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LES MISSILES A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Les missiles à Bourges arrivent vers 1958.

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Cette période de la fin des années 1950 a un aspect très révolutionnaire, avec le développement des missiles à Bourges. Dans les premières années qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale, une équipe réduite, emmenée par un ingénieur de génie, Emile Stauff, va étudier pour le compte de l'Arsenal de l'Aéronautique à Châtillon-sous-Bagneux, ce que chacun appelait alors des "engins spéciaux".


Ces armes vont se développer et la SNCAN de Bourges récupérera la fabrication de ces "engins" qui étaient des fusées guidées, destinées à détruire des chars, des avions ou des navires. C'est en 1958 que Bourges fabrique pour la première fois un missile, baptisé SS10. Pour ce faire, une usine est sortie de terre et ce ne fut pas sans mal. En plein conseil municipal, les passions vont s'exacerber. Le débat entre le maire Louis Mallet et son opposant communiste, Robert Chaton, ne sera pas toujours très tendre. En 1957, alors qu'il s'agit de délibérer sur cette usine "rangée en première classe des établissements dangereux", M. Chaton s'exprime ainsi :

"Nous ne sommes absolument pas convaincus que l'installation de cette usine ne présente aucun danger, c'est un établissement classé dans une catégorie dangereuse qui sera installé, non pas à proximité de la ville, mais pas tellement loin tout de même".

Malgré le doute de certains, le conseil municipal accepte cette usine, M. They ayant eu quelques dernières inquiétudes qui montrent que la communication entre les entreprises et les autorités locales était assez défaillante, le conseiller municipal dira ainsi sur ce sujet :


"....On a parlé d'engins explosifs ; je crois savoir que ce sont des engins téléguidés inertes, qu'ils ne sont pas munis d'explosifs, encore moins d'appareils atomiques. De toute façon, ce ne sont pas des engins nucléaires".

Dans les années 1960, l'établissement berruyer va littéralement "éclater", avec une activité double : des avions, Transall et Nord 262, et des missiles dont le plus célèbre s'appelle le SS11. Ce missile, dit de "première génération", est un antichar parmi les plus efficaces au monde, mais la gamme des productions ne s'arrête pas là, il y a aussi des AS 30, AS 20 et autres ENTAC.

 

Comme l'écrit un spécialiste du domaine industriel dans "Zones industrielles de France", la SNCAN devenue SNIAS, avec ses 3000 employés, "a eu une expansion remarquable au cours de ces dix dernières années avec le renouvellement de l'usine d'avions, aux ateliers entièrement modernisés, et à l'implantation d'une usine d'engins".
Et l'expansion n'est pas terminée puisque 200 hectares de bois sont en cours d'aménagement au début des années 70, au lieu-dit "Le Subdray", pour en faire un centre d'essai, "avec 400 ingénieurs et techniciens venus de la région parisienne".

 


"Le mur de Berlin tombe, Bourges tremble"

La fin de l'année 1989 marque un tournant du monde avec l'éclatement de l'URSS. Le symbole le plus visible est la chute du mur de Berlin, le 10 novembre 1989. C'est un bouleversement géo politique que peu de gens ont prévu, et nul ne mesure les conséquences pour la vie de tous les jours dans nos pays démocratiques.
Plus tard les Berruyers comprendront l'influence de la fin de la guerre froide sur l'économie locale. La mono-industrie de l'agglomération berruyère avait donné du travail pendant 120 ans à des familles qui entraient, de père en fils dans les "Etablissements Militaires", c'est à dire, l'EFAB, l'ETBS, EX. Luchaire, le MCRO ou l'Aérospatiale.
La chute du mur, avec la fin de la guerre froide débouche sur un bouleversement radical du marché de l'armement. Les fabricants de missiles d'Aérospatiale perdent une grande partie de leurs clients. Progressivement, les Russes "bradent" pour des pays d'Afrique ou d'Asie, les matériels de guerre qu'ils avaient en surplus.
Mais ces industries étatiques avaient "les reins solides", et chacun pense que rien ne se passera de négatif.
A la mi-1990, c'est à dire six mois après la chute du mur, un autre événement, loin de Bourges porte le glas de nos industries triomphantes. Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït, son voisin. Pays de pétrole pouvant mettre en danger l'économie mondiale, c'est sous le couvert de l'ONU, une réplique organisée et forte des Etats Unis, avec l'assistance des pays de l'Europe dont la France.
Cette crise majeure, avec toutes les rumeurs sur la guerre chimique ou bactériologique touche la population. Ainsi, parmi les otages, prisonniers à Bagdad, figurent plusieurs technicien de l'Aérospatiale de Bourges. Ils seront relâchés par Saddam Hussein à l'automne.


Beaucoup, à Bourges, connaissent bien l'Irak et la Koweït, ce sont " nos meilleurs clients ". Saddam Hussein a beaucoup acheté : des canons, des camions et surtout des missiles. L'Irak possède des "Milan", des "Gazelle" équipées du missile Hot, mais aussi des systèmes d'armes "Roland" depuis la guerre Iran - Irak, et enfin, des Exocet et des AS30. L'Irak fait vivre la division missiles d'Aérospatiale depuis une dizaine d'années, et les bénéfices réalisés ont permis de développer et de fabriquer à Toulouse….. les Airbus !

La guerre du Golfe se termine au début de 1991 par les bombardements massifs de l'Irak. Les conséquences pour les industries d'armement de Bourges sont redoutables. La France perd un "très bon client", quant aux américains, ils ont gagnés la guerre et restent sur place pour faire du commerce. Après le temps de la guerre, c'est celui du business, ils vendent leurs matériels de guerre à bas prix…. Et la France ne vend plus grand chose.

Les industries d'armement locales souffrent, c'est la perte des emplois et les plans sociaux qui se succèdent. Ainsi Aérospatiale passe à Bourges, en 10 ans de 3000 à moins de 2000 employés.

à suivre

 
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