LAUDIER LE VIERZONNAIS
Henri Laudier est né à Vierzon le 20 février
1878. Son père, Valéry, était journalier
porcelainier, comme il en existait beaucoup dans la région
de Mehun et de Vierzon. Sa mère, née Perpétue
Dupont était de vieille souche berrichonne. Les Laudier
avaient 7 enfants, et Henri avait deux frères ainés,
Ernest et Eugène, lesquels auront une grande influence
sur le petit Henri. En fait, sur l'Etat Civil, le prénom
qui figurait était Hippolyte et non pas Henri, mais à
cette époque, changer de prénom était une
chose courante.
Henri apprend à lire et à écrire dans
une école libre, dirigée par des religieuses, avant
d'entrer, en 1886 - il a alors 8 ans - à l'école
publique annexe de Vierzon, d'où il sort avec un C.E.P.,
Certificat d'Etude Primaire. Après avoir fréquenté
l'E.N.P., Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon pendant
deux ans, il entre dans la vie active. A 15 ans, Laudier devient
un des employés de la Société Française
de Construction de Matériel Agricole. Il reste peu de
temps dans cette entreprise ; il la quitte et devient ouvrier
mouleur-porcelainier dans un Etablissement local, aux Verreries
Thouvenin et Sauvaget. Il évolue dans la profession de
son père, et pour quelques temps, travaille dans le domaine
des tailleurs de verre.
Mais la vie professionnelle de Laudier, dans une ville comme
Vierzon, qui a vu naître Edouard Vaillant ou Félix
Pyat, se double d'une vie syndicale et politique. Avec ses frères,
il fréquente très tôt les milieux syndicalistes
et socialistes. On dit même que Laudier prend la parole
dans un meeting pour la première fois, alors qu'il n'a
que 15 ans..... il promet, le gamin ! L'année d'après,
il est nommé secrétaire des Jeunesses Socialistes
locales.
C'est alors que sa vie va basculer, Laudier est recruté
par Emile Bodin, le Maire socialiste de Vierzon-Village, pour
être secrétaire à la Mairie. Par la suite
et jusqu'en octobre 1901, Henri Laudier travaille à Vierzon,
cette fois pour Emile Perraudin, le maire socialiste de Vierzon-Ville.
En parallèle, en 1895, il assure une collaboration effective
au journal du parti "le Tocsin Populaire", il en devient
le secrétaire de rédaction en 1901. Excellent parleur
et débatteur, c'est un des délégués
du Cher au Congrès Socialiste de Paris salle Japy en 1899.
LE JEUNE LAUDIER A DU CARACTERE
A cette époque, Laudier est donc socialiste, et avant
1914, cela signifiait être à l'extrême gauche.
Avec les anarchistes, les socialistes étaient considérés
comme des gens peu fréquentables, ils étaient véritablement
haïs par une grande partie de la population. Les coups pleuvaient
de partout, ainsi, cette anecdote retrouvée dans un journal
local du 15 septembre 1901 :
" Le citoyen Laudier a une singulière façon
de traiter les ouvriers et militants socialistes lorsqu'ils se
permettent de résister à sa volonté".
Et le journaliste de poursuivre avec son histoire. C'était
à propos de la présence d'Edouard Vaillant à
Vierzon. Comme il fallait un Président de séance
pour la conférence, Laudier voulait que ce fut le citoyen
Bodin, alors que les socialistes locaux votaient pour que Breton
soit désigné. Finalement, Laudier s'écria:
" Avez-vous bientôt fini de hurler comme des bêtes
sauvages ?"
Et le journaliste de conclure:
" Travailleurs, Laudier est un dompteur qui compte bien
vous mater.... ".
Henri Laudier est donc entièrement plongé dans
le socialisme de cette période, il avait pourtant tâté
de la plume quelques années auparavant. En 1897, il avait
publié une brochure de 48 pages, imprimée à
Vierzon, dans "L'imprimerie Commerciale" de Jean Foucrier.
Cette oeuvre est "un péché de jeunesse"
d'Henri Laudier, il n'avait alors que 19 ans. Elle comprend un
drame social en 3 actes intitulé "Soif d'Or"
avec huit personnages, et fort bien composée. Cette pièce
de théâtre est l'histoire d'un aristocrate dépravé,
le comte de Riconardo, qui se dégrade dans toutes sortes
de turpitudes, allant jusqu'au crime... Mais la pièce
se termine en beauté puisque le comte sera condamné
à la mendicité pour subvenir à son existence
:
" Va mendier, Comte, va mendier, c'est ton châtiment"
lui dira le bras vengeur représentant l'Humanité.
Roger Richer, qui a retrouvé en 1970 cette oeuvre de Laudier
ajoutera de manière gentiment perfide : "on retrouve
un personnage dans ce drame, c'est la comtesse Marceline de Riconardo,
un personnage dont la mémoire flotte sur près de
trois quarts de siècle de notre histoire berruyère...
".
La brochure de Laudier contenait, avec "Soif d'Or",
trois poèmes sociaux, aux titres évocateurs, "Demain",
puis "Noël" et enfin, "Souvenirs de misères".
Laudier dramaturge, ce ne sera pas son domaine de prédilection;
par contre il se retrouvera assez vite dans le journalisme, ce
sera son second métier.
LES POLEMIQUES DE L'EPOQUE
Poète, Laudier ne le fut donc pas très longtemps,
et c'est heureux pour le Berry. A cette période, on retiendra
surtout en lui le polémiste. Dans le journal du Parti
Socialiste intitulé Le Tocsin, il écrira le 20
janvier 1901:
"La Dépêche du Berry s'est classée depuis
longtemps dans la presse nationaliste.... à l'instar de
la presse nationaliste, réactionnaire et cléricale,
car elle critique le citoyen Breton". Laudier, visiblement
a un contentieux avec Foucrier, le patron du journal local. Mais
ce dernier ne s'en laisse pas compter, et il répond le
3 février 1901 dans son propre journal avec un titre en
caractères gras : "Procédés Crapuleux".
Dans l'article, il s'en prend violemment à Laudier, lequel,
employé à la mairie de Vierzon semble avoir supprimé
de la liste des fournisseurs d'affiches et autres imprimés
pour la municipalité, l'imprimerie de M. Foucrier. Ce
dernier réagit ainsi :
" A la Dépêche, Monsieur Laudier, on
ne poignarde pas dans le dos... Si j'étais un fainéant
comme vous, si je puisais à pleines mains dans la poche
des contribuables, il est probable que je ferais fi du travail,
mais je suis un honnête homme".
Et Foucrier terminera son éditorial par ces mots :
" Avez-vous compris, Monsieur Laudier, c'est vous dire
que je ne tolérerais aucune atteinte à mon commerce
de la part d'une fripouille et d'un lâche."
Il y a des mots qui vont tout de même un peu loin en
ce début de siècle dans notre calme Berry !
Le lendemain, les deux hommes se retrouvent à 9 heures
du matin avec pour chacun, deux témoins : c'est pour un
duel. En fait, il semble que des palabres aient duré quelque
temps afin de déterminer qui était l'offensé.
Il fut établi que c'était Foucrier. Mais Jules
Turquet va intervenir, et chacun des deux protagonistes va écrire
une très courte lettre sur l'honorabilité de l'autre,
c'en était fini, l'incident était clos.
Une seconde fois, Laudier va se
retrouver sur le pré, les armes à la main. L'histoire
m'a été racontée par Robert Verglas, qui
fut secrétaire de mairie à Bourges entre 1937 et
1976. Il fut le témoin de 40 années de vie municipale.
Ses souvenirs sont incomparables. Robert Verglas parle de cette
période d'avant 1914 en ces termes :
" A Bourges, à cette époque, un des établissements
les plus fréquentés était le Grand Café,
rue Moyenne (où se trouve actuellement la Banque Populaire).
Un jour, Laudier et ses jeunes amis y prenaient l'apéritif,
lorsqu'un Capitaine de la Garnison, très importante alors,
entra dans la salle. Une réflexion fusa de la table occupée
par Laudier, qui en était l'auteur. L'officier vînt
exiger des excuses qui furent refusées bruyamment, puis
il déposa sa carte en déclarant : nous nous battrons
demain, et il rejoignit sa table d'où son parlementaire
vint trouver Laudier pour régler la rencontre. Malgré
la pression de ses amis qui appréhendaient à juste
titre cette dernière si inégale, Laudier refusa
énergiquement tout compromis et lui, qui n'avait jamais
tenu une épée, fut le lendemain matin, avec ses
témoins, sur le terrain où, après quelques
minutes, il reçut un coup d'épée dans le
bras, ce qui arrêta le combat".
Laudier qui était à cette époque un homme
classé très à gauche, "trés
rouge", était allé jusqu'au bout de ce qu'il
pensait être son devoir et son honneur.
Ces épisodes montrent le caractère entier de
Laudier, sa détermination et son sens du combat politique
sans limite.
a suivre
la carrière de Laudier : à venir
OCTOBRE 1943 : LA MORT DE LAUDIER
Depuis deux ans, le maire de Bourges, en place depuis 1919,
était alité. Il dirigeait toujours la municipalité
n'ayant rien perdu de ses facultés intellectuelles et
même de sa pugnacité. Il avait lutté contre
les Allemands, avec l'ensemble des armes administratives qu'il
possédait. Mais le combat était inégal.
Comme de nombreux "néo-socialistes" de l'entre-deux-guerres,
il avait opté pour le Maréchal Pétain dès
1940. Il pensait que le vieil homme était le seul susceptible
de permettre à la France de survivre dans ces moments
difficiles.
C'était un homme d'ordre et de dossier et, certains aspects
de la politique de Vichy sur la rigueur, sur une bonne administration,
devait sans aucun doute lui plaire. Cette attitude lui sera beaucoup
reprochée. Il ne semble pas qu'il ait le moins du monde
réagit contre les lois de Vichy sur le statut des Juifs,
et sur les excès de la politique de Pétain et Laval.
De même, à aucun moment n'apparaît la moindre
compréhension pour les opposants, qu'ils soient gaullistes
ou communistes.
Laudier meurt le 10 octobre 1943, une foule énorme suit
ses obsèques.
Bourges reste avec son conseil municipal, sans maire, et c'est
Georges Lamy, premier adjoint qui prend en main les destinées
de la ville, sans avoir le titre de maire.
Une des premières tâche du conseil municipal
fut alors de faire édifier un mausolée pour la
dépouille de leur ancien maire. Ce mausolée, conçu
par l'architecte Pinon, est actuellement au cimetière
Saint-Lazarre de Bourges, et il comprend un certain nombre d'inscriptions.
Il est rappelé en quelques lignes la carrière politique
de Laudier :
- Conseiller Général de La
Guerche 1910
Maire de Bourges 1919
Député du Cher 1919
- Sénateur du Cher 1929
Conseiller Général de Bourges 1934
Rapporteur au Sénat du Budget de l'Algérie 1935
Rapporteur Général du budget de la guerre 1937
Conseiller Départemental 1941
Suit alors une longue inscription avec l'ensemble des actions
du maire :
Il fonda la foire exposition et celle des vins et des fruits.
Il conçut le plan d'extension, remit en état les
rives et les places. Replanta les jardins, créa les Prés-Fichaux,
rénova l'éclairage public et le réseau des
eaux, agrandit les écoles de Pignoux et de Beaumont, il
fonda l'Aéroport, fit construire la salle des fêtes,
l'usine d'incinération, les ateliers des services techniques,
l'usine des eaux, le Nouvel Hôtel-Dieu, les cités
HBM, les serres municipales, il fit dresser les projets du parc
des Sports, de la gare, des écoles du Bordiot et de l'Aéroport
ainsi que de nombreux travaux qui promettent à Bourges
un avenir digne de son passé.
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