Compte tenu de l'importance de l'article, , chacun peut
aller sur un des paragraphes suivants en cliquant dessus.
Bourges à l'heure
du débarquement
La tragédie des
puits de Guerry
Bourges libérée
Charles Cochet, acclamé
maire de Bourges
La colonne Elster
L'épuration
1944, les Alliés ont pris pied en Italie et leur
avance s'effectue avec de très lourdes pertes, en particulier
à Monte Cassino en Italie. A l'autre bout de monde, le
général Mac-Arthur, face aux Japonais, relève
la tête et progresse d'île en île à
travers le Pacifique.
En France, le général de Gaulle rassemble les Résistants
sous le nom de F.F.I., Forces Françaises de l'Intérieur.
Une commission d'action, le COMAC, est constituée. Dans
cet organisme, qui se veut fédérateur, sont représentés
l'Armée Secrète formée de gaullistes, les
Francs-Tireurs et Partisans en majorité communistes, et
l'Organisation de Résistance de l'Armée avec Giraud.
Les Résistants paient très lourdement leur
tribu à la lutte contre les nazis. C'est l'arrestation,
puis la mort de Jean Moulin, le suicide de Pierre Brossolette,
se jetant du 5ème étage d'un immeuble de la Gestapo,
l'exécution par la Milice de Jean Zay, l'ancien ministre
de l'Education Nationale du Front Populaire. Ces trois hommes
étaient francs-maçons.
BOURGES
A L'HEURE DU DEBARQUEMENT
Les bombardements se sont intensifiés sur Bourges depuis
le début de l'année. Le lundi de Pentecôte,
c'était un 10 avril, vers 9 heures 30, une formation de
bombardiers anglo-américains abordait Bourges par l'Est,
et les témoins, qui virent la vague arriver, comprirent
: l'aéroport était visé.
Les bombes s'étalaient, rue Charlet, rue de Séraucourt
ou rue Albert Hervet, ce qui fit écrire à Jongleux
: "les bombes incendiaires tombaient, soit avec intention,
soit par un défaut d'arrimage des engins, à moins
que ce ne soit une erreur de calcul des distances".
Il y aura de nombreuses victimes.
Les bombardements sur Bourges, dans les quelques jours qui vont
précéder le débarquement, se font sentir
de plus en plus fréquemment. C'est ainsi que le 4 juin,
un nouveau raid est effectué faisant 17 morts et une dizaine
de blessés graves.
Le 6 juin 1944, c'est le débarquement, on n'en sait
pas grand chose à Bourges, mais c'est assez vite que l'information
circule. Une dépêche de Vichy signale que "les
Allemands pourront être amenés à prendre
des dispositions spéciales dans la zone de combat"
et le 8 juin, à 16 h 30, le gouvernement demande aux Français
: "vous ne devez en aucun cas vous laisser entraîner
à intervenir de quelque façon que ce soit".
Ainsi, pendant tout le mois de juin 1944, c'est un mélange
d'espoir et de crainte. Les Alliés ont pris fermement
pied sur le sol français, et le général
de Gaulle est en Normandie le 28 juin. Il y a le "jusqu'au
boutisme" des hommes de Pétain et Laval, d'autant
que le 28, Philippe Henriot le ministre de la propagande, est
assassiné, les collaborateurs notoires n'ont plus rien
à perdre.
Les bombes continuent à tomber sur Bourges. Le 26 juin,
l'alerte dure trois heures et demi. Le 27, nouveau bombardement,
les Alliés veulent totalement détruire l'ensemble
des installations de constructions d'avions, et cet objectif
sera atteint.
Dans les moments les plus tragiques, l'administration reste
en place, et parfois de manière surréaliste. Ainsi,
à la suite des bombardements par les Anglo-américains,
les Allemands demandent de la main-d'oeuvre pour déblayer
l'aéroport. Il faut que la ville fournisse 400 personnes
par jour. Mais, les 2 et 3 juillet il n'y eut que 22 travailleurs
le premier jour et 18 le second à se présenter.
La ville se vit infliger une amende de plus de 100 000 francs
qu'il fut impossible de faire baisser.
La ville pouvait aussi répartir les pénalités
sur l'ensemble des défaillants à raison de 300
francs par personne. Mais la Feldkommandantur autorisait la ville
à payer si les requis avaient une excuse pour ne pas s'être
présenté au travail de déblaiement.
Une commission, avec Mrs Lamy, Lice, Chedin et quelques autres
conseillers municipaux, examina les réclamations écrites
présentées pour ceux qui le mériteraient.
C'est ainsi que 284 requis verront leur amende payée par
la Ville dans la rubrique "budget supplémentaire
de la Commune". Le Conseil adoptera le règlement
financier de cette affaire.
Pour Edmond Jongleux, le moral des Berruyers est bon malgré
l'intensification des bombardements par les Anglo-américains
et la propagande de Vichy pour que les jeunes s'enrôlent
dans la L.V.F. En effet, du 7 au 12 août, la Caisse d'Epargne
de Bourges a reçu en dépôt de la part de
l'ensemble des Berruyers la somme de 1,3 millions de francs,
et ne leur a remboursé qu'une somme de 285 000 francs,
preuve indéniable de confiance.
La population de Bourges sent que le vent tourne, malgré
les informations des Allemands sur les dégâts causés
par les nouvelles armes V1 et V2. Il y a des signes qui ne trompent
pas.
Ainsi, la Kommandantur invite les propriétaires de véhicules
à se présenter à Bourges, place Séraucourt.
Pour beaucoup, cela signifie qu'il "faut absolument des
moyens de transport.... pour partir". Et puis des explosions
se font entendre de manière régulière. C'est
le 18 août à l'Aéroport et au Polygone, et
on chuchote que les derniers Occupants allemands pourraient bien
mettre à exécution leur projet de faire sauter
la Poste, la Caserne Condé, les carrières de Saint-Amand
et surtout la fulminaterie, laquelle contenait 20 tonnes d'explosifs
de type "fulminates". Dans ce dernier cas, les dégâts
seraient énormes.
Le 19 août, dans la journée, les Allemands mettent
le feu aux casemates du point 1000, alors que vers 21 h 30, des
bombes incendiaires détruisent le magasin des réserves
du terrain sud de l'ABS. Pendant plusieurs heures, le ciel est
en feu alors que se déclare un violent orage comme le
Berry en connaît parfois au mois d'août.
Le lendemain, c'est un dimanche, les Allemands poursuivent leur
oeuvre de destruction, ils incendient plusieurs locaux de l'Ecole
Nationale Professionnelle de Jeunes Filles, qu'ils occupaient
depuis 4 ans, et font les mêmes tentatives pour l'asile
de Beauregard et le patronage laïque de Vauvert.
Devant ces multiples tentatives de destructions, et compte
tenu de la présence massive des forces des F.F.I. aux
portes de Bourges, une délégation comprenant messieurs
Lamy, qui faisait office de premier magistrat de la cité,
Verglas, Secrétaire Général de l'Hôtel
de Ville et Roger, Président de la Croix Rouge, se rendit
à la Kommandantur en vue d'obtenir la réddition
des troupes allemandes stationnées à Bourges, sous
couvert de la Croix Rouge.
Ces propositions furent rejetées.
Par contre, les Allemands indiquèrent qu'ils évacueraient
la ville en cas d'attaque Anglo-américaine, mais s'il
s'agissait de F.F.I., ils combattraient. Ces renseignements furent
communiqués par un membre de la délégation
au colonel Bertrand.
La situation de Bourges était donc dramatique, beaucoup
craignaient les explosifs dissimulés par les Allemands,
en particulier ceux de la fulminaterie, capables à eux-seuls
de détruire une partie de la ville et de la cathédrale.
C'est à un chef d'atelier de la Pyrotechnie, Alphonse
Durand, que l'on doit la neutralisation des dispositifs de
mise à feu de la fulminaterie. Alphonse Durand raconte
son épopée en termes simples : "Sous une pluie
battante, nous sommes entrés dans la pyrotechnie.....
je partis seul reconnaître le genre de destruction préparés
par les Allemands. Il nous fallut plus de deux heures pour le
rendre inoffensif". Les artificiers d'alors qui accompagnaient
A Durand, MM Blanchard et Bouillet, sans oublier M. Gaudry, ont
pris d'énormes risques. Ainsi, le lendemain, ils participèrent
au déminage des carrières de Dun en neutralisant
pas moins de 92 dispositifs de destruction. Plus tard, ils opérèrent
à la Kommandantur, dans laquelle, les Allemands avaient
laissé un sac piégé de 30 kilogrammes d'explosifs.
Les derniers jours du mois d'août, les Berruyers virent
passer les troupes allemandes en déroute : c'était
la débâcle. Le 28, ce sont 60 chevaux et 40 voitures
qui stationnent dans le jardin ombragé de l'Hôtel
de Ville, prêts à fuir.
Le mois s'achève sur un manifeste et un appel aux armes.
Il s'agit d'une affichette signée de la Confédération
Générale du Travail placée rue des Arènes,
qui lance un mot d'ordre de grève générale
insurrectionnelle, "pas un seul Boche ne doit nous échapper
: tous morts ou prisonniers, pour le combat pour la Liberté,
tous ensemble en avant".
Après les voitures, ce sont les vélos qui sont
réquisitionnés, ce qui prouve l'état de
dénuement des troupes allemandes. La défaite est
inscrite dans ces derniers actes, et chacun se demande si des
tragédies comme Oradour ne peuvent pas se reproduire dans
un quelconque village du département.
Il n'y aura pas d'Oradour, mais un drame parmi les plus abjects
de cette guerre. L'Histoire retiendra pour le Cher, "la
tragédie des puits de Guerry" dans laquelle nous
retrouverons le sinistre Paoli, cette page est la honte du Berry.
Bourges sous la botte allemande par Edmond
Jongleux (non publié)
Nouvelle République du 6 septembre 1994
Témoignages d'Alphonse Durand
LA TRAGEDIE
DES PUITS DE GUERRY
Tout commence en fait, le 6 juin 1944. La ville de Saint-Amand
se libère de l'emprise allemande, c'est peut-être
un quiproquo, ou une volonté d'aller plus vite, de forcer
les événements, et de penser, comme beaucoup, qu'à
l'annonce du débarquement, une insurrection générale
devait se produire en France. Le résultat est mitigé,
si les maquisards s'emparent de la ville avec quelques coups
de feu, contre les Allemands et la Milice locale, quatre jours
plus tard, les Allemands reviennent en force et réoccupent
la ville que les maquisards, trop peu et faiblement armés,
ont précipitamment évacuée.
Cette ville avait accueilli de nombreux réfugiés
alsaciens-lorrains qui vivaient paisiblement. Mais le chef milicien
Lécussan réussit à persuader les autorités
allemandes que "les israélites alsaciens-lorrains
étaient à l'origine du mouvement du 6 juin 44 ."
Aussitôt, la lourde machine répressive se mit en
route, et le 21 juillet, sous le commandement de Hassé,
chef de la Gestapo de Bourges, dans la voiture duquel avait prit
place Paoli, des Allemands et Miliciens firent une rafle des
Juifs de Saint-Amand. Paoli participa à cette action,
puisqu'il reçut le commandement de 7 hommes avec la liste
des familles qu'il devait arrêter. Il n'y avait pas, comme
à Paris, un vélodrome d'hiver, alors les Juifs
étaient amenés dans la salle du cinéma "Rex".
Comme l'écrit Jean Lyonnet dans son ouvrage, "Paoli
jouait non seulement un rôle actif, mais un rôle
de chef".
La rafle dura toute la nuit et, à 4 heures du matin 71
personnes étaient enfermées, alors que les miliciens
procédaient au pillage systématique de leur maison.
Des camions emmenèrent les otages à la prison de
Bourges, Hassé et Paoli avaient l'air ravi, la mission
avait été un succès. Seulement, l'état
de désorganisation des Allemands était tel qu'il
n'était plus possible de conduire ces Juifs à Drancy,
ni question de les envoyer en Allemagne comme à l'habitude.
Alors, il fut décidé de les "liquider"
sur place. Il y avait une volonté de tuer chez Paoli et
ses "amis" allemands.
Hassé réunit ses officiers de la Gestapo, ainsi
que Paoli, et leur donna l'ordre de transporter les hommes dans
"un endroit isolé du Polygone, d'y rechercher une
carrière, de les précipiter et de recouvrir leur
cadavre".
Le 24 juillet, il est 16 heures, les 26 Juifs sont appelés,
placés dans un camion qui pouvait à peine contenir
une quinzaine de personnes. Paoli était en uniforme allemand,
il avait ordonné aux malheureux Juifs de prendre leurs
bagages pour ne pas les effrayer, puis il s'installa dans la
Citroën de la Gestapo avec quatre officiers. Ils se rendirent,
en voiture et camion, à Savigny-en-Septaine, à
une douzaine de kilomètres de Bourges.
Un homme racontera l'ensemble de cette tragédie, il
s'agit de Kramëisen, qui va réussir à s'échapper
miraculeusement. Les Juifs, voyant qu'ils étaient en plein
bois, avaient compris, l'un d'eux, refusera de périr ainsi,
il dira à ses camarades de malheur : "j'aime
mieux être tué de dos que de face, je chercherai
à me sauver" .
Et il réussira à s'échapper.
Ses autres compagnons n'auront pas sa désespérante
détermination ni sa chance. Le récit de ces atrocités
a été fait par Paoli qui a décrit devant
ses juges sa version des faits. Par groupe de 6, les Juifs étaient
conduits au bord d'un puits, auparavant, ils avaient dû
prendre un sac de ciment de 50 kilos et, devant la margelle du
puits, chaque Juif était abattu d'une balle dans la nuque
puis projeté au fond du puits, ensuite, les pierres étaient
envoyées au fond, recouvrant les victimes.
En vérité, cette version de Paoli n'est pas totalement
exacte, la réalité des faits est sans doute plus
atroce encore. Les Juifs ne furent pas jetés dans le puits
après avoir reçu une balle dans la tête mais,
à deux ou trois exceptions près, les malheureux
étaient précipités vivants dans le puits
et les blocs de ciments étaient jetés sur eux.
Ils sont morts par asphyxie.
Il faudra toute la persuasion de Charles Kramëisen, à
la Libération, pour faire entendre sa voix sur le drame.
Pour les autorités, les Juifs de la rafle de Saint-Amand
avaient disparus, ils devaient être en Allemagne, dans
un camp, et les hommes de la Gestapo avaient fui ! Ce n'est qu'après
bien des démarches que Kramëisen, pris pour un mythomane,
réussit à emmener des membres d'une commission
d'enquête vers la ferme de Guerry.
On découvrit alors les corps des 26 victimes le 20 octobre,
et, en poussant davantage les recherches, les corps de 8 femmes
assassinées dans les mêmes conditions le 8 août
1944 furent retrouvés dans un puits éloigné
des précédents.
L'Affaire Paoli par Jean Lyonnet
1944... et le Cher fut libéré par Alain Rafesthain
BOURGES
LIBEREE
Après le débarquement et les durs combats qui
vont se dérouler dans les villes martyres comme Caen,
Cherbourg ou Falaise, le symbole pour la France se situe le 25
août avec la Libération de Paris.
Les troupes alliées progressent de tous côtés,
et bientôt, les grandes villes cherchent aussi à
"bouter" les nazis hors de leur cité. Bourges
n'échappe pas à la règle, mais ce n'est
pas une ville stratégique, et l'avance des Anglo-américains
ne revêt pas une urgence particulière.
L'ensemble des mouvements de Résistance dans le Cher
cherche à libérer la capitale du Berry. Des FTPF
de Marcel Cherrier au 1er R.I. de Bertrand, en passant par le
colonel Colomb, de son nom Arnaud de Vogüe, tous veulent
participer aux derniers combats.
C'est à cette époque que se constitue le C.D.L.,
Comité Départemental de Libération, qui
doit prendre la place de tous les rouages administratifs contrôlés
par Vichy. C'est une forme "d'Union sacrée"
puisque ce Comité, placé sous la présidence
de l'avocat et ex-parlementaire Marcel Plaisant, s'est doté
comme vice-président du communiste Marcel Cherrier. A
leurs côtés, des hommes aussi différents
que l'artisan Georges Rossignol, le Chanoine Le Guenne ou encore
Marcel Soubret le franc-maçon.
Pierre Jacquet, qui était à l'Etat Major des
F.F.I. et appartiendra au C.D.L., raconte ces événements
:
"Les contacts ont été pris entre Cher-Nord,
Cher-Sud, FTP, F.F.I., Premier Régiment d'Infanterie,
l'union s'est faite tout naturellement avec, pour objectif principal,
la libération de Bourges.
Cette Libération n'a pas été le fait d'une
attaque brutale de la Résistance contre l'occupant allemand,
la Résistance n'avait pas les moyens, mais la Résistance
a rendu impossible la vie des Allemands à Bourges. Couper
les voix de communication sans arrêt, couper le téléphone,
les voix ferrées, si bien que les Allemands étaient
prisonniers dans la ville.
Ils ont fui du 15 août à la fin août où
il ne restait plus que quelques éléments."
L'union véritable s'est faite au sein d'un Etat-Major
F.F.I. sous l'autorité du colonel de Vogüe.
Pierre Jacquet poursuit son récit :
"Le 6 au matin, le colonel
de Vogüe avait reçu, à la ferme de Beaumont
vers Menetou-Salon, des renseignements précis de la gendarmerie,
par le commandant Vacher, concernant la présence des Allemands
dans Bourges, il avait aussi envoyé des patrouilles qui
étaient revenues, en confirmant qu'il n'y avait plus d'Allemands
en nombre important, seuls restaient des groupes isolés,
et désabusés.
Il a décidé d'entrer dans Bourges, il y est entré
à midi, accompagné du commandant Magnon et d'une
section du maquis de Menetou transportée en camionnettes
et en véhicules de toutes sortes.
Il avait été précédé une demi-heure
auparavant par deux "Jeeps" du 4ème bataillon
de parachutistes SAS, qui étaient arrivées à
la préfecture.
Deux heures après, le reste du maquis de Menetou entrait
en même temps que le 1er RI du colonel Bertrand, et les
FTP du colonel Hubert ; ça a été une occupation
tranquille, par les 4 points cardinaux de la ville, puisque Cher-Est
était aussi présent.
La Libération, ça a été surtout une
explosion de joie, avec la foule sautant au cou des parachutistes
et des maquisards, avec des bals qui ont duré une partie
de la nuit."
Pour les Berruyers, la nouvelle fut instantanément
propagée, elle fit apparaître aux façades
des immeubles une multitude de drapeaux et oriflammes aux couleurs
françaises et alliées, les rues s'emplirent d'une
foule compacte, manifestant bruyamment, c'était "l'immense
joie de la délivrance", les cloches lancées
à toutes volées ajoutaient encore à la liesse
générale et à l'émotion profonde
du moment.
L'Etat-major des F.F.I. du Cher allèrent s'installer
à la préfecture dans l'après-midi, alors
que vers 17 h 30, "le citoyen Lamy recevait les membres
de l'Etat-major des F.F.I. conduits par le commandant Colomb,
accompagné du colonel Bertrand, commandant le 1er Régiment
d'Infanterie".
Georges Lamy était entouré de plusieurs adjoints
ou conseillers municipaux dont Mrs Lice, Mary, Caumont et Richet,
il s'exprima en un court et solennel propos :
"La ville de Bourges vous
salue.
En son nom et au nom de la population qui vient, groupée
autour de vos drapeaux, de vous témoigner son enthousiasme,
je vous dis, du fond du coeur : merci.
Merci pour ces instants grandioses que vous nous permettez de
vivre. Dans la vie des hommes, des heures comme celles-là
sont inoubliables. Leur souvenir restera gravé dans nos
coeurs.
Merci, pour l'immense soulagement que vous nous apportez. Bourges
sous la botte respire enfin, grâce à vous.
Merci enfin, pour l'exemple que vous nous donnez : exemple de
courage, d'abnégation, de foi dans la grandeur et la pérennité
de notre beau pays meurtri.
Vive la France ! Vive la liberté ! Vive la République
!"
Colomb prit la parole pour remercier la municipalité
de l'accueil reçu, il ajoutait qu'il espérait beaucoup
de cette première entrevue.... et il fit observer
une minute de silence en souvenir des nombreux absents qui donnèrent
leur vie pour la cause commune.
Et tous se dirigèrent vers la Salle des Commissions pour
un vin d'honneur ! Curieux pays.
Emission Recto Verso sur la libération
de Bourges par Pierre Jacquet (1984)
Bulletin Municipal Officiel de Bourges Sept-Oct 1944
Bourges sous la botte allemande par Edmond Jongleux (non publié)
CHARLES
COCHET, ACCLAME MAIRE DE BOURGES
Lorsque les autorités qui prirent le pouvoir cherchèrent
à placer à l'Hôtel de Ville un maire accepté
de tous, elles trouvèrent sans difficulté un accord
sur le nom de Charles Cochet.
Ce notable avait été député du Cher
en 1932, alors qu'il avait été élu au conseil
municipal de Bourges sous le mairat d'Henri Laudier dès
1929. Resté socialiste, il était devenu le principal
opposant au maire et lorsque Vichy, en application de la loi
du 16 novembre 1940 sur la réorganisation des corps municipaux,
renouvela le conseil municipal berruyer, Cochet sera le seul
conseiller refusé par le gouvernement de Pétain.
Il se désolidarise d'une politique qu'il condamne et ne
manque jamais une occasion de témoigner ses sentiments.
Il avait 77 ans à la Libération et son attitude
ferme et inébranlable le place à la tête
de la ville, en attendant les élections qui se dérouleront
quelques mois plus tard.
Charles Cochet fut un personnage attachant, nivernais,il était
né en 1867, son père était menuisier. Enfant
doué, il réussit le concours à l'Ecole Normale
et entre dans l'enseignement. Son premier poste le conduisit
à l'école de la rue Nicolas Leblanc où il
resta 23 ans. Puis Cochet enseigna à Massoeuvre avant
de revenir à Bourges prendre sa retraite.
Marié, il a deux enfants, lorsque le malheur marque profondément
son existence. Son fils meurt à 21 ans sur la Meuse en
1916, et il perd sa fille quelques années après
la guerre, c'est la maladie qui a frappé. Au lieu de se
replier sur lui-même, Cochet entre dans la vie associative,
il s'occupe de la protection de l'enfance, du comité départemental
d'hygiène, etc.
C'est en fait le 7 septembre 1944 que se déroule une
manifestation qualifiée de "grandiose", avec
la présence de Marcel Plaisant, Président du Comité
de Libération, de Gustave Sarrien nouveau Préfet
du Cher, arrivé du Loiret, et de Charles Cochet.
Le cortège se dirigea par la rue Moyenne vers le Monument
aux Morts, où une gerbe fut déposée, alors
que Plaisant prononçait un de ses premiers discours. Puis,
le cortège prit la direction de l'Hôtel de Ville
et Marcel Plaisant annonça de manière solennelle
l'installation du nouveau maire : Charles Cochet, lequel s'avança
et prononça ces quelques mots
:
" Nous connaissons toute
l'importance de la fonction pour laquelle nous avons l'honneur
d'être désigné aujourd'hui.
Mais les difficultés qui nous attendent ne pourront qu'affermir
notre désir de bien faire.
Dans l'ordre et le travail, avec des collaborateurs choisis,
nous suivrons la bonne voie qu'exige la sage administration des
affaires municipales de notre belle cité.
Vive Bourges ! Vive la liberté ! Vive la République
! Vive la France !"
Ainsi se terminaient ces journées de liesse, comme
l'écrit le bulletin municipal officiel, "Quatre
années d'asservissement et d'humiliation prenaient fin....
L'Allemand disparaissait de nos rues, de nos places, de nos établissements
publics...."
Ce même jour, les Berruyers qui ne disposaient d'aucune
information locale par les radios ou les journaux, devaient se
contenter des avis placardés par voix d'affichage ou....
du bouche à oreille. Ainsi, parmi les nombreuses proclamations,
celle du commandant Colomb résume la situation.
Après avoir informé la population que leur libération
était le fait des Forces Françaises de l'Intérieur
avec le concours du 4ème Bataillon de Parachutistes français,
et qu'une nouvelle administration civile se mettait en place,
avec pour tâche principale le ravitaillement et les réparations
des destructions de l'ennemi, il insistait sur "l'ordre
ainsi que sur la légalité qui doivent être
respectés de tous".
Il évoquait aussi ceux qui s'étaient rendus
coupables "d'intelligence avec
l'ennemi.... et c'est à la Justice Française et
à elle seule qu'il appartient de les juger. Personne n'a
le droit de se substituer à eux."
Un autre appel cosigné de Marcel Plaisant et Gustave Sarrien
est du même ton. Si ils ajoutent que "leur reconnaissance
s'élève vers le général de Gaulle
.... et leur gratitude vers les Forces Unies de la Résistance",
ils se préoccupent surtout de l'ordre public, il y a chez
ces responsables la peur d'être débordés
par les extrémistes, et ils craignent de ne plus pouvoir
maintenir leur autorité, ils terminent en effet leur appel
par ces mots très forts :
"Nous vous exhortons à
l'ordre, au calme, à une défense spontanée
de la sécurité publique"
Pierre Jacquet, après ces heures de liesse, montrera
avec objectivité que tout danger n'était pas écarté
:
Dans les jours qui suivirent, ça a été un
peu moins agité, car l'Etat major avait quelques raisons
de s'inquiéter à cause de l'avance de la colonne
allemande du général Elster. Pendant quelques jours,
il y a eu une consigne discrète d'enlever les drapeaux
qui étaient sur les édifices publiques et sur les
fenêtres, car il ne fallait pas faire peur à la
population.
Bulletin municipal officiel de Bourges
(1944) BY P11
Interview de Pierre Jacquet pour Recto-Verso (1984)
LA COLONNE
ELSTER
Le Sud-Ouest de la France était occupé par la
1ère armée allemande qui reçoit l'ordre
de se replier sur les Vosges en rejoignant Belfort. La colonne
du général Elster, forte de plus de 20 000 hommes,
chargée de l'arrière-garde, ne commence à
quitter Bordeaux que le 20 août, elle est la dernière
à se mettre en route, et joue le rôle, selon le
mot d'Henri Amouroux de "colonne balai" de l'armée
allemande. Harcelés par les maquis du Massif Central,
ces hommes, encore très fortement armés, remontent
plus au nord que prévu, et se retrouvent en Berry dans
les premiers jours de septembre.
Dans l'Indre, les Allemands qui sont condamnés à
marcher au rythme des plus lents sont attaqués par les
F.F.I. vers Mézières, Buzançais, alors que
les avions américains bombardent la colonne entre Châteauroux
et Issoudun. Arrivés dans le Cher, les premiers éléments
d'Elster sont pris à partie par les F.T.P.F. du colonel
Hubert, alors que d'autres accrochages se déroulent à
Levet, Blet, et Dun-sur-Auron.
Des émissaires, dont le sous-préfet d'Issoudun
Pierre de Monneron, prennent contact avec Elster pour l'inciter
à capituler. Celui-ci ne répond pas par la négative,
il pose des conditions à une éventuelle reddition,
et le 9 septembre, alors qu'il transporte son P.C. du Château
de la Pointerie à Châteauroux vers Châteauneuf-sur-Cher,
ses hôtes, au cours de discussions lui font admettre qu'il
"doit abandonner la lutte". Devant le duc Gilles de
Maillé, il apparaît en effet que le général
allemand ne veut pas se rendre aux maquisards français,
mais à des troupes régulières américaines.
Bientôt, il accepte de signer une "convention"
auprès des Américains.
Ainsi, le 10 septembre 1944, à Issoudun, une "convention"
ou une "reddition" est signée entre le général
Elster et le général américain Macon, commandant
de la 83ème Division américaine, située
alors dans la région de Romorantin.
Les F.F.I. du Cher apprennent cette signature et c'est d'abord
le soulagement, car une colonne de 20 000 hommes, comprenant
2 généraux et 470 officiers, disposant encore de
29 canons, 14 canons de D.C.A., 337 mitrailleuses, 24 000 armes
individuelles et près de 600 voitures, pouvait faire encore
beaucoup de victimes dans des combats.
Les coups portés par les F.F.I. du Cher, qui ont tué
le commandant de l'avant-garde et fait prisonnier le chef d'Etat-major
d'Ester, sont tels qu'ils refusent de considérer la signature
de Macon comme un acte définitif. Ces maquisards remarquent
que rien n'est dit sur le désarmement de la colonne, sur
la prise en charge des hommes, sur les modalités effectives
de la reddition. La situation est très incertaine de part
et d'autre, et Elster lui-même, n'ayant rien signé
avec les F.F.I. du Cher est inquiet pour ses troupes, de plus
en plus harcelées. De leur côté, les Résistants
français sentant les Allemands en pleine déroute
veulent en découdre et pourquoi pas anéantir une
partie de cette colonne.
Elster accepte donc, le 11 septembre 1944, de se présenter
dans la petite commune d'Arçay mais il refuse de signer
une nouvelle capitulation, il dira : "je ne peux pas
signer une nouvelle reddition à l'entrée de chaque
département à traverser". Un texte
est donc paraphé, il s'agit pour Henri Amouroux "d'un
simple ordre de marche". Celle signature se passe en présence
des représentants F.F.I. du Cher, M. Omer Thébault,
instituteur et secrétaire de mairie à Arçay
qui fut témoin de cette scène, raconte :
"Le colonel Bertrand, commandant le Premier Régiment,
arrive, suivi d'autres officiers français, du colonel
américain French, d'officiers anglais dont un en tenue
d'Ecossais n'est pas des moins remarqués avec sa jupe."
L'instituteur poursuit sa description qu'il a consigné
dans le livre de registres des délibérations de
la commune alors que le maire a ceint son écharpe tricolore
:
" Derrière ces uniformes amis, vient le
général Elster, accompagné de deux commandants
de son Etat-Major, les dents serrées de rage...."
Participant à cette signature de la "reddition",
le commandant Arnaud de Vogüe, colonel "Colomb",
représentait les F.F.I. de Cher-Nord. Ainsi, Elster peut
conduire ses troupes et l'ensemble de son matériel à
Orléans, en trois colonnes, et ce sont les Américains
qui procéderont au désarmement. Il y avait des
ordres supérieurs pour que les armes des Allemands ne
puissent pas être prises par des Résistants. Il
semble bien que pour les Américains, si les mouvements
de Résistants avaient été considérés
comme très utiles lors du débarquement pour freiner
l'arrivée des renforts allemands, il restait toujours
un soupçon sur la droiture des Français. Pour beaucoup,
en particulier chez les Anglo-américains, les F.F.I. étaient
noyautés par des éléments communistes.
Avec cette "reddition" du 11 septembre, Bourges
pouvait se sentir sauvée, une page d'histoire était
véritablement tournée. Les jours qui suivirent
furent consacrés à la mise en oeuvre de l'administration,
à la résolution des problèmes de ravitaillement,
et à faire fonctionner la justice.
Après la guerre, comme souvent en France, une querelle
opposera les Français pour savoir à qui revient
le mérite d'avoir obtenu la "reddition" d'Ester.
Sur la plaque commémorant l'événement, et
apposée en 1946 avec la présence du général
Koenig, on peut lire :
"Le 11 septembre 1944, les F.F.I. du Cher-Sud reçurent
ici, après cinq jours de rudes combats, la reddition de
la colonne Elster forte de dix-huit mille nazis. Cette victoire
française est dûe aux actions combinées des
F.F.I. de l'Indre, du Cher, d'Auvergne, de l'Allier, de la R.A.F.
et du 14e bataillon de parachutistes".
Aucun mot sur l'action des Américains !
Le général Elster sera condamné à
mort par un tribunal allemand en mars 1945 pour cette reddition,
mais prisonnier des Américains, il sera conduit aux Etats-Unis
pour rentrer quelques temps plus tard en Allemagne où
il mourra en 1952.
Les règlements de compte de Henri Amouroux
L'EPURATION
Dans la liesse de la Libération, il y eut des moments
inoubliables, d'autres qui le furent moins. La foule prit un
drapeau à croix gammée et l'accrocha à une
402 Peugeot et traîné dans la boue, les gens crachaient
dessus.... Puis, beaucoup se "portèrent vers les
immeubles où avaient trôné pendant 4 ans
les ennemis de la France". Ils voulaient détruire
tout ce qui pouvait rappeler ces heures difficiles.
Et puis, dans la soirée, quelques filles et femmes
notoirement connues pour avoir accordé leurs faveurs à
des membres de l'armée occupante furent saisies et tondues.
Malheureusement ajoute Jongleux, "de pauvres créatures
absolument innocentes, furent victimes de ces démonstrations
ineptes".
Dans son numéro du vendredi 8 septembre, le "Patriote
Berrichon", organe du Front National, demandait de cesser
"ces brimades inadmissibles, commises publiquement.... les
organisations de la résistance protestent contre de tels
agissements".
Marcel Cherrier, en 1984, au micro de Recto-Verso se souvient
de ces folles journées :
"les jours qui ont suivi la
Libération ont vu la réunion du Comité Départemental
de Libération, qui avait en quelque sorte tous les pouvoirs
pour restaurer la légalité, nous nous sommes mis
au travail pour nommer les organismes qui étaient chargés
de la vie du pays, et nous avons aussi parlé de l'épuration,
beaucoup de gens venaient nous trouver, en nous disant, il faut
punir ceux qui nous ont fait souffrir, nous avons créé
un Comité d'Epuration et de Justice qui a fonctionné
tout de suite. Nous avons commencé à examiner les
cas les plus marquants, et ça s'est fait tout de suite
avec la justice, le commissaire du gouvernement, et avec celui
qui allait devenir le Président de la Cour de Justice,
monsieur Gestat.
L'épuration provoquait un certain mécontentement,
certains n'étaient pas punis, et chacun se demandait pourquoi,
en rétablissant la justice, on introduisait la lenteur".
Sur le délicat problème des femmes, Marcel Cherrier
répond sans aucune ambiguité :
"En ce qui concerne les femmes tondues, j'ai toujours pensé
que ça c'était vraiment quelque chose d'inopérant
et ça n'avait pas sa raison d'être, parce qu'il
fallait surtout frapper les coupables de la trahison, et ceux
qui nous avaient combattus directement avec le concours des Allemands,
de la Gestapo, de la Milice, mais ce n'était pas en tondant
des femmes que l'on pouvait faire la justice. Je pense que beaucoup
étaient d'accord avec nous sur ce point."
Le 29 novembre 1944, la cour de justice du Cher s'apprête
à juger deux personnes dont Louise Holmgren, accusée
de collaboration. Comme le rappelle Henri Amouroux, l'atmosphère
est pesante. La foule s'écrase aux portes du palais de
justice, et c'est bientôt la ruée vers la salle
d'audience. Les places "pour mieux voir" sont prises
d'assaut. S'il y a une volonté de justice, la curiosité
malsaine est aussi présente.
Ces deux personnages seront condamnés à mort par
la cour de Justice du Cher pour faits de collaboration, mais,
quelques temps plus tard, cette peine sera commuée : ils
seront graciés par le président Jeanneney.
Le 21 décembre 1944, vers 18 heures, un groupe d'hommes
armés faisaient irruption dans la prison du Bordiot et
s'emparaient d'Aimé Péron et de "la femme
Holmgren" pour reprendre le vocabulaire de l'époque.
Ils furent emmenés en dehors de la prison, et, à
cinquante mètres de là, dans l'allée centrale
qui conduit au Bordiot,, ils furent exécutés à
la mitraillette par un groupe de soldats du 1er régiment
populaire berrichon, une formation issue des F.T.P.
Le lendemain, un des "justiciers", le sous-lieutenant
Charles Deregnaucourt, âgé de 31 ans, était
arrêté. Il reconnaissait les faits, mais ne voulut
donner aucun des noms de ses complices. Il fut traduit immédiatement
devant le tribunal d'Orléans, et après une plaidoirie
brillante de son avocat, mettant en avant sa bravoure dans les
F.T.P., il fut acquitté.
En janvier 1945, dans les bois de Morthomiers, un village
situé à quelques kilomètres de Bourges,
les cadavres de cinq personnes furent découverts. Ils
avaient tous été exécutés d'une balle
dans la tête. Comme l'écrit le Berry Républicain,
on a trouvé aisément le nom de cette famille et
l'enquête se poursuit. A aucun moment, le quotidien berruyer
ne donnera la suite de l'enquête, si suite il y eut.
L'épuration, et ses débordements font toujours
l'objet de polémiques, un demi-siècle après
les faits. Henri Amouroux, dans son "histoire des Français
sous l'occupation en 10 volumes", a recherché, au
plan national, les chiffres des exécutions. Il faut dire
que beaucoup d'adversaires de la Résistance, dans les
années 1950, évoquaient pour l'ensemble du pays
des chiffres de l'ordre de 100 000 victimes des exécutions
sauvages de la guerre. Une étude méticuleuse prouve
que pour 84 départements, on dénombre 8142 exécutions
sommaires dont 1459 après la Libération, et pour
le Cher, le chiffre est de 146. On est loin des valeurs initiales.
50 ans après chacun s'accorde pour situer le chiffre des
victimes de l'épuration à un peu plus de 10 000
personnes pour la France. Les condamnations furent lourdes lorsqu'elles
furent prononcées dans les semaines qui suivirent l'été
44, mais deux ans plus tard, les peines des collaborateurs jugés
furent très légères.
Dans les mois qui suivent la Libération, le malaise
sur l'épuration se fait plus pressant. Il y a ceux qui
ont tant souffert et veulent une vengeance et des actions expéditives,
s'opposant à ceux qui réclament la justice sereine,
alors qu'un autre camp désire la réconciliation
de tous les Français, "à l'exception de ceux
qui ont trahi politiquement, dénoncé leurs compatriotes
ou trafiqué indignement avec les Allemands" pour
reprendre la formule de l'amiral Auphan.
C'est Daniel Mayer, secrétaire général du
Parti Socialiste, qui énonce le mieux les difficultés
du moment, lorsqu'il s'exprime en août 1945 devant l'Assemblée
Consultative :
" L'épuration est imparfaite, elle est trop lente
; elle donne une impression d'injustice.... Injustice des verdicts,
inégalités aussi d'une région à l'autre
et, parfois, lorsque les sentences prononcées répondent
certainement à l'attente du pays, à son souci de
justice, l'exercice du droit de grâce vient confirmer l'impression
désagréable qu'il y a deux justices".
Si l'épuration suit son cours et divise les Français
et les Berrichons, en réclamant une justice plus expéditive,
en particulier envers des hommes comme Lécussan qui sévit
à Saint Amand ou comme Paoli à Bourges, d'autres
se préoccupent des hommes qui ont fait du bien et au premier
rang desquels se trouve Alfred Stanke, le Franciscain de Bourges.
Marcel Cherrier, vice-président du Comité Départemental
de Libération du Cher, se souvient de ces instants :
" J'ai reçu des rapports
de notre ami Léo Mérigot, d'un certain nombre de
détenus qui m'ont dit qu'à la prison du Bordiot,
il y avait un Franciscain qui les avait aidés, qui les
avait soignés, qui les avait consolés, et pourtant,
il était habillé en Allemand. Nous avons appris
que les Américains détenaient ce Franciscain, et
je dois dire qu'à la suite d'une campagne menée
par des amis personnels du Franciscain, nous avons décidé
au CDL de nous adresser aux autorités américaines
pour demander sa libération, et j'ai eu l'honneur de signer
cette lettre".
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