RETOUR AU SOMMAIRE SUR LA FRANC
MACONNERIE
TRAVAIL ET FRATERNITE:
LA LOGE DE BOURGES
Renaissance de la loge de Bourges en 1903
La Franc-Maçonnerie du début du siècle
Une Loge percutante
La guerre de 1914
RENAISSANCE DE LA LOGE DE BOURGES
EN 1903
Pourquoi la Franc-Maçonnerie est-elle absente à
Bourges depuis 1851 ? C'est un des grands mystères de
cette période. Les spécialistes cherchent des raisons
: est-ce la faiblesse des Libres-Penseurs locaux, est-ce la puissance
de l'Eglise et de l'Episcopat de Bourges ? Nul ne sait.
C'est en 1903 que va se constituer à Bourges la Loge
"Travail et Fraternité", elle aura, par la qualité
de ses membres, une importance considérable dans la vie
publique de 1903 à aujourd'hui. Sur le plan municipal,
si la plupart des Maires de Bourges de la période révolutionnaire
furent Francs-Maçons, il semble qu'aucun Maire ne le fut
depuis 1903 ! Par contre, les hauts fonctionnaires locaux, les
instituteurs, les décideurs, étaient, dans de nombreux
cas, des fidèles du Boulevard Chanzy, siège de
la Maçonnerie locale.
Robert Durandeau, dans son "Histoire des Francs-Maçons
en Berry", traite de la naissance de "Travail et Fraternité".
C'est par l'action d'un Franc-Maçon de Vierzon, César
Jean, que l'idée de recréer une Loge à Bourges
fait son chemin à partir de 1893. Mais dans cette vénérable
institution, on se hâte lentement, et "les demandes
de constitution ne sont déposées que le 21 avril
1903". Le premier Vénérable "provisoire"
sera Frédéric Grémillot, un rentier d'Asnières,
alors que le collège des officiers comprendra un avoué,
un fonctionnaire à la Préfecture de la Seine, et
de nombreux fonctionnaires locaux, de Bourges ou de Saint-Amand.
La cérémonie dite de "l'allumage des feux"
se déroule le dimanche 7 juin 1903, dans un local situé
rue de la Thaumassière, qui sera le premier Temple de
ce début du siècle. Deux personnages seront présents
à cette installation : le "Très Illustre Frère
Louis Lucipia", Ancien Président du Grand Orient
de France, et le secrétaire Vadecart. Le premier était
une "figure", il fut Communard, ami d'un autre Franc-Maçon
Jules Vallès, condamné à mort, gracié,
envoyé au bagne, il en revint en 1880. Il est ce que la
bourgeoisie de l'époque a le plus en horreur : ancien
communard, anticlérical, Franc-Maçon.... Un homme
à abattre !
Au cours des discours de cette importante cérémonie,
quelques lignes du Vénérable provisoire :
T.°. C.°. F.°. Lucipia
Permettez nous de vous dire combien grande a été
notre satisfaction en apprenant la nouvelle que nous serions
installés par vous alors que nous ne sommes qu'un atelier
microscopique.
L'autre personnage présent à Bourges était
le "Frère Vadecart", celui qui mettra en place,
avec quelques autres Francs-Maçons, des fiches de renseignements
sur la fidélité à la République des
officiers de l'armée française, laquelle était
très monarchique ; le pouvoir voulait enfin récompenser
les officiers républicains jusqu'alors particulièrement
brimés. Finalement, ce sera la célèbre "affaire
des fiches" qui fera tomber le Ministère d'Emile
Combes. Localement, les Berruyers auront, quelques années
plus tard, en 1908, le privilège de voir figurer dans
le journal "Le Petit Berrichon", les noms des Francs-Maçons
du département... une pratique odieuse que l'on retrouvera
dans les plus sombres jours de l'Occupation.
LA FRANC-MACONNERIE
DU DEBUT DU SIECLE
Parmi les discours entendus ce jour-là 7 juin 1903,
il n'est guère fait état de la situation conflictuelle
de la Franc-Maçonnerie avec l'Episcopat. C'est au contraire
une "tenue" très solennelle qui se termine par
les élections du collège des officiers. C'est le
F.°. Courbier qui devient le Vénérable de la
toute nouvelle Loge berruyère.
Par contre dès la réunion suivante, alors que trois
"entrées", appelées "initiations"
sont au programme, l'Orateur explique aux nouveaux "Frères"
ce qu'est cette Franc-Maçonnerie si attaquée dans
la presse :
"La F.°. M.°. quoi qu'on
en dise n'est pas, dans son essence même, une institution
politique ; elle domine la politique, elle la surveille comme
le moteur de la vie publique. Elle peut à un moment donné
la diriger ou la modérer, mais elle n'entre jamais officiellement
et comme institution dans le domaine des luttes privées,
c'est à dire dans l'arène électorale."
Puis il ajoute que la F.°. M.°. est surtout une école
d'émancipation morale, et de perfectionnement intellectuel.
Elle met le travail au premier plan des activités du Franc-Maçon.
Les Loges, à Bourges et en France, sont de véritables
laboratoires où se forgent les idées. Dans le "Livre
d'Architecture de Travail et Fraternité", des travaux
sont présentés sur les sujets les plus diversifiés.
En 1912, par exemple, figure "l'Etude du Collectivisme",
puis " les modifications à la loi des retraites ouvrières"
et quelques semaines plus tard, un F.°. propose une "planche"
sur "Le Gabon et les réformes nécessaires".
Au niveau du "Convent", les F.°. de Bourges réfléchissent
sur la question proposée :
"Comment concevez-vous l'organisation nationale de
l'instruction et de l'éducation dans la démocratie
au point de vue industriel, commercial, agricole et technique
?".
La F.°. M.°. travaille selon un rite, avec une symbolique
peu accessible au monde profane, c'est un point important à
"Travail et Fraternité". Les sujets locaux sont
rarement traités, il en est de même de la politique.
L'Orateur au cours d'une de ces tenues du début du siècle
en parlera en ces termes :
"La F.°. M.°. laisse à ses membres leur plus
entière liberté dans l'accomplissement de leurs
devoirs civiques."
Enfin, les questions religieuses ne sont pas absentes, l'orateur
décrit les atrocités perpétrées par
les catholiques au fil des siècles, "... on ne rencontre
qu'assassinats, horribles cruautés, à mettre sur
le compte du fanatisme religieux. Alors que la F.°. M.°.
a toujours prêché la fraternité, l'assistance,
la piété et a mis son orgueil à défendre
la veuve et l'orphelin".
Au cours de cette période, de 1903 à 1914, la
Franc-Maçonnerie sera très active. En premier lieu
par l'importance de son recrutement. Les premières années
sont consacrées à asseoir la Loge en augmentant
le nombre de ses adhérents. Au cours des "tenues",
ce sont souvent 3 à 4 nouveaux profanes qui sont initiés
et deviennent des "apprentis francs-maçons".
Il y a beaucoup de personnel enseignant, mais aussi des ouvriers
des Etablissements Militaires, ainsi que des officiers de carrière.
UNE LOGE PERCUTANTE
Lors de la réunion du 24 janvier 1904, le Vénérable
de "Travail et Fraternité", Courbier reçoit
deux visiteurs Francs-Maçons : Daumy, sénateur
du Cher, accompagné de Béraud sénateur du
Vaucluse. Dans les travaux qui suivirent l'interrogation d'un
profane "sous le bandeau", le F.°. Soubret proposa
de voter une "adresse au F.°. Combes ministre de l'Intérieur,
Président du Conseil avec leurs plus chaleureuses et frat.°.
félicitations à l'occasion de la défaite
qu'il vient d'infliger à la coalition réactionnaire
et cléricale rangée sous le drapeau nationaliste
à la date du 22 janvier dernier".
Et sur la lancée de ces phrases qui situent bien le
combat de la Franc-Maçonnerie, les mêmes Frères
proposent une seconde "adresse", acceptée, comme
la première à l'unanimité :
"prient leur compatriote et
F.°. Henri Brisson de vouloir bien accepter l'expression
de leur plus frat.°. sympathie à l'occasion de son
élection à la Présidence de la Chambre des
Députés".
Les attaques dont sont l'objet les Francs-Maçons dans
les journaux de Bourges et du Cher ont exaspéré
certains Frères, et l'un d'eux a répondu en tant
que Franc-Maçon. Ce fait lui est reproché par le
Vénérable qui rappelle que toute réaction
doit avoir reçu l'approbation "de celui qui a la
responsabilité morale de la marche de l'atelier",
et il ajoute que "la maçonnerie a été
attaquée et vilipendée, que jamais elle n'a daigné
répondre à ces attaques et que c'est ce qui en
fait sa force. Il y a intérêt à traiter par
le mépris les attaques générales dont elle
peut être l'objet".
La Franc-Maçonnerie berruyère s'affirme comme
une force avec laquelle il faut compter. Elle applique le principe
de laïcité, c'est à dire la séparation
totale de l'Etat et des religions, quelqu'elles soient. Cela
se traduit par la volonté d'avoir une école laïque
dans laquelle, tous les enfants, sans tenir compte de leur croyance
pourront apprendre à lire, écrire et compter. Elle
est basée sur la liberté de conscience et luttera
contre tous les cléricalismes. C'est pourquoi, les Francs-Maçons
seront toujours pourchassés pendant toute la période
de l'entre-deux guerres.
C'est à cette époque que la Franc-Maçonnerie
devient une Association légale. Le texte du journal Officiel
est le suivant :
"... Le Grand Orient de France, Association ayant pour
objet : la recherche de la vérité, l'étude
de la morale, la pratique de la solidarité, elle travaille
à l'amélioration matérielle et morale, au
perfectionnement intellectuel et social de l'humanité.
Siège social : rue Cadet, 16. A Paris".
Les journaux qui relatent cette information ajoutent que la Franc-Maçonnerie
tient sa puissance par sa qualité de société
secrète et que le fait de devenir une Association "reconnue
d'utilité publique" ne changera rien. Le Journal
du Cher signale après un titre sur "une déclaration
sensationnelle" que "toutes les révolutions,
en France, en Italie, au Portugal, en Turquie, en Perse, en Chine
sont le fait des Francs-Maçons....". Il rappelle
aussi que le "Frère Brisson" à la Chambre
des Députés, fit un jour un signe symbolique du
haut de la tribune en criant "à moi les enfants de
la veuve" et tout s'aplanit et s'arrangea au Parlement.
La conclusion du journaliste est assez symptomatique de l'esprit
de l'époque, peu favorable en général à
cette société humaniste : "Désormais
la Franc-Maçonnerie sera invitée à toutes
les cérémonies officielles. Elle avait tous les
profits, elle avait le pouvoir ; elle veut aussi les honneurs".
On ne peut être plus perfide !
LA GUERRE DE 1914
On retrouve ces Américains de curieuse manière
chez les Franc-Maçons de Bourges en 1918. La Franc-Maçonnerie
locale, avec la Loge "Travail et Fraternité"
n'avait jamais suspendu ses travaux pendant tout le conflit.
Il y avait bien eu quelques difficultés au début
de la Guerre, car de nombreux F.°. étaient mobilisés
et les plus anciens ne pouvaient plus se déplacer facilement
pour venir au nouveau Temple situé Boulevard Chanzy.
L'Atelier était placé sous la Présidence
de Marcel Soubret, parmi les Francs-Maçons de l'époque,
on retrouve les noms de Vatan, Grémillot et Bruneau. Un
jour de réunion, les Maçons berruyers eurent la
surprise de voir arriver à la porte du Temple, deux "Frères"
américains, Eisenberg et Léo, d'une Loge de Chicago.
Sans doute favorablement impressionnés par cette "Tenue"
en terre berrichonne, ils vont revenir en délégation
quelques semaines plus tard à une autre "Tenue",
et cette fois, ce sont 60 Francs-Maçons américains
qui prennent place sur les colonnes du Temple.
Après ce grand moment de Fraternité, les Américains
vont rendre la pareille à leurs "Frères"
berruyers et ils organiseront un grand banquet Franco-Américain
dans la Grande salle du Palais du Duc Jean, ils seront cette
fois 300 Francs-Maçons venus d'Amérique et stationnés
dans la région de Bourges. Cela donne une idée
de la puissance de cette Franc-Maçonnerie Américaine.
Pendant toute la durée de la guerre, la Franc-Maçonnerie
va se situer dans la mouvance de 'l'Union sacrée".
Pourtant, au plan local, des travaux porteront sur la fraternité
Franco-Allemande entre les F.°. qui se battent dans les tranchées.
Un discours à caractère très pacifiste sera
entendu à Bourges en pleine guerre, à la grande
stupeur d'un délégué de Paris, qui fera
tout pour que de tels propos ne puissent pas "sortir du
Temple", il n'était pas admissible à cette
époque de vouloir démontrer que la responsabilité
du conflit était bien partagée entre les deux camps.
Les Francs-Maçons ont toujours été très
libres, en toute circonstance.
La guerre terminée, de nombreuses manifestations avec
les Américains seront organisées. Bourges verra
la présence du frère, le Général
Pershing, commandant en chef, puis celle de Margaret Wilson,
la fille du Président des Etats-Unis, lui aussi franc-maçon,
elle donnera un concert aux troupes U.S. présentes en
terre berrichonne.
LES LOGES DE BOURGES DANS L'ENTRE-DEUX GUERRE
Franc-maçonnerie et politique à Bourges
Les années 1930 à Bourges
La Franc-Maçonnerie et les affaires
Les femmes berrichonne en maçonnerie
Le front populaire
FRANCS-MACONS ET POLITIQUE
A BOURGES
La guerre est terminée, c'est "la der des der",
et la politique reprend le dessus. En 15 jours de temps vont
se dérouler dans tout le pays, les élections Législatives,
puis les Municipales. C'est l'effervescence à Bourges
où les listes s'établissent. Du côté
des socialistes, la tendance des modérés emporte
les suffrages des militants lors du congrès départemental
d'octobre. Laudier, secrétaire de la Fédération
devient pour les deux cas, tête de liste, il est suivi
d'Emile Dumas député sortant, puis Charles Migraine,
Pierre Hervier, secrétaire de la Bourse du Travail et
enfin Augustin Durand, marqué "négociant à
Bourges", et qui "représentait la Loge de Bourges".
Pierre Hervier est né le 13 septembre 1868 à Bourges.
Jusqu'à la guerre, c'est lui qui va organiser l'action
syndicale dans tout le département du Cher. Antimilitariste
notoire, Hervier n'était pourtant pas un des plus extrémistes.
Aussi, lorsqu'il fut arrêté en juillet 1913 pour
avoir organisé "le sou du soldat", les protestations
du monde syndical tout entier furent retentissantes. Il était
parmi les socialistes de la première heure, mais pendant
tout le conflit, lui, l'anti-militariste entra dans "l'Union
Sacrée". Il resta à Bourges pendant la guerre
et fut le principal rédacteur du journal "La Défense",
organe des socialistes, remplaçant à la fois "L'Emancipateur"
et "Le Syndiqué du Cher". Il eut en cette occasion
à concilier les positions les plus extrêmes. Il
s'opposa au pacifisme qui se développait aux Etablissements
Militaires, tout en soutenant la grève du 1er mai 1918,
pour ne pas être débordé par les minoritaires.
Au moment où il se présentait aux Législatives,
il faisait une demande pour entrer dans la Loge maçonnique
de Bourges. Les rapports d'enquête furent très favorables,
même si quelques F.°. demandèrent au récipiendaire
de s'expliquer sur certaines attaques contre les Francs-Maçons
qu'il avait faites avant-guerre. Hervier s'en tira bien et fut
initié en juillet 1920.
Les relations entre les adeptes de la Franc-Maçonnerie
et les partisans de la IIIe Internationale passeront par des
phases difficiles. Ainsi, en novembre 1922, au Congrès
de Moscou, les Francs-Maçons durent choisir entre leur
appartenance à l'Ordre Maçonnique ou au Parti Communiste.
Ils étaient en quelque sorte "excommuniés".
Les élections législatives du 11 mai 1924. Il
s'agit de choisir les députés qui remplaceront
la "Chambre bleu horizon" de 1919.
Ces élections se déroulent à la proportionnelle
par arrondissement. Dans le Cher, pour l'arrondissement de Bourges,
4 listes sont en contact :
- la liste de Concentration Républicaine, emmenée
par Foucrier et Massé.
- la liste du Bloc Ouvrier Paysan, d'obédience communiste
avec le cordonnier Emile Lerat et un ajusteur : Gaston Cornavin.
- la liste d'Union Républicaine et Socialiste, avec deux
députés sortants : Henri Laudier et Marcel Plaisant.
Cette liste comprend aussi Emile Perraudin, Pierre Valude et
Gustave Vinatel.
Enfin dernière liste, celle d'Union Nationale Républicaine,
elle est conduite par Pierre Dubois.
La campagne électorale est terrible, c'est un affrontement
entre les communistes et les socialistes de la S.F.I.O. Les communistes
sont les hommes à battre, ils sont perçus par les
gens du gouvernement comme des esprits malfaisants.
Le journal du Parti Communiste l'Emancipateur écrit le
6 avril 1924 sur le Député-Maire de Bourges :
" Monsieur Laudier, dont le discrédit est déjà
grand, vient de sombrer pour toujours dans la fange. Qu'attend
le parti S.F.I.O. pour prononcer son exclusion ?".
Les arguments contre Laudier "le beau parleur" sont
connus, il devient modéré, lui le révolutionnaire.
Pour le PC, il y a eu manoeuvre, "à la grande satisfaction
de certains fonctionnaires bien en cour à la Loge de Bourges,
qui ont eu à certaines heures une attitude moins équivoque."
La Franc-Maçonnerie est présente dans la campagne.
Dans un courrier des lecteurs, un catholique, comme il se nomme,
écrit au journal : " Il ne serait pas sans intérêt
de consulter les registres de la Loge de Bourges on y ferait
des découvertes intéressantes ". La question
d'alors était : " Charles Dumarçay sur la
liste Foucrier, est-il Franc-Maçon ?".
Laudier a perdu son siège de député. et
sortira très dépité de ces élections.
Il va dès lors se consacrer à sa ville. Il
Maurice Boin se bat contre Laudier aux Municipales de 1925,
il n'est pas élu, mais son score est meilleur que celui
de Cornavin lors des précédentes législatives.
C'est alors que commence à l'intérieur du Parti
Communiste une lutte d'influence opposant Boin et Cornavin. Les
plus durs du P.C. reprochent à Boin, sa modération,
sa bienveillance avec certains éléments de la bourgeoisie,
et ses contacts avec les Francs-Maçons. En réalité,
il ne fut, semble-t-il jamais Franc-Maçon, c'est son frère,
René qui entra en Loge. Claude Pennetier rapporte que
Louis Buvat en 1928 jugeait ainsi son "camarade" de
la manière suivante : "Boin est un arriviste, un
anti-communiste et que s'il était candidat, il fallait
lui donner la plus mauvaise circonscription".
En février 1934, le Maire de Bourges fit traîner
les choses, et refusa de répondre aux injonctions des
socialistes. Il se mettait de lui-même en dehors du Parti.
Avec Maurice Boin, il tentera de constituer plus tard des listes
de type "Union Socialiste et Républicaine",
mais ces différentes appelations montraient que Laudier
n'était plus en accord avec la S.F.I.O. de Blum. Une page
de sa vie politique était tournée. Pour le remplacer
dans le département, les socialistes se tourneront vers
un "jeune loup" de la politique : Robert Lazurick.
Lazurick, au congrès départemental du Cher du Parti
Socialiste remplace Laudier. Lazurick venait de la région
parisienne, il était né le 3 avril 1895 et après
un engagement très tôt aux jeunesses socialistes
puis une participation à la guerre, il devient avocat
à Paris. Au Congrès de Tours, Lazurick est dans
la majorité communistes dont il s'écarte trois
ans plus tard pour revenir à la S.F.I.O.. C'est en 1929
qu'il se décide à venir en Berry, du côté
de Saint Amand pour représenter le Parti Socialiste. Franc-Maçon
depuis le 9 mars 1927, il est qualifié d'arriviste et
de "membre des deux cents familles", Lazurick s'implante
et s'impose dans le Cher qu'il parcourt sans arrêt, il
est débordant d'activité.
QUI ETAIT FRANC-MACON
EN 1930 A BOURGES ?
En reprenant les archives de la Loge Travail et Fraternité,
on constate par exemple en octobre 1933 la présence de
:
- Marcel Soubret
- Chardon et Ancel
- Taizière , Alphonse Durand, Chevillard, Niepceron et
Bouillot.
Ils composent l'équipe dirigeante de la Loge, alors que
dans le Temple se trouvent :
- Debret, Boury, Paul Renaud, Louis Gaudry, Marc Gaudry, Charbonnier,
André, Patissier, Laudet, Ernoux René, Alexis Goussard,
Talon, Griffet, André Aubry, Chègne, Morin, Raffaitin,
Maurice Ernoux, Lepain, Filliole, Merlin, Charpentier, Edgard
Dubois, Galopin, Mourier, Blanchet, Fleury, Marcel Renaud, Joly.
- Legay, Berthommier, Bonneau, Buffet, Dubois G., Buisson, Barboux,
Moreau, Louis Aubry, André Goussard, Labaye, Chabot, Labasse,
Bernardin, Fredonnet, Bernard Pilorget, Magnon, Dumont, Odian,
Guin, Perrier, Fouledeau, Pelloile, Boulet, Chassiot, Zucca.Duneufgermain,(1938)
- Berger, Cotillon, Bonnet, Fabry, Robinet, Beuzelin,
ajouter sans savoir la date d'entrée :
- Quitollet, Guillaume
Il y a donc sensiblement une soixantaine de "frères"
à Travail et Fraternité.
Alors que le "frère" Augustin Durand démissione
en octobre 1933, la Loge reçoit trois nouveaux postulants
: Paul Soubret, fils du vénérable, Emile Richoux
et Lucien Troit. Il y a souvent dans la franc-maçonnerie,
des dynasties. A Bourges celle des Soubret est célèbre
puisque le vénérable Marcel Soubret remet à
son fils Paul, le tablier de son père François,
un des fondateurs de la loge berruyère qui resta vénérable
pendant 18 ans.
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Les Vénérables
de Travail et Fraternité
- Grémillot Fondateur de la
Loge et premier Vénérable lors de l'allumage des
feux
- Courbier Premier Vénérable
- Soubret François, il meurt au cours d'une tenue dans
le Temple.
- Durand Augustin
- Marcel Soubret
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Les finances en 1933 :
Recettes 18382,77
Dépenses 10 642,08
Reste en caisse 7739,09
Les entrées entre 1933 et
1933 Vignau, professeur à l'Ecole Normale (il démissionna
pour raison pécunière en 36).
1935 Richard, Méry, Bailly, Bourlier (13 janvier)
1935 Henri Girard, vérificateur aux PTT de Vierzon, Roger
Billard (affiliation)
1935 Policard, Calmette Blancheton (par affiliation)
1936 Julien Gaudry, Max Désolu (de Bangui !)
1937 Laporte garagiste, Mercier entrepreneur
1938 Bailly, Pontonnier Marcel, sous ingénieur et Louis
Delamarre, médecin, Verpillot 1938 Albert sous-lieutenant
aviateur, Salomon, Chirurgien dentiste,, Sautereau Jacques, avocat
1938 Amat Cyprien Contrôleur principal. ?
1938 Boulet Pierre
1939 Debournoux entrepreneur à Vierzon ?
1939 Marcel Gousset employé à la Préfecture,
Pierre Minard modeleur sur bois.
Démissions en
1937 : Labaye, Gimonet, Guery, Bouillot, Talon, Boullé
1938 : Labasse, Monier, Faix, Pousin.
Bourlier Grand Expert de 1938 jusqu'à la guerre
LES ANNEES 1930 A BOURGES
Les seules archives disponibles sont celles de la loge Travail
et Fraternité, c'est semble-t-il la seule loge du département
du Cher, il faudra attendre 1936/37 pour voir apparaître
une seconde loge dite "mixte" et appartenant à
l'obédience du Droit Humain.
Le Vénérable de la Loge est alors Marcel Soubret,
il est issu d'une famille de francs-maçons, puisque son
père François était aussi dans l'Ordre.
Marcel Soubret occupera ce poste pendant 15 ans. Les réunions
se tiennent chaque mois, et par exemple, pour l'année
1934, il y a eu 11 réunions.
Dans cette période, les sujets de discussion tournent
autour des questions sur le fascisme. Le 12 novembre 1933, la
question proposée et traitée par les "frères"
de Bourges est une "Etude des doctrines fascistes et des
moyens de les combattre". Les francs-maçons ont conscience
que si les régimes fascistes se développent en
Europe et en France, il en sera terminé de la démocratie
et de la Franc-Maçonnerie.
Après les événements fascisants du 6
février 1934, la réunion qui suit 5 jours plus
tard évoque en terme non équivoque :
"....tous les frères qui prennent part à
la discussion, jugent la situation très grave, le régime
est menacé. Ils regrettent profondément que les
partis de gauche ne soient pas unis plus étroitement,
pour réprimer avec plus de rigueur le mouvement fasciste".
Le 21 mai de cette même année 1934, le Grand
Maître du Grand Orient de France, Arthur Groussier (que
l'on appelait alors Président du Conseil de l'Ordre),
vient à Bourges pour la première fois. C'est un
personnage important, il entendra, au cours de la "tenue"
les propos de l'Orateur qui fera un historique de la Loge avant
d'évoquer les problèmes du moment :
" La maçonnerie connaît aujourd'hui des
attaques d'une rare violence, elle a déjà subit
de nombreux assauts..... si ces attaques ne doivent pas nous
émouvoir, elles ne doivent pas nous laisser indifférents.
N'oublions pas que les recommencements de l'histoire nous guettent.
Que si en 1792, en 1848 en 1870, nous avons fait triompher la
justice, chaque fois, le 18 brumaire, le 2 décembre, et
le 16 mai nos efforts ont été contrariés".
L'Orateur de Travail et fraternité rappela alors un
discours d'Arthur Groussier prononcé en 1927, dans lequel
il disait que "si le bâillon s'abattait sur la liberté
d'expression de la pensée", il n'hésiterait
pas à demander aux Francs-Maçons à intervenir
en dehors de leurs Temples, "nous lutterions sans merci
pour préserver nos libertés".
LA FRANC-MACONNERIE
ET LES "AFFAIRES"
La Franc-Maçonnerie est attaquée de toute part,
on la rend responsable des "affaires" du moment. C'est
en particulier l'affaire Stavisky et celle du conseiller Prince,
dans ces deux cas, la presse de droite met en oeuvre une politique
qui a pour but de déstabiliser la Maçonnerie et
la République.
Le 9 décembre 1934, un dignitaire de l'Ordre vient
à Bourges pour parler de ces deux affaires. Il s'agit
de Gaston Martin, par ailleurs député qui explique
avec de nombreux détails, ce qu'est cette "affaire"
et la position de l'Ordre maçonnique.
Gaston Martin insiste sur le fait que tous les francs-maçons
compromis ont été radiés impitoyablement.
Il ajoutera : "vous pouvez dire que la maison est propre,
elle a été nettoyée, qu'attendent nos ennemis
pour en faire autant chez eux".
Ces "affaires" ont fait grand bruit et plusieurs
loges ont demandé un "convent extraordinaire"
pour traiter du sujet. Et l'Ordre reconnaît implicitement
qu'il y a eu certains carences, puisque des "frères"
journalistes et députés seront exclus du Grand
Orient de France.
A cette époque, les loges avaient ouvert leur porte de
manière sans doute trop importantes, et de nombreux profanes
avaient fait leur entrée, avec pour seul objectif s'obtenir
des avantages de toute nature. La légende courrait depuis
des décennies que pour obtenir une légion d'honneur....
il fallait mieux être franc-maçon !
Les loges font le ménage elles aussi, à Vichy,
il est décidé qu'il n'y aura aucune entrée
pendant un an, et une trentaine de "frères"
sont exclus. A Bourges, aucun phénomène de ce type,
il n'y a pas, à la lecture des archives, de dissension
entre les "frères".
LES FEMMES BERRICHONNE
EN MACONNERIE
La franc-maçonnerie est au Grand Orient de France strictement
masculine, mais de tout temps, le débat sur l'entrée
des femmes dans l'Ordre a occupé de nombreuses réunions.
Ainsi, le 10 décembre 1933, il est question d'un groupe
soi-disant maçonnique mixte, et la réaction des
"frères" est virulente ou dédaigneuse.
Pour les uns, "c'est un miroir d'alouettes", pour les
autres, "laissons venir, ce n'est pas dangereux". Il
y avait les partisans de l'entrée des femmes, et ceux
qui préféraient quitter la maçonnerie plutôt
que de rester sur les colonnes avec des femmes.....
C'est le 12 juillet 1936 que commence la tentative de créer
une loge de l'obédience du Droit Humain, qui était
une obédience mixte. C'est le "frère"
Rolland qui est chargé de cette délicate tâche.
Après avoir reçu l'accord de l'obédience
mixte, il lui faut trouver des "frères" et des
"soeurs", mais aussi un local.
Le débat à Travail et Fraternité va beaucoup
occuper les "frères". Dans un premier temps,
la personnalité du "frère" Rolland est
suspecte, il a en effet été autrefois refusé
à sa demande d'entrée au Grand Orient de France,
et puis la cohabitation dans un même Temple, d'hommes et
de femmes gênerait la sérénité des
débats, alors qu'il ne s'agit pas de réunions communes.
Finalement, la location du Temple de Travail et Fraternité
est refusée au Droit Humain.
Au mois d'octobre, une nouvelle demande est formulée par
le Droit Humain, et un "frère" signale que si
la personnalité du "frère" Rolland pose
un problème, il apparaît que le premier Vénérable
de la Loge sera le "frère" Mérigot, un
homme oh combien estimable.
Rien n'y fait, le 9 mai 1937, c'est un nouveau refus.
Les relations vont toutefois s'améliorer, puisque Pax
labore envoie à Travail et Fraternité les voeux
pour la nouvelle année 1938. Et le 13 mars 1938, le Vénérable
de Pax labore, le "frère" Billard redemande
la possibilité d'utiliser le Temple de Travail et Fraternité.
Cette fois ce n'est plus un non catégorique, mais "on
verra à la prochaine tenue".
Il faudra attendre le 10 avril 1938, pour que les "frères"
de Travail et Fraternité acceptent à l'unanimité
la Convention entre la loge du Grand Orient et celle du Droit
Humain, pour que Pax Labore soit autorisée, comme sous-locataire
à utiliser le Temple.
LE FRONT POPULAIRE
La politique ne semble pas entrer directement dans les loges
berruyères, ainsi, les élections de 1936 qui donnent
la majorité au Front Populaire ne donnent pas lieu à
des discussions importantes en Loge.
En mars, avril, mai, et juin 1936, la Loge Travail et Fraternité
initie plusieurs profanes, et traite de différents sujets
comme le Compagnonnage. Mais aucune allusion dans les archives
retrouvées sur la situation politique du pays.
Il faut attendre octobre 1936 pour que le "frère"
Soubret Edouard évoque dans ses impressions du Convent
de 1936 quelques éléments sur la situation politique
française :
".... Il est regrettable que le tempérament
français soit enclin à dénigrer tout ce
qui se fait en France. Quand à l'étranger
nous lisons les journaux français, on a l'impression que
la France est toujours en révolution, ce n'est qu'après
un certain séjour sur notre sol que l'on s'aperçoit
qu'il n'en est rien." Le "frère" en question
revient en France après plusieurs années passées
à Beyrouth.
Il parle ensuite de ce qu'il a entendu au Convent sur la question
économique :
"qui a été traitée
en détail, il existe un paradoxe, certains pays comme
l'Angleterre qui ont 47% d'individus sous-alimentés. Ailleurs
on brûle le café, pour ne pas le dévaluer,
on arrache les vignes pour vendre le vin plus cher, on limite
l'ensemencement du blé. Pendant que des gens meurent de
faim, on spécule sur la misère humaine. Nous ne
pouvons plus parler d'économie nationale, c'est une question
internationale".
C'est un propos très actuel qui est développé
par le "frère" Soubret. Il poursuit son exposé
par la loi de 40 heures, qui prouve que "la France a toujours
été à l'avant-garde de l'émancipation
humaine, ..... et de l'amélioration du sort de la classe
ouvrière".
Le Convent fustige les spéculateurs, parle de "la
guerre, cette folie collective,..... dont nous espérons
que les jeunes ne la verront pas".
En 1938, il est à nouveau question du gouvernement
de Front Populaire, mais sous forme d'une désillusion,
un "frère" sur l'analyse d'un travail du Comité
de laïcité signale que la Franc-Maçonnerie
n'utilise pas assez "la T.S.F. et le cinéma pour
faire passer les idées généreuses de laïcité",
puis il en vient à un sujet plus politique :
" On attendait beaucoup d'un gouvernement de Front Populaire,
un pouvoir d'achat régénéré, la diminution
du nombre des chômeurs... etc. On constate avec mélancolie
que c'était en partie des illusions. Bien plus, la laïcité
n'est-elle pas compromise, le chef du gouvernement et le ministre
de l'Instruction publique viennent de recevoir une décoration
papale !"
Le "frère" termine son exposé en faisant
un parallèle entre le gouvernement Laval qui a laissé
Mussolini s'emparer de l'Ethiopie et celui du Front Populaire
"laissant les Républicains Espagnols se défendre
seuls contre le fascisme européen".
La sensibilité de "gauche" de la Franc-Maçonnerie
apparaît bien dans ces discours en Loge, avec toujours,
une farouche volonté de défendre la démocratie
et la laïcité.
A LA VEILLE DE LA GUERRE
DE 39/40
Les travaux en Loge se poursuivent à Travail et Fraternité,
des questions sont traitées comme "L'organisation
des loisirs", ou la "Réforme de la représentation
populaire, avec ce corollaire : est-elle souhaitable, y-a-t-il
lieu de modifier les modes d'élection, la durée
des mandats et les attributions des élus ?"
La guerre approche, mais les travaux des Loges ne sont pas
perturbées, il y a une certaine sérénité,
sans doute du fatalisme. Lorsque la Loge se réunit le
8 octobre 1939, on parle peu de la guerre, tout juste pour donner
des nouvelles de plusieurs "frères" qui sont
au front et qui ont envoyé des cartes postales..... Le
Vénérable signale les événements
heureux comme la décoration de deux "frères",
et malheureux comme "la catastrophe qui a nom guerre depuis
le 3 septembre", ce sont les seules allusions de la réunion
de loge.
Les "frères" ne semblent pas pouvoir faire
quoique ce soit en face de la guerre, ils sont résignés,
et les travaux, pendant "la drôle de guerre"
sont badins ou historiques, comme l'histoire des Loges de Bourges
depuis celle d'Aubigny, jusqu'à la Révolution.
Les réunions se déroulent de manière
normales, et seule la "tenue" du mois de mai 40 a été
annulée "par suite des tirs", lors de la réunion
du 9 juin 1940, un "frère" mobilisé aux
usines Rosières "annonce sa visite à la prochaine
tenue", alors qu'une lettre d'un profane demande son admission
dans la Franc-Maçonnerie..... Le moment n'est peut être
pas très bien choisi !
La question étudiée par les Loges s'intitule :
"Les causes profondes de la guerre", mais il est trop
tard, le travail est lu en Loge alors que les Allemands déferlent
sur le Berry.
Un courrier de la Loge Pax-Labore au mois de décembre
1939 informe l'ensemble des obédiences qu'elle cesse ses
travaux pour la durée des hostilités. En effet,
il apparaît que de nombreux "frères" sont
mobilisés et il n'est pas possible de réunir un
nombre suffisant de "frères" et de "soeurs"
La dernière "tenue" de Travail et Fraternité
se tient le 14 juillet 1940, à 9 h 40, il y a peu de "frères"
entourant le Vénérable Marcel Soubret, les
archives disponibles sont succinctes, on peut lire :
".... Après avoir commenté
sommairement les événements récents et déploré
que les "frères" ne soient pas en plus grand
nombre, le Vénérable déclare que nous pouvons
nous attendre au pire de la part du gouvernement Pétain
- Laval. La République est détruite par ses ennemis
de toujours et la carence de l'Assemblée Nationale. Il
reste à détruire la Franc-Maçonnerie et
le nouveau chef de l'Etat n'y faillira sans doute pas. Ce Maréchal,
aux ordres d'Hitler, est certainement hostile à la Franc-Maçonnerie
et les persécutions sont à redouter.
Ne courbons pas la tête, restons de coeur et d'esprit Maçons,
en toute circonstance, soyons fermes et vigilants et, la bourrasque
passée, la lumière reviendra, plus éclatante
que jamais. Post, ténébras, lux !"
Les travaux de la Loge Travail et Fraternité sont
alors, non pas fermés, mais suspendus. Ils ne reprendront
que le 10 décembre 1944.
La période de la guerre est une des plus sombre pour
les francs-maçons. Dès le 13 août 1940, avant
les lois contre les juifs, les premiers décrets contre
la Franc-Maçonnerie sont publiés. Les sociétés
secrètes sont interdites, leurs biens sont spoliés.
Le 19 août, c'est l'interdiction du Grand Orient et de
la Grande Loge de France. Plus tard, les noms des dignitaires
de l'Ordre maçonnique seront publiés, bientôt
les Francs-Maçons ne pourront plus exercer dans la fonction
publique.
Dès le 7 août, les responsables du Grand Orient
de France, Arthur Groussier et Louis Villard vont écrire
que les Loges cessent toute leur activité.
Après la guerre, une polémique s'ensuivra, car
si les dignitaires de l'Ordre l'ont fait pour épargner
aux "frères" les mesures prises contre les francs-maçons,
la fin de la lettre se termine par ces mots : "Nous
vous prions, Monsieur le Maréchal, de bien vouloir agréer
l'assurance de notre profond respect." Ces derniers
mots seront largement reprochés à Arthur Groussier.
Les Francs-Maçons avaient tout à redouter du
nouveau pouvoir, et c'est ce qui va se passer. Pétain
ne disait-il pas : " Un juif n'est jamais responsable
de ses origines, un Franc-Maçon l'est toujours de ses
choix".
Si Pétain et une partie de son entourage sont de farouches
adversaires de la Franc-Maçonnerie, Laval, en fin politicien
et pour avoir côtoyé de nombreux parlementaires
maçons, trouve que les mesures prises contre les Francs-Maçons
sont excessives.
Pendant ces quatre années d'horreur, la Franc-Maçonnerie
et les Francs-Maçons resteront dans l'ombre. A titre individuel,
des "frères" comme Jean Moulin, Pierre Brossolette,
Félix Eboué ou Pierre Dac agiront contre les nazis
et les pétainistes.
Un mouvement de résistance formé de Francs-Maçons
se constituera sous le vocable "Patriam Récuperare".
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LES LOGES
DE BOURGES DANS L'ENTRE-DEUX GUERRE