Le Printemps de Bourges- Encyclopédie - Roland Narboux

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LE PRINTEMPS DE BOURGES
Par Roland NARBOUX
Le Printemps de Bourges, devenu un des grands moments de la ville, voici son histoire de 1977 à 2005
 
LE JOURNAL D'INFORMATION ET D'ACTUALITE DE BOURGES

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Voir aussi "mon Printemps 2005"

vue du Printemps de BourgesC'est en 1977 que se déroule le premier Printemps de Bourges. Cette initiative est l'oeuvre de trois personnages du milieu du spectacle : le directeur de la Maison de la Culture, Jean Christophe Dechico, Alain Meilland, un chanteur et comédien, qui prend en charge dans cette structure le secteur chansons, et Daniel Colling, un agent de spectacle qui veut programmer la chanson française, celle que l'on voit nulle part dans les médias.
Ce festival peinera à s'imposer aux Berruyers, qui n'en verront l'intérêt et l'animation qu'au fil des années. Ainsi à chaque Printemps, des milliers de jeunes viennent " s'éclater " dans les salles et sous les chapiteaux de Bourges. Progressivement, les affiches du Printemps décideront les Berruyers à s'approprier cette manifestation. Sous la houlette et la persévérance de Daniel Colling, il passera ses 20 ans et continue, donnant " un bon coup de jeune " à la ville qui en a parfois besoin. Et l'édition de 2005 est très révélatrice de la ligne artistique du Printemps.
Cet article est à l'image du Printemps, curieux, sans ordre, il navigue dans le temps, à vous de choisir ce qui vous intéresse.


Chaque année, 80 spectacles, 200 artistes dans une douzaine de lieux sur une petite semaine proposent les genres musicaux les plus divers. Bourges a reçu tout ce que la musique et la chanson proposent dans le monde. C'est Renaud, Jacques Higelin, Claude Nougaro, Yves Montand, Michel Jonasz, mais aussi Serge Gainsbourg, George Moustaki ou Patricia Kaas, ainsi que Sting, Ray Charles ou Jerry Lee Lewis. Au fil des Printemps des genres musicaux nouveaux apparaissent, le Rap et MC Solaar, le Hard et Iron Maiden, ou encore la " Techno " et les premières " raves " vraiment organisées, sans débordement.
Les " grands moments " du Printemps sont nombreux. C'est le premier passage de Renaud en 1978, inconnu quelques mois plus tôt, son " laisse-béton " fait un triomphe au grand théâtre de la Maison de la Culture, il est lancé.... c'est le " malaise " de Juliette Gréco au pavillon, elle quittera la scène pour y revenir.... un an plus tard. Et puis le concert de Francis Lalanne, qui arrive sous le chapiteau de la place Séraucourt, après Cabrel, et Paquette, il annonce, " nous chanterons jusqu'à l'aube ".... et à cinq heures du matin, il quitte la scène, devant des spectateurs ivres de musique. Enfin, le concert de Johnny Clegg, le " zoulou blanc " venu de Johannesburg, sous un stadium archi comble, comprenant sans doute plus de 17000 personnes, il chantera comme dans un rêve, Rocard sera là, c'était en 1988, quelques jours plus tard, l'homme politique devient premier ministre et Johnny Clegg un des grands de la chanson pour l'ensemble du monde libre.

 

La Halle en Fête, prémices du Printemps de Bourges

Alain Meilland, avec son équipe dite "des Lyonnais", faisait les beaux jours de la chanson à Bourges. Il avait créé un secteur chanson à la Maison de la Culture et proposait de nombreux spectacles dans le genre "cabaret". Ainsi, il y avait eu "Mon Pote le Gitan", "Les copains d'abord", "V... comme Vian" ou encore "Le temps des crises" . Il participait aussi avec ses amis Michel Pobeau, Serge Beaujard ou Jean-Jacques Dupont à des spectacles de poésie.
Une rencontre en 1976 avec des passionnés de chanson comme Maurice Frot et Daniel Colling, et c'est le début d'une grande aventure. Colling cherche à créer des spectacles de chansons, en marge du show-business parisien habituel. Il vient de Nancy et dans les conversations entre Meilland et Colling, on parle beaucoup d'autogestion, de marginalité, de vie associative. Pour Meilland, "Colling est un agent de spectacle qui essaie de faire du culturel", alors que pour Colling, "Meilland bénéficie d'une structure qui peut servir de lieu de rencontre".


Quelques semaines plus tard, une société civile, baptisée curieusement "Ecoute s'il pleut", organise en mai 1976 à Bourges, les premières rencontres des organisateurs de spectacles qui ne veulent plus du système existant. Cette société va s'occuper d'artistes comme Bernard Lavilliers, alors inconnu, Ange, Catherine Sauvage, Font et Val, Jacques Higelin ou Henri Tachan, la belle et bonne chanson à textes.

"Ecoute s'il pleut" s'est donnée Meilland pour Président et Colling pour Directeur, et c'est en septembre 1976, pendant trois jours, une grande fête dans la Halle au Blé qui servait habituellement pour le marché du samedi matin, mais cette fois, les chanteurs ont remplacé les volatiles.... des artistes comme Lavilliers, Béranger ou le groupe Malicorne vont faire un spectacle pendant trois jours. C'est un mini-festival baptisé "La Halle en Fête" qui est suivi par environ 3000 spectateurs, et l'idée de monter un vrai festival commence à faire son petit bout de chemin.
Jean-Christophe Dechico, le patron de la Maison de la Culture apporte sa logistique à l'opération, et à la fin d'un repas, il lance aux deux protagonistes de la Halle en Fête, "Allez, Faites-moi un projet de vrai festival".

Ainsi l'entreprise commence. Il ne reste que trois mois à Meilland-Colling pour mettre sur pied un festival de la chanson, au printemps 1977. Alors que les élections municipales se profilent, le premier Printemps de Bourges allume ses lumières et fait donner ses décibels. Une belle aventure commence.

Histoire d'un printemps de Pierre Favre
L'autre Chemin d'Alain Meilland de Maurice Pollein

 

1977 : Premier Printemps de Bourges

La "Halle en Fête" avait été un grand succès, et les organisateurs avaient obtenu le "feu vert" de la municipalité de Raymond Boisdé pour concevoir un vrai festival de la chanson et lancer une première édition en avril, juste après les élections municipales. C'est ainsi que les affiches de ce premier Printemps apparaissent au lendemain de la victoire de la gauche. Beaucoup pensent qu'il s'agit de la première action culturelle de la nouvelle municipalité. La réalité, c'est d'une part la volonté de Colling, Meilland et Dechico de lancer ce Printemps de Bourges, et d'autre part, à cette époque, une campagne électorale se caractérisait par des centaines d'affiches plus ou moins sauvages sur les murs de la ville. Ajouter celles du festival ne servait à rien.
Cette édition du 6 au 10 avril 1977 comporte un programme alléchant avec Jacques Higelin, Colette Magny, Bernard Lavilliers et un Top à Charles Trenet.
C'est le début du Printemps de Bourges, la plus forte animation du siècle pour porter au loin le nom de la ville.


BOURGES, LA VILLE DU PRINTEMPS

Bourges est devenue depuis une vingtaine d'années, la ville du Printemps. Si vous voyagez, lorsqu'on communique son lieu d'habitation, à l'hôtel, ou dans un lieu public, il n'est pas rare que l'interlocuteur auquel on s'adresse, lève les yeux sur vous et vous questionne, "Ah oui, "le Printemps de Bourges". Le Palais Jacques Coeur, l'Hôtel Lallemand, Estève et les Echevins, et même la cathédrale sont relégués au second plan.

La puissance du monde médiatique est telle que plus de 25 ans de Printemps ont presque éclipsé 8 siècles de cathédrale.

Certains contesteront une telle analyse, et il est vrai qu'il ne faut pas trop généraliser, mais il est incontestable que l'importance prise par le phénomène Printemps de Bourges trouble nombre de Berruyers. Il faut donc chercher à comprendre le pourquoi des choses. Car enfin, ce Printemps n'a même pas atteint sa majorité et il ne dure qu'une dizaine de jours par an les bonnes années et moins d'une semaine en période de pénurie financière !

Comment expliquer la puissance de ce phénomène musical ?

le Printemps de BourgesEn premier lieu, prédomine un bon ciblage du public. Il ne faut pas trop se disperser. Dans les années 1960, les responsables locaux avaient mis sur pied "Les Florilèges" qui étaient sur plusieurs semaines, un amalgame de spectacles de toutes sortes, danse, théâtre, musique et pour faire bonne mesure et attraper tous les public, des épreuves sportives avaient été ajoutées. Les florilèges ne feront recette que quelques années. Le Printemps de Bourges veut conquérir la jeunesse, laquelle, comme chacun sait peut aller jusqu'à l'âge avancé de 77 ans !

Mais le phénomène important c'est la médiatisation du festival. Il se déroule vers fin avril (cette année 1995, du 26 avril au 1 er mai), c'est à dire en dehors des "grands" festivals de l'été, il n'est donc pas noyé au milieu d'autres manifestations. Ensuite, la presse nationale et en particulier la télévision parlent abondamment du "Printemps"; que l'on soit à Lille, Perpignan ou Mulhouse, il n'est pas possible de l'ignorer. Des systèmes de relais ont été mis en place, des millions de programmes sont distribués sur l'ensemble du pays, des affichages couvrent la région Centre. Une action particulière concerne Paris qui comprend tout de même le cinquième de la population française, avec le relais de la salle du Zénith, cette nouvelle cathédrale des temps modernes.

Le Printemps de Bourges devient alors le passage obligé de tout le petit monde politique, Jack Lang bien sûr a honoré le festival de manière régulière, mais l'autre Jacques aussi (M. Toubon) et en 1986, lorsque François Mitterrand s'assoit sur les gradins du Stadium pour assister au concert de Karim Kassel et de Bernard Lavilliers, le festival reçoit ses lettres de noblesse. Plus tard en 1995, Jacques Chirac en candidat pour les présidentielles vient aussi gouter le Printemps. Jospin sera présent à plusieurs reprises tout comme Aillagon aux prises avec les intermittents du spectacle.

Le festival, managé par Daniel Colling, a développé une communication moderne, utilisant tous les moyens actuels à une échelle grandiose, que certains qualifieront "d' américaine". Il entraînera dans l'aventure, le maire communiste de Bourges, les présidents de droite du Conseil Général et du Conseil Régional, le ministère de la culture, socialiste ou conservateur, et même les chefs d'entreprise du Cher qui créeront le "club des entreprises" pour soutenir ce festival.

Les Berruyers qui ont longtemps boudé leur Printemps, lequel draine parfois une "faune" peu conformiste, ont été conquis..... après une dizaine d'années de franche expectative. Aujourd'hui, la majorité des Berrichons se sentent fiers du festival de musique, même s'il est géré par les "Parisiens". Ce n'est pas faire injure à quiconque que de rappeler qu'hormis François Carré et Tina Poulizac qui vivent à Bourges, le staff du printemps vit et travaille à Paris.

Ajoutons, pour expliquer le poids prit par le printemps, qu'un phénomène explique aussi le succès, c'est la qualité des spectacles et le professionnalisme de l'organisation. Les 50 ou 60 concerts proposés à chaque édition donnent une vision de la musique alliant des "locomotives", c'est à dire des chanteurs de premier ordre. Ce fut Montand ou Balavoine, mais aussi Souchon, Renaud, Trenet, Higelin, Ray Charles, et des dizaines d'autres.


1985 : Le Printemps de Bourges est sauvé

Le Printemps de Bourges commence à entrer dans l'univers des Berruyers. En 1985, ils sont peu nombreux à refuser le festival, et ne se soucient pas de savoir comment il fonctionne et comment il est financé. Dans ces premiers jours d'avril 1985, ils sont venus des milliers applaudir Eddy Mitchell et Johnny Hallyday sous le stadium, tout comme Bashung et Charlélie Couture, quant à Léo Ferré, il a fait un triomphe. Le Printemps va bien et Daniel Colling, peu connu des Berruyers, est le "patron" de ce grand festival qui attire près de 100 000 spectateurs, à l'image d'Avignon pour le théâtre et Canne pour le cinéma. Bourges accède à la "célébrité"!
Dans ce climat éclate le lundi 8 avril 1985, au lendemain de la fin du 9e printemps, la plus grande crise du Printemps. C'était lors de la conférence de presse, salle Jankélévitch, à la Maison de la Culture que Colling égrène des chiffres avec deux mots clés comme le rapporte Pierre Favre : "réussite et déficit", puis ce sont les rappels des subventions qui sont de l'ordre de 25% du chiffre d'affaire au lieu des 30% demandés, avec 6,8% pour la Ville, 15% pour l'Etat et 1% pour le Département……

Au déficit de 500 000 F il faut ajouter l'emprunt de 1,2 millions de l'année précédente garanti financièrement par la Ville. La situation ne peut pas continuer ainsi, et Colling, plus malin que la moyenne des Berruyers ajoute "Nous avons reçu des propositions d'autres villes", et de citer Montpellier ou Lille, deux villes très socialistes…. Il termine son propos par ces mots :
"Nous voudrions que le Printemps reste à Bourges, mais nous sommes obligés de penser davantage Printemps de la Chanson que Printemps de Bourges".

C'est la stupéfaction et l'inquiétude. Chacun dans son domaine se pose la question : quelle est la part de bluff de Daniel Colling ? Que veut-il ?, n'a-t-il pas déjà signé avec le maire de Montpellier, le très médiatique et puissant Georges Frêche ?
Nul ne sait, mais Charles Parnet maire adjoint à la culture de Bourges ne peut que déplorer cet état de fait, signalant que la municipalité a fait le maximum. Pour beaucoup, entre Bourges et Montpellier la "surdouée" comme le proclame sa publicité, il n'y a pas photo, le Printemps est perdu pour Bourges…… On remettra sur pied le carnaval clament les plus résignés.

C'était sans compter sur la volonté et la détermination du maire Jacques Rimbault. Il monte très vite au créneau, considérant que la ville serait tenue pour responsable du départ du Printemps, même si la réalité voulait que le Conseil général et la Région soient en ligne de mire, ces deux institutions ne s'étant jusqu'alors peu préoccupées du festival.

Rimbault retrouve ses accents lyriques, avec "la lutte, c'est la vie…. Nous avons sauvé le printemps 1979, nous le sauverons cette année", et ce sont des pétitions, des affichettes collées dans la ville et sur les voitures. Bientôt, 30 000 badges couvrent la ville et toute la population est derrière son maire, même Thomas Mességuer, le buraliste si longtemps anti-printemps s'en mêle : "Je suis de ceux qui ont le plus rouspété auprès des organisateurs, mais il faut que la jeunesse se passe, ça s'est bien arrangé depuis. Puisque le Printemps a commencé à Bourges, continuons-le à Bourges".
Mais les négociations avec Montpellier avancent et l'on découvre que la ville, la région et le département de Georges Frêche peuvent mettre 2 millions à la disposition de Colling, alors que le Conseil municipal de Bourges annonce une "rallonge" de 240 000 francs, le compte n'y est pas.
Il faut attendre une réunion des élus de la Région Centre placée sous la présidence de Maurice Dousset pour que tout s'harmonise. Après des approches en coulisse et des tractations à tous les niveaux, la Ville accepte d'aller jusqu'à 675 000 F, la Région à une somme de 450 000 francs, et le Département 375 000 francs.

Cela fait 1,5 MF au lieu des 2 MF de Montpellier, mais Colling accepte et le Printemps reste a Bourges. On peut se demander si la stratégie de Colling était sincère ou comportait une part de bluff, le résultat fut l'implication de la Région et du Département dirigé par Jean François Deniau dans un domaine qui les avait laissé indifférent : la chanson. Mais il faut aussi prendre en compte la position du ministère de la Culture de Jack Lang, pouvait-on déplacer le festival d'une ville acquise par le PC à une autre gérée par le PS ?

Jacques Rimbault sort renforcé de l'épreuve, il ne cache pas sa satisfaction en juin 85, affirmant "C'est le triomphe du bon sens, de la culture, de la chanson", et lorsque trois mois plus tard, il rencontre à Mururoa le président François Mitterrand, celui-ci, en lui serrant la main fait ce commentaire : "Je connais l'expérience que vous conduisez à Bourges. Mais je sais que vous êtes toujours aussi coriace".
Et le Printemps va se poursuivre avec une forte tendance à la démesure dans les années qui suivront pour retrouver après une nouvelle crise sa vitesse de croisière qui se poursuit.

Pierre Favre - Christian Pirot Bourges Histoire d'un Printemps


Les dix dernières années du Printemps

A partir de 1995, le Printemps s'est bien implanté dans la ville et les commerçants commencent à s'impliquer. Quelques affiches, mais surtout les bars de la Ville présentent la journée et surtout le soir des animations musicales où les chanteurs et autres groupes se produisent devant un large et nombreux public.

Lorsque les élections municipales de 1995 voient l'arrivée de la liste de centre-droit aux commandes, il y a comme un flottement dans les allées du Printemps. La droite locales d'une manière globale n'a jamais été très favorable au Printemps, une initiative de gauche dans un pays où les milieux culturels sont, par tradition plutôt classés à gauche. Que va-t-il se passer entre la Ville et Daniel Colling ? Est-ce que le Printmeps va se poursuivre, lorsque la culture de plusieurs élus est davantage orientée vers le Requiem de Mozart que vers le Rap de NTM.....

Il faudra la clairvoyance et le sens artistique et politique de Serge Lepeltier, nouveau maire de la Ville pour balayer d'un mouvement toute tentative de gêner en quelque manière que ce soit le Printemps de Bourges. Alors que certains pensaient que la Droite municipale s'écarterait du printemps, Serge Lepeltier et une partie, même minoritaire, de son équipe pronait la poursuite du Festival qui donnait à Bourges "un air de jeunesse" et portait le nom de la Ville, vers un public jeune, actif et frondeur. le Printemps sera sécurisé, et de 1995 à 2005, aucune crise majeure ne détériorera les excellentes relations entre la Ville et le Printemps.

Lorsque des problèmes financiers vont apparaître dans les années 1998, le Printemps va chercher à revoir son style de programmation, revenant à des notions de découvertes, de chanteurs moins connus, évitant par exemple les "grosses machines américaines", ou encore"les vedettes du moment" pour jouer sur un terrain qui va dérouter les berruyers. Le programme devenait très obscur, il était fait pour les jeunes d'aujourd'hui, et cela va fonctionner.

Le Printemps repart sur des bases nouvelles, avec moins de concerts, moins de têtes d'affiches, mais plus orienté vers toutes les formes de musique, celles qui viennent du monde entier.

Les dernières éditions de 2000 à 2005 se passent de belle manières, avec un équilipbre financier, toujours un peu fragile, mais sécurisé.

La présence de Canal + en 2005, avec une semaine d'émission en directe vers 19 H dans une immense structure près de la Cathédrale, va "décoiffer" un peu mais offire une magnifique tribune à Bourges.


LA MAGIE D'UN PRINTEMPS DE BOURGES

Johnny Clegg au printemps 1988

A Bourges, ce dimanche après midi, la foule se pressait en une longue procession vers une immense tente blanche dressée sur le plateau de la machine agricole.
C'était le dernier jour de ce Printemps de Bourges qui n'avait pas tenu toutes ses promesses compte tenu de la qualité des artistes présentés depuis dix jours, du 1er au 10 avril 1988.

Cette douzième édition avait réuni un plateau de rêve, avec des noms aussi prestigieux que Serge Gainsbourg, Michel Jonasz ou Stéphan Eicher. D'outre Atlantique Frank Zappa, Barry White et Jimmy Cliff avaient fait le voyage. Tous les genres musicaux avaient été représentés, le hard rock de Def Leppard, le classique de François Rabbath à la salle du duc Jean ou l'orchestre National de France à la cathédrale pour un concert d'orgue, de cuivre et de lumière.
Mais les grands noms ne suffisant pas, des groupes aux patronymes intéressants figuraient dans la programmation. C'est ainsi que "Clafoutis Star" opérait au théâtre Jacques Cœur alors que le groupe "Jo Butagaz et ses brûleurs" se produisait au Carré d'Auron, une salle dédiée aux découvertes du Printemps de Bourges.
Tous les ingrédients pour faire de ce festival un Printemps magique avaient été mis en place par l'équipe de Daniel Colling, le Directeur fondateur de la manifestation berruyère. Mais le "Boss" comme chacun commençait à l'appeler, n'était pas très satisfait de l'accueil populaire de ces vedettes réunies à prix d'or…. le temps avait été correct, les merguez étaient consommables et la sécurité était bien assurée. Bien sur, les prix des concerts étaient un peu élevés pour les bourses des étudiants et des berrichons modestes. Le concert de Barry White était à 140 francs et il fallait débourser 100 francs pour écouter Jean Louis Aubert ce qui n'était pas donné !
Ce Printemps se déroulait dans un contexte politique, national et international assez particulier.

En ce début du mois d'avril, la politique intéresse les Français, François Mitterrand est président, Jacques Chirac est premier ministre, c'est la première cohabitation de la cinquième République et beaucoup trouvent que ce système n'est pas aussi néfaste que certains l'avaient prédit. Mais le temps passe et les 7 ans du président Mitterrand se terminent. C'est en effet le mois prochain que les électeurs vont élire leur président de la République. Si à droite, Jacques Chirac "a présenté son ambition pour la France" en même temps que sa candidature rejoint bientôt par Raymond Barre, à gauche, chacun suppute sur François Mitterrand. Que va faire ce "Florentin" ? Il faudra attendre le 22 mars pour qu'il annonce en direct à la télévision sur A2 son intention de briguer un second mandat. Le premier tour des présidentielles se déroulera le 24 avril et Mitterrand sera élu largement le 8 mai suivant face à Jacques Chirac.
Mais ce dimanche 10 avril nul ne connaît l'issue du scrutin, et des événements tragiques en Nouvelle Calédonie peuvent faire basculer l'électorat dans un sens ou dans un autre. La presse titre au fil des sondages, "Tonton domine, Barre stagne et Chirac grignote".
Aucun de ces trois challengers ne viendra au Printemps de Bourges, passage souvent obligé des hommes politiques qui veulent se fondre quelques instants avec la jeunesse. Mitterrand était venu en 1986, et Chirac sera présent en 1995.

Les Français suivent les péripéties politiques nationales mais ils sont aussi passionnés par la lutte des mouvements qui se battent contre l'Apartheid en Afrique du Sud. Cette ségrégation dans ce pays devient de plus en plus insupportable pour les démocraties et dans la France des Droits de l'Homme, chacun se mobilise, avec ses moyens et à sa façon. Lorsque le gouvernement sud-africain interdit les activités politiques de 17 grandes organisations noires et blanches, opposées à l'Apartheid, c'est l'émotion puis la colère.
Cette lutte dans ce pays lointain, contre des pratiques d'un autre temps trouve des adeptes dans tous l'éventail des partis politiques français, toutes les religions, c'est un peu l'union sacrée.

Dans ce contexte émotionnel , le Printemps de Bourges a programmé un artiste qui symbolise la lutte pour contre l'Apartheid. Il s'agit de Johnny Clegg, un artiste blanc qui chante et danse avec une troupe formée de blancs et de noirs. Les chansons et les airs sont issus de la tradition zoulou d'où son patronyme parfois utilisé de "zoulou blanc".
Johnny Clegg n'est pas inconnu à Bourges. Il était venu, au Printemps de Bourges deux ans auparavant. C'est le chanteur Renaud qui l'avait parrainé et dans la salle du Pavillon, les Berrichons médusés avaient découvert un chanteur et un danseur original et attachant. Il avait eu un gros succès face à un public qui le découvrait.
C'est ainsi que le 10 avril 1988, Johnny Clegg est à nouveau à Bourges, Dans le spectacle final du Printemps.
Il y a en ce début d'après midi, une atmosphère particulière à Bourges, comme électrisée. Le temps est beau, la foule dès 14 heures se presse vers le stadium en rangs serrés. Le stadium est cet immense chapiteau pouvant contenir 8000 personnes, la plupart debout. Le remplir tient souvent pour un artiste du prodige.
Mais ce dimanche n'est pas un jour ordinaire, chacun vient voir Johnny Clegg, vient communier avec l'artiste, vient manifester calmement et sereinement.
Beaucoup ont en mémoire, les derniers épisodes sur cette lutte contre l'Apartheid. Quelques jours auparavant, le 29 mars, un événement a secoué le monde politique international. Dulcie September, la représentante du Congrès national (sud)-africain (ANC) en France et en Suisse est assassinée à Paris. L'émotion est considérable, tant la cause de l'ANC et de Nelson Mandela est populaire en France et en Europe. Les journaux font leur "une" sur cet attentat "commandité par les services secrets sud-africains".

Le stadium s'emplit, et peu à peu les organisateurs voient les chiffres des entrées et des billets vendus défiler…. A 10 000 personnes, c'est la joie, on ne pensait pas à tant de monde, mais la foule continue d'arriver. Ils sont bientôt 15000 et Daniel Colling décide d'ouvrir les bâches latérales pour que les spectateurs puissent au moins voir la scène.
Finalement, ils seront plus de 17 000 spectateurs lorsque le "Zoulou blanc" pénètre un peu après 17 heures sur scène. C'est l'émotion qui passe de rangée en rangée, la musique est parfaite, le personnage est gentil, sympathique, modeste et il chante aussi bien qu'il danse.
Les applaudissement fusent.
La salle, debout, est à l'unisson.
Dans cette salle, les Berrichons sont au rendez-vous, mais il y a aussi des gens venus de la France entière, ils sont là pour témoigner, pour affirmer leur sympathie envers Johnny Clegg, l'humanisme et les idées qu'il défend.

Au milieu de la salle, juste devant les tables de la technique, trois hommes sont assis sur une estrade, les jambes ballantes dans le vide, c'est Daniel Colling, il est entouré de Renaud et de Michel Rocard, ce dernier savoure le spectacle, il ne sait peut-être pas encore qu'il sera premier ministre dans quelques jours. Plus loin, tantôt debout, tantôt assis à même le sol, Serge Lepeltier, futur sénateur-maire de Bourges et ministre de l'écologie en 2004 est comme sur un nuage tant le spectacle est captivant.
Le concert avance, c'est le triomphe des danses "zoulou", où Johnny Clegg et son compère noir costumés en tenue traditionnelle sud-africaine, avec sagaies et objets rituels se lancent dans des rythmes effrénés. La foule est conquise, c'est le meilleur exemple d'intégration entre blanc et noir.
Et puis le spectacle se poursuit avec cette chanson magique "Asibonanga", une lente complainte, tendre qui est reprise en chœur par l'ensemble de la salle. Des milliers de lumières provenant de la flamme des briquets sont tendus au dessus des têtes de chaque spectateur, c'est une communion géante. Un moment extrême d'émotion.

Concert mythique, ils sont 17 000 a conserver ces instants dans leur mémoire. Le beau et le juste réunis dans une cause qui ne va triompher que quelques années plus tard : ce jour là au Printemps de Bourges, l'Apartheid était honni.
Merci Johnny Clegg.

En savoir plus sur le Printemps de Bourges et l'édition 2005, allez sur le site officiel du Printemps :


http://www.printemps-bourges.com/


Et pour 2006,

RAPHAEL - MAUSS
Mercredi 26 avril au Phénix à 20h. 35€*

INDOCHINE - THE SUBWAYS - Et plus encore...
Jeudi 27 avril au Phénix à 19h. 33€*

CALI - MICKEY 3D - THIEFAINE - DA SILVA
Vendredi 28 avril au Phénix à 18h. 20€*

LOUISE ATTAQUE - SHARON JONES - KEN BOOTHE - MAHMOUD AHMED
Dimanche 30 avril au Phénix à 18h. 28€*

 

Quant à 2007, c'est un Printemps à oublier très vite.

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