisation, même lorsque la municipalité n'y est pour rien".

    Il admet comme positif, les rues piétonnes et le boulevard de l'Avenir, mais ajoute "grâce aux subventions que j'ai obtenu lorsque j'étais préfet".
    Dans ses nombreuses critiques, le chef de file de la droite demande l'élimination du trafic des poids lourds en ville, la réalisation d'un troisième parking, et il trouve que l'on a acheté des autobus trop grands qui contribuent à ralentir la circulation par des manœuvres difficiles. En conclusion Camille Michel affirme :
    "qu'il n'attaque pas Jacques Rimbault personnellement, mais il est membre du Comité Central du Parti Communiste, il applique à Bourges les procédés habituels des communistes, c'est le sommet qui décide, la base discute dans le secret et approuve à l'unanimité, les socialistes l'ont dit à haute voix".

    Tel est le style Camille Michel et de la droite de l'époque. Ce discours plaisait à une petite minorité un peu extrémiste et en attente de revanche, mais ne permettait pas de rassembler une forte majorité de la population, surtout en 1983, avec une gauche triomphante et porteuse de beaucoup d'espoirs.

    C'est au début de la campagne électorale à la fin de l'année 1982, que se déclenche la bataille du nouveau Prado. A la place des abattoirs, entre l'Auron et le canal de Berry, sur un site "à la périphérie du centre ancien", comme le dit Serge Lana, architecte en chef du projet et qui a toute la confiance de J. Rimbault.

    L'opération est prise en charge par la ville de Bourges et les organismes d'HLM, afin de devenir "une zone d'appui et de renforcement du centre-ville". Le programme est basé sur l'habitat social avec plusi