Cet article sur les Annonciades
reprend les données écrites sur Sainte Jeanne de
France, car cet Ordre monastique qu'elle a créée
est indiciossable de la duchesse, fille de Louis XI.
LE "FABULEUX
DESTIN" DE JEANNE DE FRANCE, DUCHESSE DE BERRY
Parmi les grands personnages
qui ont marqué la ville de Bourges chacun met en avant
Jacques Cur dont la vie est un roman par son ascension
sociale, sa fortune et sa chute
. Et pourtant il est une
femme, aujourd'hui peu connue, sinon de quelques spécialistes,
dont le destin est "absolument fabuleux" : il s'agit
de Jeanne de France, qui deviendra Duchesse de Berry après
avoir traversé des épreuves insoupçonnables.
En cette année 2002, Bourges a fêté les 500
ans de la fondation par Jeanne de France de l'Ordre de l'Annonciade,
un hommage à cette princesse, reine, duchesse et moniale.
Un début d'existence
en Berry
Jeanne de France est née le 23 avril 1464, à
Nogent-le-Roi, elle est la seconde fille du roi Louis XI. Ce
dernier, natif de Bourges, découvre alors un enfant que
la nature n'a pas favorisé.
Un mois après sa naissance, la petite fille fait l'objet
de tractations diplomatiques et à Blois un traité
de mariage est signé, l'unissant à Louis d'Orléans
.. âgé de deux ans. Ce premier événement
passé, le roi ne s'intéresse guère à
sa fille. A l'âge de cinq ans, il la place en Berry, au
château de Lignières pour être élevée
par Anne de Culan, l'épouse de François de Beaujeu,
seigneur de Lignières et cousin du roi.
Elle bénéficia dans ces jeunes années
de toute l'attention des sires de Lignières ses véritables
parents adoptifs. Si elle ne fut totalement heureuse dans cette
contrée, c'est sans doute aussi parce qu'elle était
de santé fragile. Emile Mellet écrit que la jeune
fille "était boiteuse, contrefaite des épaules"
alors que Mgr Girard la décrit ainsi : "Elle avait
le nez assez fort, la bouche plutôt grande, des lèvres
épaisses et un peu proéminentes". Elle devait
semble-t-il souffrir d'une malformation osseuse.
A une époque où la beauté de l'âme
allait de paire avec la beauté du corps, Jeanne de France
était rejetée par beaucoup, et en particulier par
le roi son père et la cour.
Pourtant, elle a douze ans lorsqu'elle est mariée avec
le duc d'Orléans. Cet homme est beau, élégant,
il aime le plaisir et le luxe. Le contraste avec son épouse
est total. Le duc d'Orléans deviendra roi sous le nom
de Louis XII. Jeanne, fille de roi, sera, pendant quelques temps,
femme de roi, et sur de roi lorsque son frère cadet
montera sur le trône à son tour.
Le temps des épreuves
Jeanne de France a près de vingt ans lorsque meurt
son père Louis XI, et c'est la sur de Jeanne, Anne
de Beaujeu qui exerce la régence au profit du futur roi
Charles VIII. C'est dans cette période trouble d'intrigues
et de trahisons que le mari de Jeanne, Louis d'Orléans
est arrêté et enfermé dans la Grosse Tour
de Bourges. Dans cet édifice de près de 40 mètres
de haut, avec des murs de 6 mètres d'épaisseur,
il croupit. Sa crainte est de se retrouver dans une des cages
en fer de cette sinistre prison. Une compagnie d'écossait
sous la conduite de Patrice Mac Nellem garde le lieu.
Louis bénéficie de l'aide de Jeanne malgré
le peu d'égard qu'il lui porte. C'est elle qui va tout
mettre en uvre auprès de son frère le roi
pour que son mari soit libéré. Ce sera fait
au bout de deux ans.
Chacun aurait pu pensé à une certaine forme
de reconnaissance de la part de Charles d'Orléans après
sa libération. Il n'en fut rien, bien au contraire. Le
roi Charles VIII, son frère bien aimé était
revenu d'Italie. Il cherchait à rapprocher Jeanne et Louis
son mari, lorsque le 7 avril 1498, il mourut subitement à
Amboise, sans laisser d'héritier direct.
Encore des épreuves
: un vrai calvaire
Jeanne n'en avait pas terminé avec son mari. En effet,
sous le nom de Louis XII, Louis d'Orléans, descendant
de Charles V par la branche des Orléans, et mari de Jeanne
de France devint roi
.. et Jeanne reine de France.
Entre la nécessité de conserver la Bretagne à
la France par des accords complexes et le peu d'égards
envers son épouse, la première préoccupation
du roi fut de faire annuler son mariage avec Jeanne.
Un long et humiliant procès se déroula, quelque
peu faussé par les intrigues et la perversité du
roi qui "acheta en quelque sorte le pape Alexandre VI",
un Borgia, afin d'obtenir l'annulation de son mariage. Pourtant
Jeanne se défendit d'une manière très courageuse.
La chronique de l'époque affirme qu'elle "fit preuve
de caractère et d'une grandeur d'âme peu commune".
A la fin de l'année 1498, la nullité du mariage
est prononcée et le roi Louis XII épousa aussitôt
Anne de Bretagne, donnant comme lot de consolation le duché
du Berry à son ex-épouse.
Jeanne duchesse de Berry
Jeanne fait une entrée solennelle dans son duché
le 13 mars 1499, elle restera 7 ans entre son palais de Bourges
construit par le duc Jean et Châtillon-sur-Indre. Commence
alors pour l'ex-reine, une vie extra-ordinaire.
Elle devient très vite "la bonne duchesse",
dans une ville qui venait de subir "le grand incendie de
la Madeleine", en 1487, lequel détruisit des milliers
de maisons de Bourges. Elle avait semble-t-il hérité
de la volonté et du sens de l'organisation de son père
Louis XI, et elle s'attela à la tâche de relever
sa capitale.
Elle laisse le souvenir d'une femme qui s'est intéressé
au fonctionnement concret de l'administration du duché,
dans les directions les plus diverses. Ainsi, elle se préoccupe
des ouvriers et de leur salaire qui fut réajusté,
une idée bien moderne ! Elle surveille aussi, écrit
Emile Meslé, la justice qu'elle réorganise. Mais
c'est dans le domaine de l'enseignement qu'elle fut exemplaire.
Elle est à l'origine de bourses pour les étudiants
en difficultés financières. Elle aide les pauvres,
et en "dote les filles". Enfin c'est elle qui fonde
ou relève le collège Sainte Marie de Bourges. Depuis
1464, Bourges possédait une Université et plusieurs
écoles, accrochées aux chapitres. Jeanne va plus
loin afin de créer une école secondaire entre l'enseignement
supérieur et le primaire. A partir de 1502, elle fait
achever le collège Sainte Marie et participe aux frais
d'entretien. Dans son testament, elle n'oubliera pas cette uvre.
Elle se préoccupe enfin "des filles libertines",
en cherchant le moyen pour les rééduquer. Encore
un soucis bien actuel
au XXI e siècle.
Jeanne, en très peu de temps, devient à la fois
populaire et aimée. Le soin qu'elle prodigue aux malades
est exemplaire. Elle reste à Bourges en 1499 lors d'une
grande épidémie de peste, alors que les autorités
locales ne songeaient qu'à fuir.
C'est dans le domaine religieux qu'elle s'affirme le plus, avec
sa dévotion à la Vierge et la fondation à
Bourges d'un ordre religieux en 1502.
L'ordre de l'Annonciade
Dans son "travail de duchesse", Jeanne s'intéresse
à la religion et aux ordres religieux dont les communautés
ont une forte tendance à "se relâcher".
Elle commence avec les bénédictines de Saint Laurent
à Bourges et leur fait accepter des règles plus
rigoureuses.
Mais son uvre principale est la fondation d'un ordre religieux
autonome, l'Annonciade, à une époque où
l'Eglise désire davantage remettre de l'ordre dans les
communautés existantes plutôt que de créer
de nouvelles structures.
La tradition affirme que Jeanne avait eu cette révélation
de créer cet ordre dédié à la Vierge,
lors de son enfance à Lignières. A partir de 1501
elle se consacre essentiellement à ce travail, avec beaucoup
de difficultés venant des autorités religieuses
de Rome.
Elle se fait aider dans cette tâche par son confesseur,
le père Gilbert Nicolas, plus connu sous son pseudonyme
Gabriel Maria, d'obédience franciscaine. C'est lui qui
met noir sur blanc les idées de Jeanne et rédige
les règles de cet ordre nouveau qui prend pour nom, l'Annonciade,
en l'honneur de Marie, un vocable très en verve en Italie.
Après un premier refus, par les cardinaux suite aux recommandations
du concile de Latran, c'est le pape Léon X qui approuve
les règles de l'Ordre le 12 février 1502. Mgr Girard
écrit dans un petit ouvrage très instructif sur
Jeanne :"L'Ordre des Dix Vertus ou Dix plaisirs de Notre-Dame
est un ordre contemplatif dans lequel on retrouve les traditions
de la vie monastique : éloignement du monde, pénitence,
travail, humilité, silence, office canonial
etc"
Elle fait édifier un monastère avenue du 95°
de Ligne, toujours en place, malgré les aléas de
l'histoire locale. Ce lieu qu'il est parfois possible de visiter
a été rendu au culte en 1961. Il est aujourd'hui
propriété du Ministère de la Défense
!
Depuis cinq siècles, les moniales de l'Annonciade poursuivent
leur recherche spirituelle dans leur monastère, il en
existe 6 aujourd'hui, dont celui de Saint Doulchard. Leur habit
est bleu, le voile blanc et le long scapulaire est d'un magnifique
rouge vif. Les moniales recherchent "la perfection par l'union
à Jésus en pratiquant les dix vertus de Marie".
Jeanne de France, est un personnage de notre histoire qui
eut une destinée. Vers la fin de son existence, elle déclarait
fièrement :
"Fille et sur
de roi j'étais, et un roi m'eut appelé sa mère,
si un autre roi ne m'eut chassé de son lit".
- Jeanne de France meurt le 4 février 1505, à
l'âge de 41 ans. Elle eut droit à des funérailles
de reine
. A la demande du roi Louis XII. Elle est inhumée
dans la chapelle de l'Annonciade et ce n'est que récemment,
en 1950 qu'elle fut canonisée.
Contribution
de M.Girault
- texte: lorsqu'elle résidait
à Châtillon-sur-Indre, Jeanne suivait les offices
à la Collégiale construite hors les murs du château
mais elle avait aussi obtenu qu'un chanoine de la collégiale
puisse venir célébrer dans la chapelle de son château.
- On sait aussi qu'elle organisa y une
grande fête pour ses gens ler janvier 1500, il est probable
qu'elle apporta des modifications au château du XIIIè
siècle. Les vestiges gothique flamboyant peuvent peut
être lui être attribués
